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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 15:14

«C’ est un oncle qui a toujours donné l’impression d’être un vieux grincheux, toujours en colère, à qui rien ne fait plaisir. On avait toujours, moi et mes sœurs, peur de lui. Il nous faisait lire les romans de Maxime Gorki... Mais un jour et par hasard, je découvre, en tapant son nom sur Internet, quelques lignes sur sa vie d’anarchiste et de son soutien pour le parti politique de Messali Hadj, le MNA. Alors ce fut un déclic pour moi, et c’est de là que j’ai décidé d’entamer cette enquête pour déterrer cette vie qu’il a menée», souligne Nathalie Funès, journaliste au Nouvel Observateur, en guise de présentation de son livre récemment au CCF. Nathalie Funès donnera, par la suite, plus de détails sur les origines de son oncle, Fernand Doukhan, issu d’une famille de juifs berbères, dont les ancêtres ont vécu sous la Régence turque. Le statut de cette famille est assez chaotique : indigène sous l’empire colonial français, citoyen de la République après le décret Crémieux de 1870. Il se trouve être un anarchiste mais aussi membre du Mouvement libertaire nord-africain et un indépendantiste engagé. Il devient le genre de parent que les familles évoquent avec force soupirs, ou pas du tout. Car, comme le rappelle l’auteure dans L’Algérie d’hier, «il n’y a pas pire espèce qu’un pied-noir anticolonialiste». C’est ainsi que commence une passionnante enquête familiale, menée par la journaliste Nathalie Funès, sur son oncle Fernand Doukhan, qui voit le jour à Alger, en 1913.

Au lancement de la guerre de Libération, il a bien choisi son camp, celui de l’indépendance de l’Algérie. «C’est le premier homme de la famille à naître français, premier à ne pas porter un prénom hébraïque et premier à devenir instituteur et non colporteur ou matelassier», confie-t-elle tout en ajoutant qu’il «a fait l’objet de plusieurs arrestations pendant la Bataille d’Alger, où il était enfermé dans un camp d’internement près de Médéa, où la France place les pieds-noirs indépendantistes. Puis il se fait expulser de l’Algérie en avril 1958 quand des policiers l’embarquent sur un bateau pour Marseille. «Il n’a plus remis les pieds en Algérie par la suite», déclare-t-elle, en précisant que «cette enquête n’était vraiment pas facile à mener, d’autant plus que cet homme n’a laissé ni descendance ni journal intime, seulement quelques vieux papiers». L’auteure a, donc, mené sa propre enquête avec soin, fourni des informations et des indices qui sont récoltés minutieusement, tels que la tombe abîmée de l’ancien cimetière de Saint-Eugène à Alger, aujourd’hui Bologhine, où elle a consulté un vieux registre des anciens élèves normaliens de Bouzaréah, le bureau, en France, des victimes des conflits contemporains et bien d’autres institutions qu’elle a sollicitées pour acquérir les informations sur son oncle. «Ce livre a été un voyage dans le passé sur les traces encore existantes d’un oncle atypique, les endroits où il a vécu, dans les archives, dans les mémoires de ceux qui ont croisé sa route. Il raconte une autre histoire des Français d’Algérie», conclut-elle en disant que son travail lui a fait découvrir plusieurs vérités et informations qu’elle ignorait, et dont elle s’est enrichie. Il l’a, entre autres, incitée à entamer l’écriture d’un autre ouvrage qui sera rédigé avec le même esprit et dans le même contexte. Il reste à espérer que le lecteur sera tenté par la découverte d’un personnage franchement hors du commun.

 

"El Moudjahid", 10 novembre 2011

 

http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/19401

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Published by Kafia Aït Allouache - dans Algérie Histoire
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