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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 18:31

Une exposition réalisée par les Archives départementales met au jour une foule de documents dont certains étaient jusqu'alors confidentiels. Elle ressuscite aussi des histoires oubliées qui ont lié la Charente et la guerre d'Algérie.

 

C'est une série de correspondances, de notes, de comptes rendus, restés secrets pendant un demi-siècle, exhumés pour la première fois. Des documents estampillés «confidentiel» et «courrier réservé», rédigés par les Renseignements généraux d'Angoulême ou la préfecture de la Charente: une fiche détaillant les moindres faits et gestes du président du Conseil et député Félix Gaillard; une autre épluchant les activités politiques de Jean Pronteau, parlementaire communiste, partisan de «la paix en Algérie», «pendant l'Occupation» et «depuis la Libération».

Les Archives départementales de la Charente qui ont inauguré vendredi une exposition baptisée «La Charente et les Charentais pendant la guerre d'Algérie» (1) mettent ainsi au jour quelques pièces inédites. Des pépites tombées naturellement dans le domaine public au terme de cinquante ans: «Les Renseignements généraux ont effectué un dépôt composé de documents sur cette époque alors que nous étions en train de préparer notre exposition», explique Amélie Averlan, directrice adjointe des Archives départementales. Le travail de fourmi mené a également permis de ressusciter d'étonnantes histoires oubliées.

Angoulême, prison à ciel ouvert de Messali Hadj

Qui s'en souvient? Au milieu des années 50, un homme à la barbe fournie, vêtu d'une djellaba et coiffé d'un fez, s'installe 48, avenue Gambetta à Angoulême. Il s'appelle Messali Hadj et il est l'un des pères du nationalisme algérien, condamné à Alger à seize ans de travaux forcés et vingt ans d'interdiction de séjour dans sa ville pour «atteinte à la sûreté de l'État». Angoulême a été choisie pour être sa prison à ciel ouvert «en raison de son calme et du faible nombre de résidents d'origine nord-africaine» (environ 80 personnes).

Le conseiller général et maire de Javrezac Jean Gombert se souvient de cet «homme habillé de manière traditionnelle toujours accompagné d'hommes dont on ne savait s'ils étaient des gendarmes ou des gardes du corps». «J'étais enfant, je ne savais pas qui il était.» La présence de Messali Hadj met Angoulême sous tension, révèlent plusieurs notes confidentielles.

Le commissaire de police écrit au préfet pour réclamer des renforts. (voir document). L'année suivante, le conseiller général Labarre confie son inquiétude au préfet: «Le mouvement de libération dirigé par Messali Hadj fait massacrer des Français, des Européens, des musulmans en Algérie. Il est responsable de la mort de nos soldats. On comprend mal que l'instigateur de ces attentats se promène à Angoulême en liberté, même surveillé, ait toute latitude pour donner ses mots d'ordre aux tueurs [...]. Les Charentais sont des gens calmes mais on ne peut pas les braver en vain quand l'avenir de la patrie est en cause.»

Des centaines de rapatriés en villégiature à Dignac

Une ferme banale sur un terrain d'environ un hectare, au lieu-dit «Chez-Soulet», commune de Dignac. Les habitants du secteur sont presque tous trop jeunes pour s'en souvenir mais des dizaines de ressortissants d'Afrique du Nord ont posé leurs bagages derrière ces murs dans les années 60. Le site avait même été rebaptisé El Abiodh, du nom d'un village algérien. Après les accords d'Évian, la Charente a ainsi accueilli près de 3 000 rapatriés du Maghreb.

Kadder s'en souvient parfaitement: ses parents, ses oncles et ses cousins ont longtemps été propriétaires de la ferme. Lui-même y a vécu une partie de son enfance. «Des Algériens mais aussi des Marocains et des Tunisiens sont passés par ici. On les a reçus parce que c'est notre tradition d'ouvrir les bras. Mais notre famille ne souhaite plus parler de cela, élude-t-il. L'histoire est douloureuse, les anciens ont tous disparu et nous avons tourné la page. Et on a toujours peur qu'en en reparlant, ce soit mal interprété.»

Selon les recherches effectuées par les organisateurs de l'exposition, le village El Abiodh a été édifié par direction départementale de la Construction. Des plans révèlent que les rapatriés étaient installés dans ce lieu de villégiature de façon méthodique: «Bâtiment 1, femme 1, bâtiment 2, homme 2»...

L'OAS a commis huit attentats en Charente

«Une bombe explose à Angoulême», titre la Charente Libre en 1961. «Le huitième attentat commis en Charente», affirme l'article. C'était place Victor-Hugo, devant le café Le Chalet. «Il est évident que cet établissement était visé parce que M. Réthoré, député UNR, y tient sa permanence les jours de foire», écrit le journaliste. Encore un souvenir occulté. Au début des années 60, les tensions sont vives dans le département entre les camps divisés autour de la question algérienne. L'OAS (Organisation de l'armée secrète) multiplie les actions. Les correspondances et les articles évoquent un attentat qui n'a pas fait de victime, à la préfecture, le 8 juin 1961 et raconte comment, dans la nuit du 22 au 23 août 1961, un autre attentat a été déjoué à Magnac-Lavalette: l'OAS avait programmé de faire sauter le château des frères Réthoré. Une simple ronde de gendarmes a permis d'éviter le pire.

(1) L'exposition est à découvrir au conseil général de la Charente. Entrée gratuite aux heures de bureau. L'exposition est composée de seize panneaux amovibles et d'un documentaire vidéo comportant des images d'archives et le témoignage d'André Veyssière, Charentais, ancien instituteur à Garat, rappelé en Algérie en 1956. 10 000 jeunes Charentais sont partis, à l'époque, défendre les positions de l'État français en Algérie.

 

http://www.charentelibre.fr/2012/06/26/carnets-secrets-de-la-guerre-d-algerie,1102440.php

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Published by Stéphane Urbajtel - dans Algérie Histoire
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