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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 23:38

Un caoua, une pâtisserie et on refait la guerre d'Algérie. La leur, celle de trois moudjahidines, des papys flingueurs qui ont combattu et fui à regret leur pays après l'indépendance parce qu'ils étaient du mauvais côté. Fidèles à Messali Hadj, le père du nationalisme algérien, qui s'opposa en vain à la toute-puissance du FLN.

 

Ali Agouni, Mohamed Drissi et Mohamed Bougrioua, 78, 80 et 85 ans, n'arrêteront jamais de refaire l'histoire, de palabrer sur « la guerre fratricide » qui opposa les « messalistes » du PPA, du MTLD, puis du MNA au FLN (1). Pendant et après la guerre d'Algérie. « Le parti unique, c'est la clé du malheur », remarque Ali Agouni, fondateur du magasin le Comptoir d'Afrique et d'Orient dans le quartier de Wazemmes à Lille.

En raison de son immigration ouvrière, notre région n'est pas épargnée par les « rivières de sang ». L'historien Jean-René Genty, à partir des archives de presse, dénombre 835 attentats, 628 tués et 635 blessés de 1955 à 1962. Essentiellement dans la métropole lilloise, la Sambre, le Valenciennois et le bassin minier, de Lens à Douai.

Mohamed Drissi, arrivé à Lille en 1952 avant de partir guerroyer à Tlemcen en 1960, évoque la première manif devant la mairie de Lille en 1953 (la dernière en 1956, réprimée), le recrutement des sympathisants, la distribution de tracts, les porteurs de valises, les réunions secrètes dans les bars algériens comme le Café maure, rue de Lille à Marquette. « Il était tenu par Taïeb qui a retourné sa veste en 1956 et est passé au FLN. » Avec une certaine fierté qui en dit long sur l'antagonisme originel, Mohamed Drissi assure : « Le FLN n'a jamais réussi à prendre le pouvoir dans le Nord. On s'est défendu. Il y a eu des centaines de morts de chaque côté, des cafés attaqués à la mitraillette, à la grenade. Et combien de responsables MNA ont été tués après le cessez-le-feu ? » Responsable d'un maquis MNA en 1957 et compagnon de route de Messali Hadj, Ali Agouni cherche encore aujourd'hui à valider l'agrément du PPA comme parti politique en Algérie et à faire reconnaître les droits des combattants messalistes de la révolution. « Même les condamnés à mort ne sont pas reconnus. C'est une injustice. Ce pouvoir à peu près totalitaire ne répond pas à nos demandes. »

« Pourquoi on se tue entre nous ? »

Malgré la rivalité, ils ont combattu corps et âme pour l'indépendance. L'amertume résonne cinquante ans après. En prison, Ali Agouni se souvient d'une rencontre avec un militant FLN et de la question qui taraudait la base : « Pourquoi on se tue entre nous ? » Mohamed Bougrioua, commissaire politique, a participé à trois batailles massives, en 1957 à Aïn Boussif, en janvier 1959 à Bouira et en mars 1959 dans les montagnes de Zemra à Bou Saâda. « Dans toute l'Algérie, il y avait des combattants du MNA, le parti qui avait formé tous les cadres de la révolution. » Cet engagement ne pèsera pas lourd quand il s'agira de solder les comptes politiques et de s'emparer du pouvoir.

Alors, les accords d'Évian, le 18 mars 1962, restent un souvenir ambivalent. Bougrioua est en prison, condamné à 5 ans pour port d'arme : « C'était le grand moment qu'on attendait. » Agouni apprend la délivrance en lisant le journal dans une prison d'Alger. « La joie était totale pour les maquisards, les prisonniers. On fêtait. On était fier. Le but principal était atteint. Mais très vite, mon premier but était de sortir d'Algérie. C'est malheureux mais c'est comme ça. Ça a gâché la joie et l'unité du peuple algérien. Comme s'il n'y avait pas eu assez de combats, assez de morts. » La purge menée par le FLN est terrible, envers les messalistes, les pieds-noirs et les harkis, ces loyalistes algériens considérés comme des traîtres au pays et en métropole. Messali Hadj appelle au respect du cessez-le-feu, en pure perte. « C'était la lutte pour le monopole de la révolution,juge Ali Agouni. Nous avions le même but, le même adversaire. Pourquoi ne pas continuer unis ? Après, on aurait donné la parole au peuple. Cinquante ans plus tard, tout le monde parle de démocratie on y revient. » Tard.

1. PPA : Parti du peuple algérien. MTLD : Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. MNA : Mouvement national algérien.

FLN : Front de libération nationale.

À lire « Mon père, ce terroriste », la guerre d'Algérie dans le Nord par Lakhdar Belaïd, Ed. du Seuil, 18 €.

"La Voix du Nord", 19 mars 1962
http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2012/03/19/article_les-dechirures-intactes-de-la-guerre-d-a.shtml

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Published by OLIVIER BERGER - dans Algérie Histoire
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LOUANCHI 26/09/2012 09:27


HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE : lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés
pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution
du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline
militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando
anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.


 


35 ans après Hocine raconte comment il a
risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


 


Sur radio-alpes.net - Audio
-France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le
passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net