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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 10:57

Djanina Messali-Benkelfat

 

à Monsieur Jean-Pierre Séréni

 

Monsieur,

 

Je viens de lire avec intérêt dans Jeune Afrique du 8 Novembre 2011, la relation que vous a inspiré la lecture du livre de Renaud de Rochebrune en collaboration avec Benjamin Stora, « La Guerre d’Algérie vue par les Algériens ».

 

En vérité, je n’ai pas encore eu l’opportunité de lire ce livre puisque je réside au Canada. Cependant, j’ai relevé dans votre texte quelques affirmations sur lesquelles je tiens à apporter les mises au point suivantes :

 

Dans le chapitre « Répression », dernier paragraphe, je vous cite : « Le groupe à l’origine de l’appel aux armes du 1er Novembre a organisé sa gouvernance sur le principe de la collégialité. » Comme tous les spécialistes le savent, ce principe n’a jamais été appliqué. Le terme collégialité est mis en opposition avec les méthodes, dites-vous : « des zaïms, les chefs charismatiques, à cause du précédent de leur ancien leader Messali Hadj, trop enclin à traiter le parti comme sa « chose ».

 

Vous reprenez là en 2011, des affirmations éculées et galvaudées depuis cinquante ans par les chroniqueurs, provenant de la propagande du FLN et qui ont servi à falsifier l’histoire de l’Algérie.

 

Je vous renvoie à la biographie de Messali Hadj de Benjamin Stora éditée chez Hachette-Littérature qui consacre tout un chapitre à ces calomnies quasiment insultantes CF : p 259 à 261. Je cite à cet égard toujours du même ouvrage un témoignage de Mohamed Harbi :

 

« Il est faux de prétendre, comme l’on fait les membres du Comité central (MTLD) que Messali concentrait entre ses mains tous les pouvoirs. A la suite de la démission de Lahouel (Secrétaire Général), le Comité central a mis en place une commission pour diriger le parti présidée par Mézerna. Cette commission a fait adhérer le MTLD au Front Algérien en l’absence de Messali et sans son accord. Ce rappel d’un fait indiscutable remet en cause l’idée d’un Messali despote ».

 

Plus explicite encore, je vous livre ci-après un extrait de la biographie de Messali Hadj rédigée par Mohamed Harbi dans la collection « Les Africains » dirigée par Charles-André Julien et éditée chez « Jeune Afrique » : « Ses partisans (de Messali) lui ont reproché à la veille de l’insurrection, d’entretenir un culte autour de sa personne. Victime d’une persécution sans précédent dans l’histoire de l’Algérie, Messali a fini par se considérer à l’heure de la consécration comme le père du peuple. Ce paternalisme, même bienveillant, est toujours dérangeant. On le retrouve chez nombre de leaders du Tiers-monde. Doit-on en conclure pour autant que Messali imposait ses décisions au mouvement qu’il présidait ? Rien n’est plus faux. Il intervenait chaque fois que les principes du parti étaient remis en cause, par exemple quand la direction veut obliger Mohamed Khider, recherché, à se rendre à la police, ou qu’elle tarde à appliquer la décision de remettre sur pied une organisation paramilitaire pour se joindre aux Tunisiens et aux Marocains dans la lutte armée, ou qu’elle ne donne pas suite à sa proposition d’envoyer au Caire des militants pour effectuer des stages militaires. Derrière l’accusation de culte de la personnalité, il y avait une démarche réformiste qui se cachait. Tous les ralliés au FLN entre 1954 et 1956, réformistes impénitents, trouvaient ce reproche bien commode pour masquer leurs errements d’avant novembre 1954 et rendre Messali responsable de la désunion des partis nationalistes. »

 

En souhaitant qu’au nom du droit de réponse, vous insériez cette mise au point dans votre hebdomadaire, je vous adresse avec mes remerciements, mes cordiales salutations.

 

 

Signé : Djanina Messali-Benkelfat

 

Fait à Montréal le 11 Novembre 2011

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Published by Djanina Messali-Benkelfat - dans Algérie Histoire
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