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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 12:15

Que de films depuis ma dernière critique et pourtant... Les oeuvres à défendre ne manquaient pas. Tout comme celle dont il fallait éviter le visionnage. Mais le soleil timidement revenu, la critique reprend ses droits.

 

J'ai eu l'occasion de voir cette semaine le documentaire "Avant de franchir la ligne d'horizon" réalisé par ma compatriote Habiba Djahnine. Je précise sa qualité parce son film parle de militants algériens en Algérie qui n'ont jamais quitté ce pays. L'un d'entre eux (Hakim Addad) a même choisi d' "émigrer dans son pays" dans une période extrêmement périlleuse.

 

Autant le préciser d'emblée. Ce n'est pas la qualité du montage, du son, des images, de la prise de vue qui attirera l'attention du spectateur engagé ou intéressé. Il semble que ce film ait été réalisé avec peu de moyens, dans une relative urgence et parfois avec un certain amateurisme. Mais là n'est pas l'essentiel. Il ne s'agit que du second film de la réalisatrice, après "Lettre à ma soeur" (2006). Voir ici une critique.

 

L'intérêt réside plutôt dans le projet de la réalisatrice, dans sa volonté d'aller à la rencontre de différentes générations militantes de ce qui peut s'appeler la mouvance "démocrate", "progressiste" ou simplement "de gauche" et ceci, en 2010, avant le bienheureux printemps arabe tombé en plein hiver.

 

On croise dans le film des militant(e)s d'associations féminines à Oran et Tizi-Ouzou, des membres fondateurs du RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse), un ancien responsable du CNES (Conseil national des enseignants du supérieur). C'est ainsi un panorama de la gauche algérienne qui va des anciens du PAGS (Parti de l'avant-garde socialiste), au PST (Parti socialiste des travailleurs), en passant par le FFS (Front des forces socialistes), à l'exception notable du PT (Parti des travailleurs).

 

Dans cette promenade militante au cours de laquelle on traverse le pays, les luttes passées ressurgissent : la mobilisation des étudiants et des jeunes à Constantine en 1986, les émeutes nationales d'octobre 1988, le printemps noir de Kabylie en 2001, sans oublier les années de sang consécutives à l'arrêt du processus électoral.

 

Ces acteurs, souvent d'âge mûr, reviennent sur leurs parcours, leurs réussites et leurs échecs... Tous témoignent, à leur façon, de leur amour pour l'Algérie, et de leur engagement pour la liberté et le progrès social. Parfois avec émotion (que la caméra va débusquer jusque dans des gros plans sur des yeux qui se mouillent), parfois avec ironie, silence ou un discours d'organisation.

 

Malgré ses limites, ce film doit être vu et discuté, en Algérie ou dans la diaspora, avec les militants jeunes ou expérimentés, afin de donner les clés de compréhension qui manquent pour le spectateur non spécialiste. Si tirer le bilan des luttes anciennes ne garantit pas le succès des luttes futures, il n'en demeure pas moins que la mémoire des mobilisations reste un enjeu décisif. On ne peut que souhaiter que d'autres travaux soient réalisés sur les combats contre la dictature du parti unique, dans leur pluralité.

 

"Avant de franchir l'horizon", real. Habiba Djahnine (2010), 64 mn.

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Published by Sidi Cinéma - dans Critiques Cinéma
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