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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 14:21

 

La Commémoration du 1er Novembre 1954

 

Comme tous les ans à la même date, la presse nationale a commémoré diversement le 1er Novembre 1954. Cette année le journal « La Tribune » ainsi que son confrère, « Le Temps d’Algérie » ont ouvert leurs colonnes à des interviews permettant d’illustrer cette date historique.

Il est d’usage de savoir d’expérience, qu’en matière d’histoire, rien n’est plus fragile qu’un témoignage et qu’en tout état de cause la presse en général se doit d’observer un « minimum » d’objectivité.

Il n’est nullement dans mon intention de répondre aux auteurs de ces interviews par une mise au point habituelle et polémique car en effet, j’ai trop de respect pour le vieux militant qu’est Monsieur Mohamed Méchati et pour son grand âge. D’autre part, je peux même comprendre qu’il se soit depuis plus de cinquante ans conforté dans ses certitudes. Je n’ai pas non plus de critiques particulières à émettre sur la prestation de Maître Bentoumi, avocat de talent dont l’engagement militant dans la défense de tous les nationalistes est hautement estimable.

Mais c’est l’opportunité pour moi, sachant que le net reste tout de même le dernier espace de débat et au nom de l’objectivité la plus rudimentaire, de m’adresser aux internautes pour dire haut et fort, qu’il est inadmissible et définitivement insupportable de constater qu’en 2010, le rôle historique du père du nationalisme algérien Messali Hadj soit dénaturé de la sorte, précisément à l’occasion de cet évènement.

Bien entendu, il fut un temps où on ne l’évoquait même pas ayant été évacué du champ politique et occulté par l’histoire officielle.

Cependant, comme tout le monde le sait, le mouvement de réécriture de l’Histoire a débuté depuis les années 1980. Comme il se doit, cela n’a pas pu échapper aux journalistes. Les contributions des historiens Mohamed Harbi et Benjamin Stora, par exemple, ont à cet égard apporté un éclairage incontournable aujourd’hui, sur les positions politiques des antagonistes de l’époque. La question se pose tout de même de savoir si c’est par suivisme ou par autocensure que régulièrement encore on présente cet homme péjorativement comme le précurseur du « zaïmisme », comme un despote avide de pouvoir, particulièrement sensible au culte organisé autour de sa personne, comme l’instigateur d’une crise dans le MTLD à des fins de pouvoir personnel, tout un argumentaire puisé dans la liturgie « centraliste » reprise par le FLN ensuite.

Cela fait cinquante ans que ça dure !

Ce que l’Histoire retient aujourd’hui et qu’il est urgent que tous les Algériens apprennent, est que sans l’opposition déterminée de Messali Hadj au réformisme triomphant des « centralistes » et à son éradication par un Congrès du MTLD en Juillet 1954, il n’y aurait jamais eu de 1er Novembre, le 1er Novembre 1954.

 

 

Signé : Djanina Messali-Benkelfat

 

Fait le 11 Novembre 2001 à Montréal

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 11:42

 

Mise au point de Djanina Messali-Benfelkat suite à la parution de l'ouvrage : René Gallissot, La République française et les indigènes, Algérie colonisée et Algérie algérienne (1870-1962), Editions de l'Atelier, Ivry, 2007, 272 p. [réédité chez Barzakh à Alger]

 

Cher René Gallissot,

C’est tout à fait par hasard que votre dernier livre édité en Algérie chez « Barzakh » est tombé entre mes mains. Comme vous le savez peut-être, j’ai quitté l’hexagone pour m’établir au Canada près de ma fille.

Nous nous sommes croisés et rencontrés très souvent à l’occasion de colloques ou de diverses soutenances de thèses. Vous ayant toujours écouté avec intérêt et attention, également, pour avoir lu certains de vos ouvrages et avoir pris connaissance de plusieurs articles ou communications, notamment sur ma mère, Emilie Busquant dans le Maîtron-Maghreb ; je n’ignore pas votre connaissance approfondie sur le mouvement ouvrier français et international ainsi que sur l’histoire du Maghreb et de l’Algérie en particulier. Je n’ignore pas non plus votre engagement militant contre le colonialisme et vos amitiés avec les nationalistes du FLN ainsi qu’envers le parti communiste algérien et français, sans oublier votre solidarité sélective et partisane durant la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Le temps a passé et nous constatons aujourd’hui que certains historiens n’ont pas manqué d’observer un regard critique sur cette période de l’Histoire. Ceci dit, malgré nos divergences, votre excellente connaissance du système colonial que vous analysez parfaitement, a suscité chez moi admiration et estime.

C’est la raison pour laquelle, je tiens à mettre au point, à rectifier certains de vos commentaires ou de vos affirmations qui concernent la personne de Messali Hadj, de sa famille ainsi que de ses engagements dans les différents partis politiques qu’il a présidés.

Les ouvrages d’histoire publiés en Algérie nous ont habitués à évacuer le nom de Messali, censure ou auto-censure oblige (sauf Mahfoud Kaddache qui néanmoins s’arrête en 1954 et que Boumédiène avait convoqué pour lui demander d’écrire une histoire de l’Algérie sans nommer Messali Hadj !...)

Ce n’est pas le cas, dans votre dernier ouvrage « Algérie Colonisée – Algérie Algérienne 1870-1962 – La Républiqe Française et les Indigènes », (édité chez Barzakh) où vous le replacez parfaitement bien dans le processus historique non sans préjugés et en lui taillant des croupières injustifiées aussi souvent que vous le pouvez.

Votre ouvrage d’ailleurs, dans sa dernière partie donne l’impression d’être un livre de commande dans le but de valoriser les anciens communistes mal admis dans le FLN et que je qualifierais non sans ironie de « boumedienistes de gauche, laïcs et démocrates » Le fait que vous ayez eu des liens avec « ces évolués », pour reprendre le vocabulaire de la première partie de votre livre, n’est certes pas une raison pour ternir sciemment l’engagement sans faille ni concessions de Messali Hadj durant presque 50 ans de lutte politique contre le colonialisme et les impérialismes.

Il est évident qu’il a dérangé tout le monde, les communistes l’on considéré comme un rival et un adversaire. Il n’a trouvé d’alliances qu’avec la gauche révolutionnaire, les pivertistes et les trotskystes pour qui vous avez un profond mépris, cela bien avant la deuxième guerre mondiale.

Revenons plus précisément sur ce que vous écrivez, en page 88, vous y relatez la participation au nom de l’Etoile Nord-Africaine au congrès anti-impérialiste de Bruxelles en 1927, de Hadj Ali Abdelkader, membre du comité central du PCF accompagné de « Messali qui le seconde » mais qui va pour la première fois sur une tribune internationale réclamer l’indépendance de l’Afrique du Nord, ce fut un grand succès personnel et politique bien entendu et vous poursuivez au paragraphe suivant par la dissolution de l’ENA en 1929 par le gouvernement, puis je vous cite : « Dans cette déperdition communiste, Messali va s’employer à établir une nouvelle ENA. Il lance en 1931 le journal El-Ouma ; le n°1 en Octobre 1931 porte le nom en bandeau de Hadj Ali Abdelkader qui disparaîtra en 1932, et Messali se donne le nom de Messali Hadj ».

A ce sujet, permettez-moi de faire un ou deux commentaires : Hadj Ali et Messali, ne sont pas que des camarades, ils sont devenus très amis. Leurs deux couples se retrouvent tous les week-end à Brunoy où mes parents ont même acheté une petite parcelle de terrain jouxtant le pavillon de Hadj Ali près de la forêt de Sénart. Hadj Ali ne disparaît pas comme cela, il est membre du comité central, formé à Moscou mais c’est le parti communiste sans état d’âme, comme il sait si bien le faire, qui l’exclut. Les liens entre les deux hommes ne se sont jamais rompus jusqu’au départ de Messali pour l’Algérie.

A la suite « …. et Messali se donne le nom de Messali Hadj. » : Messali ne s’est jamais donné de nom, c’est sous ce nom et ce prénom que ses parents l’on inscrit à l’Etat Civil de la mairie de Tlemcen. Certes, comme vous le dites dans les pages précédentes, il appartient à une branche de la famille Mesli (originaires de Mossoul) qui sont nos cousins.

Je me doute bien que votre interprétation n’est pas naïve. A cet égard, les noms et prénoms de Hadj Ali n’ont pas suscité de votre part de remarques particulières.

Le titre du journal El Ouma (La Nation) suivi du Hadj de Messali sont annonciateurs de la présentation que vous allez plus loin faire de lui.

 

C’est ainsi qu’à la page 122, vous n’hésitez pas à le qualifier de nationaliste arabo-islamiste alors dites-vous que le débat entre communistes et nationalistes traverse l’intelligentsia et les lycéens Kabyles et Arabes du Lycée de Blida, puis vous citez quelques noms qui seront connus plus tard.

Mais, cher René Gallissot, vous savez très bien où en était le programme du parti communiste sur la question de l’Algérie. Rien n’était décidé à Alger mais rue de la Chaussée d’Antin à Paris, nous étions, pour vous reprendre, dans un replis « républicain colonial de gauche » avec le soutien au projet Violette et en alliance avec le Congrès Musulman. Le programme du PPA pour l’indépendance de l’Algérie avait pour lui la clarté de proposer au peuple algérien un avenir dans le cadre maghrébin en l’élargissant naturellement aux pays arabes et islamiques.

Cependant vous oubliez régulièrement de mentionner le point essentiel de ce programme, fondateur du futur état algérien, la constituante souveraine élue au suffrage universel. En 1939, il n’y avait aucun parti politique arabe qui s’en soit réclamé. En cela c’était d’une modernité encore jamais atteinte et on peut dire que Messali était en avance sur son temps.

Vous insistez déjà par ailleurs sur le particularisme kabyle que vous approfondirez plus tard dans la « crise berbériste » encouragée du reste par le PCA et cela me fait penser immanquablement au Dahir Berbère mis en place par le Maréchal Lyautey.

A la suite des évènements de 1945, vous omettez de citer les déclarations officielles du PCA qui qualifient Messali d’auteur du massacre, d’agent hitlérien et qui à ce titre demande qu’il soit fusillé. Ne l’avez-vous mentionné à Guelma dernièrement ?....

Et puis évidemment vous ne pouvez vous empêcher d’évoquer à plusieurs reprises le « culte du Zaïm », si culte il y a eu, cela reste encore à démontrer, c’est par ceux-là mêmes qui ont précipité le MTLD dans la crise, qu’il fut organisé.

Il est par ailleurs regrettable que cette crise qui va faire imploser le MTLD n’ait pas retenu davantage votre intérêt, vous l’analysez comme un fait divers en vous situant sur la même ligne que « l’histoire officielle », il est surprenant que vous soyez resté hermétique aux remises en questions de Mohamed Harbi par exemple dans le 1er tome de ses mémoires, « Une Vie Debout » à La Découverte ou dans « Le FLN Mirage ou Réalité » chez Jeune Afrique, ses ouvrages les plus récents ou bien à l’éclairage de la dernière biographie réactualisée de Messali de Benjamin Stora chez Hachette car cette crise détient tous les embryons qui vont nous faire changer d’époque, c’est une césure qui va irrémédiablement ouvrir la porte à toutes les aventures et à une lutte impitoyable pour le pouvoir, du reste pas terminée à nos jours. Désormais et vous le savez, on ne fera plus de politique, le débat est verrouillé.

Avant de terminer cette lettre qui se veut critique mais pas polémique, il est indispensable que je rectifie ce que vous dites sur les relations de Messali avec les trotskystes. Elles sont très anciennes comme vous le dites du reste, elles ont commencé avec Daniel Guérin puis Jean Rous qui fut secrétaire de Trotski ainsi que Rossmer qu’il a rencontré plusieurs fois. A son retour de Brazzaville en 1946 après la deuxième guerre mondiale, à Paris, il renoue avec ses anciens amis et fait la connaissance de Raoul qui s’occupe des relations extérieures du PCI, avec qui il passe des accords de coopération et qu’il présente à Brahim Maïza qui malheureusement décèdera un an après dans un accident de voiture sur la route de Sétif dont il était originaire. Ce n’est qu’à l’automne 1952 à Niort qu’il rencontre Pierre Lambert un jeune militant qui a encore beaucoup à apprendre sur l’Algérie, le Maghreb et le monde arabe. Ces camarades français, n’ont jamais tu, comme vous le dites mais toujours su que Messali était arabe et musulman et que son intention était d’inscrire l’Algérie dans son contexte géopolitique naturel mais ce qu’ils savaient surtout, c’est qu’il était un révolutionnaire avec un projet démocratique dans le respect et la tolérance de toutes les communautés présentes en Algérie..

Maintenant, sur un plan plus personnel et pour parachever de discréditer la mémoire de cet homme incontournable, vous osez prendre à votre compte, des ragots de caniveau. Page 183, vous écrivez que mon père avait placé ses enfants chez les trotskystes. Je ne sais d’où viennent vos renseignements. Que n’aurait-on pas dit, si nous avions eu, mon frère et moi, comme précepteur le banquier François Genoud, légataire universel des publications de Mein Kampf grand ami du FLN en Suisse par l’entremise de Fethi Dib?

En effet, quand vous évoquez Mohamed Boudiaf, il ne vous vient pas à l’idée de souligner qu’il avait confié son fils aîné à ce banquier infréquentable !
Sachez mais cela vous importe peu, qu’à l’enlèvement manu-militari de Messali à Orléansville fin mai 1952, mis dans un avion à Boufarik pour Niort via Villacoublay, Emilie Busquant, ma mère, Madame Messali, comme se plaisait à la nommer mon père a été terrassée par un grave accident vasculaire cérébral à Alger. Après un long coma, elle reste paralysée jusqu’à son décès en Octobre 1953. J’ai 14 ans et c’est déjà en jeune adulte que seule je fais face à cette situation. Mon frère au même moment est retenu en camp disciplinaire pour s’être insoumis à l’ordre d’incorporation militaire. Ma mère n’était ni à l’abandon ni isolée comme vous le dites à la Bouzaréah et la police française n’a pas autorisé Messali à se rendre à son chevet avant qu’elle ne décède malgré la demande exceptionnelle faite au président de la république. C’est après les obsèques de ma mère en Lorraine que nous rejoindrons notre père dans ses exils successifs.

Ce n’est qu’à partir de 1956 et des décisions d’éliminer physiquement les messalistes par le « congrès de la Soummam » qu’il nous est arrivé d’être hébergés à l’occasion de missions de liaisons (nous étions le seul lien extérieur de Messali), chez des amis trotskystes car notre chambre de bonne de la rue du Repos était trop connue et devenue trop dangereuse.

Sachez également et je sais que cela ne vous intéresse pas davantage que Messali a « résidé » plus longtemps et plus souvent dans les geôles coloniales que dans les palais et les grands hôtels et puis je vous retournerais la question de savoir : est-ce que Jacques Duclos ou Léon Feix descendaient dans des « bouille-bouilles » ?

Je m’attendais à plus de hauteur de la part d’un intellectuel ami de l’Algérie pour qui, comme je le dis au début de cette lettre, j’ai de l’estime
Mais fallait-il qu’en revisitant cette histoire vous sortiez de vos grilles d’analyse trop staliniennes et faire l’effort de vous dépasser en étant plus objectif ?
Mon cher Gallissot, vous devriez changer de lunettes … !!!

Signé : Djanina Messali-Benkelfat


Fait ce jour à Montréal, le 20 Mai 2007 

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 22:33

Slimane Benaïssa. Dramaturge, auteur et comédien

«Le rôle de Messali Hadj est complexe et charismatique»

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 Scène du film «Ben Boulaïd», de Ahmed Rachedi, où Slimane Benaïssa (au centre) incarne le rôle de Messali Hadj

L'écrivain, metteur en scène et comédien, Slimane Benaïssa, qui n'est plus à présenter, a crevé le grand et petit écrans dans le film et feuilleton TV Ben Boulaïd  du réalisateur Ahmed Rachedi et ce, en incarnant le rôle charismatique du leader nationaliste algérien
Messali Hadj

-Durant le mois du Ramadhan, les téléspectateurs algériens vous ont découvert dans le rôle charismatique du leader nationaliste algérien, Messali Hadj...

Certains ont  cru que c'était un film sur Messali Hadj, alors que c'était le film éponyme, Ben Boulaïd, de Ahmed Rachedi. Oui, c'était le feuilleton de Ben Boulaïd. Je pense que, comme les séquences de Messali sont au début, les gens percevaient l'image de Messali comme étant la principale du film. Mais au fur et à mesure que le film se développait, c'était Ben Boulaïd qui reprenait sa place.

-Ce rôle du personnage de Messali Hadj est tellement charismatique qu'il y a eu confusion au début du film…

Ce personnage est d'une popularité extraordinaire dans la mémoire collective des gens. On ne peut le nier en tant qu'image. Elle existe, elle est là. C'est une image fondatrice. Maintenant, qu'il y ait eu des problèmes avec lui au cours des événements et de l'histoire, c'est un autre chapitre qu'il faut d'ailleurs clarifier. Pour vous donner un exemple, quand on a tourné une séquence de Messali Hadj à Constantine, sur le pont suspendu, il n'y a pas un seul passant qui ne soit pas venu prendre une photo avec moi. Même s'il n'avait pas d'appareil photo, il courait le chercher. Ainsi, un vieux monsieur est venu me voir en me disant : «S'il vous plaît, jusqu'à quelle heure vous êtes encore là ?» Je lui ai répondu : «Jusqu'à 19h et même plus.» Il est revenu avec plus de quinze personnes, c'est-à-dire tous ses enfants,  leurs épouses, son épouse à lui et ses petits-enfants. Et il a pris avec moi la photo.

-Une photo-souvenir avec Messali Hadj ?

Oui, prendre une photo avec Messali Hadj. Parce que les gens m'on confondu dès le départ. On nous a dit : «Ce n'est pas possible, vous l'avez  ressuscité (Messali Hadj).» Quand je me suis habillé la première fois et que suis sorti du plateau devant une foule nombreuse, les gens sont restés figés. Je ne sais pas à quoi cela est dû. Même sa fille, à Montréal (Canada), quand elle m'a donné le vrai tarbouche (coiffure) de Messali, Allah yarahmou, elle est restée bouche bée et n'a pu dire que «Soubhan Allah».

-Par rapport aux autres rôles que vous avez campés, celui de Messali Hadj est différent, magique, lourd à porter ?

Il est complexe. Il est très intéressant. D'abord, il demande un charisme extraordinaire. Si l'on n’a pas à la base ce charisme-là, ce n'est même pas la peine d'essayer de le (ce rôle) jouer. Lui-même (Messali Hadj), c'est du théâtre dans le théâtre. Lui-même, son personnage est construit. Il a construit son personnage et son image publique. Alors, jouer ce qui est déjà joué est une affaire très complexe. Et la chose que j'ai comprise dans le rôle, c'est qu'il avait une allure de marabout politique. Et quelle valeur va prendre le dessus, le leader politique ou le marabout ?

J'ai décidé que c'est le leader politique. En incarnant un leader politique dans la peau d'un marabout comme ça, cela a fonctionné avec justesse. Parce que lui était un peu ça. Il n'était pas un marabout qui faisait de la politique mais un leader politique qui a adopté la tenue de marabout.

-Il avait l'art de la faconde…

C'est un homme charismatique extraordinaire. Il cherchait ses mots. Quand il faisait les interviews en français, le peu que j'en ai  écouté, il recherchait une maîtrise de la langue. Une justesse dans la politique. Un «type» qui, à l'époque, dépassait de loin un peu…

-Cela fait quoi de tourner sous la direction du réalisateur Ahmed Rachedi ?

A vrai dire, quand il m'a appelé pour me proposer ce rôle-là (celui de Messali Hadj), je me suis dit : «Qu'est-ce qui lui prend. Il est fou, quoi ! Il (Ahmed Rachedi) m'a dit : ‘‘moi, je te vois dans le film’’. A vrai dire, il m'a dit : «Je vois deux acteurs algériens dedans. Mais je te préfère, toi. Bon ! Moi, j'ai grandi avec l'image de Messali Hadj. Mon oncle Ali, qui était un grand militant et même un des accompagnateurs de Messali Hadj dans ses premiers meetings.

Mon oncle est devenu FLN, mais il n'a jamais renié Messali. Il est mort quand même avec toujours cette admiration pour Messali. Donc, Messali était le personnage politique. Et moi, cela me paraissait trop grand, interpréter Messali. Et j'ai fait le travail necéssaire. C'est-à-dire que j'ai été à l'INA (l'Institut national des archives), j'ai retiré des archives… Je voulais l'entendre parler, marcher, discuter…Et je me suis laissé pousser la barbe. Parce que c'est avec ma vrai barbe que j'ai joué. Les cheveux aussi. Et petit à petit, tout en habitant un personnage, le personnage nous habite.

-Donc, vous avez préparé le rôle de Messali Hadj…

Ah oui, trois mois de préparation.

-Là, vous montez des pièces théâtrales, notamment celle intitulée Conseil de discipline…

Oui, effectivement. Conseil de discipline et une autre pièce intitulée Rahat Larouah portant sur le soufisme. Le premier spectacle, Conseil de discipline traite de la guerre d'Algérie. C'est l'histoire d'une bagarre entre deux élèves en 1958 que d'ailleurs, j'ai vécue au collège, à Annaba. Une dispute entre un Algérien et un pied-noir. Un coup de couteau est sorti. L'Algérien  a été légèrement blessé. Et un conseil de discipline devait statuer. Donc, c'est un peu cette guerre au quotidien à l'intérieur des collèges parmi la jeunesse que j'ai voulu retracer à travers cette pièce.

Et surtout incarner également les rôles de professeurs pieds-noirs par des comédiens algériens en arabe dialectal. Et donner à écouter à la jeunesse algérienne ce que pensaient réellement les pieds-noirs et quelles sont les contradictions politiques existant entre toutes les tendances françaises face à la lutte armée.

-Vous prévoyez une tournée en Algérie ?

Non, je signe le contrat avec la télévision (ENTV) qui diffusera la pièce Conseil de discipline. Et si je dois la reprendre en public après, je la reproduis moi-même sur scène.

Et la pièce Rahat Larouah ?

La deuxième pièce, Rahat Larouah, est un vieux projet que je voulais réaliser avant même 1993. Les gens sont étonnés que je parle de religion. Je me disais : «il faut revenir à des principes de tolérance dans la religion. Donc, le soufisme me paraît une école plus humaniste en quelque sorte. Et je me suis intéressé à cette problématique. Et là, je reprends ce spectacle fait de chants et de poésie. Un voyage initiatique d'un soufi. Un voyage vers Dieu. Un voyage vers la foi et dans la foi. Avec surtout de la poésie et des chants et une esthétique. Je crois que l'Islam maghrébin, d'une manière générale, a été trop enfermé dans le populisme. Au nom du populaire, on fait du populisme.  

La religion mérite beaucoup mieux que ça. Elle se situe à des niveaux spirituels élevés. Sans négliger, effectivement, la conscience populaire et le niveau culturel des peuples. On a eu des poètes comme Benkhlouf, Benmessaïb, Boumediène… Il ont écrit des poèmes dans la culture soufie et islamique qui sont d'une beauté extraordinaire. Et c'est cela la vraie culture populaire de l'Islam à mon sens.

-Vous êtes rentré définitivement en Algérie…

Mais, je ne suis jamais parti définitivement. Donc, je n'ai pas à revenir, j'y suis. Et j'y reste (rire).
 

K. Smail, El Watan, 16 septembre 2010
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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 00:20

La DRAG d’Alger annule une conférence

 

La demande d’autorisation formulée par la Fondation du 8 Mai 1945 pour célébrer, hier, le 74e anniversaire du meeting de l’Etoile Nord-Africaine (ENA) organisé le 2 août 1936 au stade municipal d’Alger (20- Août) où Messali Hadj avait réaffirmé, à la faveur d’un discours, sa lutte pour l’indépendance, a été rejetée par la DRAG d’Alger.
Personne n’était, néanmoins, en mesure d’expliquer ce qu’il y avait de compromettant dans cette commémoration, prévue au stade du 20-Août, pour qu’elle soit refusée. Les employés du stade ont néanmoins tenu à informer les invités de la fondation, qui se sont regroupés dès 9 h devant le stade — la fondation n’ayant pas eu le temps d’aviser tout le monde — que la manifestation était «reportée» à une «date ultérieure». Au prochain 2 août…
R. N.

 

Le Soir d'Algérie, 3 aout 2010

 

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/08/03/article.php?sid=104008&cid=2

 

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 22:26

L’heure de l’écriture de l’histoire de l’Algérie contemporaine n’a-t-elle pas sonné ?

 

Par Saïd Dahmani*

 

En consultant la bibliographie relative à l’histoire de l’Algérie moderne et contemporaine (1 500 à nos jours), notamment celle du nationalisme (naissance, développement, luttes politiques et guerre de libération), les titres produits par des historiens algériens, aussi bien en arabe qu’en français, apparaissent moins nombreux que ceux écrits par des Français ou des Européens. Avant 1962, une des causes essentielles est la faiblesse de la formation, notamment universitaire.
Après, ce sont les limites que l’administration a imposées : ostracisme vis-à-vis de périodes historiques ou de personnalités (on vient d’interdire un séminaire sur Messali, à Tlemcen, 36 ans après sa mort !!!) ou même de mots, rétention de documents, censure et autocensure. Commençons par l’histoire générale de l’Algérie de 1515 à 1954. Ch.-A. Jullien avait publié deux ouvrages : Histoire de l’Afrique du Nord, de la conquête arabe à 1830; T.II, (1930), réédité et augmenté plusieurs fois et Histoire de l’Algérie contemporaine, la conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871), (1964) ; ces deux titres restent une référence sérieuse. Moubarek Al Mili avait publié, en arabe, dans les années 1930 Târîkh al Djaza’ir fî al kadîmi wa al hadîthi ( Histoire ancienne et moderne de l’Algérie). L’ouvrage, malgré son titre, s’arrête aux Ziyyanides ! Cependant, il est rédigé dans un esprit moderne. Il semble s’être beaucoup inspiré de l’ouvrage de Ch.-A. Jullien. Abderrahmane Al Djilâlî avait publié également Târîkh al Djaza’ir al ‘âm (Histoire générale de l’Algérie), en 1954. Il s’arrête à la période des deys. Son style est celui de l’historiographie traditionnelle. Plus récemment, Ch. R. Ageron a publié Histoire de l’Algérie contemporaine, en 1979. Le professeur Mahfoud Kaddache a publié une synthèse de l’histoire de l’Algérie L’Algérie des Algériens, de la préhistoire à 1954 en 2003. En 2007, G. Meynier se lance, lui aussi, dans une histoire générale, dont le premier tome est L’Algérie des origines ; de la préhistoire à l’avènement de l’Islam, en attendant la suite. On remarquera que la production «étrangère» relative à cette histoire générale de l’Algérie est prépondérante. D’autre part, la synthèse du professeur Kaddache exceptée, les autres «Târîkh…» sont dépassés. Or, aujourd’hui, aussi bien le citoyen que l’étudiant ont cruellement besoin d’une histoire générale, fournie, complète et surtout objective dégagée des restrictions de toute nature, qui trace le parcours de la nation algérienne, le processus de sa construction. Les ouvrages auxquels il a été fait référence, et d’autres encore assez nombreux, écrits par les Français notamment, quelle que soit l’objectivité de leurs auteurs, sont fondés sur une problématique qui ne répond pas forcément à la problématique fondamentale qu’est le parcours de l’édification de l’Algérie dans une optique intérieure algérienne ; autrement dit, ce n’est pas l’histoire de la nation et de son projet ; ces œuvres s’adressent d’abord au lectorat français. Devons-nous alors rester les éternels «étrangers à l’écriture de notre histoire» comme ce fut le cas de notre histoire dans l’Antiquité par exemple ou de notre histoire sous la colonisation ? Justement, pour la période de 1830 à 1962, le citoyen algérien ne trouve que peu d’ouvrages de référence dans la bibliothèque algérienne, produits «à l’intérieur ». Sauf à aller, encore et probablement pour longtemps, solliciter «les autres» généralement volontiers plus écoutés, parfois par des personnalités situées à un haut niveau : à l’exemple de l’un d’entre eux reçu souvent à bras ouverts ; répétons-le : ces historiens font du bon travail, mais leur destination première est le lectorat français dont le pays était impliqué dans les évènements de cette période. A ce propos, sur quel support historique s’appuient nos députés qui ont déposé le projet de loi de criminalisation du colonialisme ? Disposent-ils d’une histoire fouillée de la colonisation et de ses méfaits ? Ont-ils constitué une commission d’historiens indépendants chargée d’élaborer, scientifiquement, cette histoire de la colonisation par «le colonisé» ; histoire qui continue à être écrite par le concitoyen du colonisateur, fût-il le plus honnête et le plus objectif ? Au sein de cette période, une séquence fondamentale de l’histoire nationale : 1900-1954, reste la moins étudiée objectivement et scientifiquement par l’historiographie algérienne. En effet, l’émergence de l’Algérie algérienne contemporaine s’était faite au cours de ce demi-siècle. Cette période avait connu une intense activité culturelle et politique. Dans les villes qui voient gonfler leurs populations autochtones, suite à un exode forcé des populations rurales déclassées par la dépossession coloniale de leurs terres, la solidarité tribale évolue vers une solidarité plus large : nationale. Eclosent alors un grand nombre d’associations culturelles et sociales, créant la matrice d’une société civile. L’action et la littérature de ces associations réveillent les consciences. Les associations ne tardent pas à être rejointes d’abord par les premières élites lettrées urbaines qui ont formulé des revendications anticolonialistes, réclamant l’égalité dans la «cité coloniale» en vain, puis par la fondation de formations politiques nationalistes structurées, notamment après la Première Guerre mondiale. En 1954, la scène politique présentait un éventail de partis politiques : le Parti du peuple algérien/ Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (PPA/MTLD), l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), ces deux formations étant exclusivement algériennes tant du point de vue projet national que du point de vue ressources humaines. D’autres formations politiques accueillaient, en plus ou moins grand nombre, des militants algériens : le Parti communiste algérien (PCA) qui évoluera pour devenir, à la fin de cette période, davantage proche des revendications nationales algériennes et les sections locales de la SFIO ou du MRP. C’est dire, malgré la répression, les interdictions, combien une vie politique animée bouillonnait avec ses meetings, ses publications et ses journaux. Il existait un multipartisme national algérien, certes dominé par la formation la plus radicale, le PPA/MTLD, mais ce multipartisme marquait la maturité politique de la société algérienne et la formation de militants aguerris en nombre et des cadres de haute valeur. Chacun de ces partis ou associations avait son projet, sa démarche relative à la question nationale et sa vision de l’avenir. Des échanges, des contacts se faisaient ; l’idée d’un front uni de ces différentes forces avait pris forme. Or, au lendemain de 1962, s’est imposée l’idée fallacieuse de la responsabilité, entre autres, du multipartisme d’avant 1954 dans le retard du déclenchement de la lutte armée. Cette assertion s’appuie sur une mauvaise lecture et sur une interprétation tendancieuse de l’appel du 1er Novembre qui fait allusion, en fait, à la crise interne du PPA/MTLD et à sa scission dont la conséquence fut la création du CRUA dont les membres, militants du PPA, visaient à préserver les acquis de la conscientisation et la politisation des militants dans la préparation à la lutte violente. Des générations entières, de 1962 à nos jours, ont été élevées dans la suspicion vis-à-vis du multipartisme, dans le refus des idées de l’autre et dans le rejet du débat contradictoire. On ne cessera d’insister que ces cinquante ans sont cruciaux dans la vie de la nation algérienne et qu’ils ont été insuffisamment étudiés, malgré quelques études dues à des Algériens. On notera : Belkacem Saâdallah, Al Haraca al wataniya al djaza’iriya ( Le mouvement du nationalisme algérien), (1969) ; son étude porte sur la période 1900-1930 ; Ahmed Mahsas, Le mouvement révolutionnaire en Algérie, de la Première Guerre mondiale à 1954, (1979) ; Mohammed Harbi, Aux origines du FLN( 1975) et Le FLN, mirage et réalité ; des origines à la prise du pouvoir 1945- 1962 (1980) et Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien ; question nationale et politique algérienne 1919-1951 (1981). A ce jour, ce dernier ouvrage fournit le plus de connaissances et d’informations sur cette tranche de l’histoire du combat politique contre le colonialisme français et sur la formation politique diverse de l’Algérien. C’est insuffisant pour la connaissance de cette période et son importance dans le déroulement des évènements Quand le combat politique s’était avéré dans l’incapacité d’aboutir à l’émancipation, et que le recours à la violence était devenu inéluctable et seul moyen de libérer le pays, les premiers à avoir pris l’initiative de recourir à la lutte armée furent les animateurs du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (Crua) issus du PPA/MTLD. Avec un décalage, dû à la croyance qu’une «révolution par la loi», selon la formule de Ferhat Abbas, était encore possible, les autres forces politiques et culturelles avaient fini par rejoindre la lutte armée. Il est cependant à souligner que même si l’adhésion était «individuelle», les militants des divers horizons, tout en assumant leurs responsabilités à divers échelons du FLN/ALN, restaient porteurs de leurs sensibilités acquises et héritées des cinquante années précédentes. Mustapha Benboulaïd (PPA/MTLD) et Mahmoud Cherif (UDMA), qui furent chefs de la Wilaya I (Awras-Nememchas), n’appartenaient pas à la même sensibilité politique. Il y a à méditer entre le cursus d’un Amirouche-Aït Hammouda (MTLD) et celui de Mohammedi Saïd (ancien baroudeur). Les ministres du GPRA ne s’apparentaient pas aux mêmes horizons politiques anté-1954… Et il ne fait aucun doute que la gestion de la lutte armée aussi bien humaine, politique que militaire eut à se ressentir et à s’imprégner de cette diversité de sensibilités, bien que la ligne générale fût la norme pour tous. Les premières classes de militants, toutes catégories confondues, étaient pourvues d’une solide culture politique. Dès lors, écrire sur le déroulement des évènements de la lutte politico-armée de 1954 à 1962 sans la lier au préalable, avec précision et sans restriction ni ostracisme, à la période de gestation cruciale de 1900 à 1954, risque de faire croire que 1954- 1962 relève de la génération spontanée, un coup de tonnerre dans un ciel serein. L’historiographie officielle, en effet, a traité depuis 1962 l’histoire de la lutte armée en occultant l’essentiel de ses sources et de ses racines. Généralement, la narration a été restreinte à l’aspect combats militaires, à l’hommage à l’héroïsme, à l’évocation de certains dirigeants et à l’occultation d’autres. C’est plus une mythologie qu’une histoire rationnelle. Le cas de reniement et d’ostracisme le plus révoltant, battant le record de la non-humanité, est celui de la séquestration des dépouilles de deux dirigeants de la lutte : Benabderrazzak Si El Haouès et Aït-Hammouda Amirouche ! Dans le cas de deux publications sérieuses pourtant, la partie consacrée à la phase pré-1954 occupe un espace congru : dans Mohammed Teguia, L’Algérie en guerre, l’avant-1954 occupe les pages 23 à 97 sur 431 pages ; et dans Slimane Chikh, L’Algérie en armes, l’avant-1954 occupe les pages 30 à 82 sur 527 pages. Par ailleurs, il y a à tenir compte des classes qui avaient rejoint la lutte dans la deuxième moitié de la période 1954-1962 ; elles étaient moins matures politiquement. De la ferveur patriotique elles en étaient gonflées à bloc. Mais il leur manquait la formation politique dont le FLN avait été plutôt avare sinon dépourvu, dans cette deuxième moitié du parcours, notamment quand il s’agissait des militants issus des campagnes. En guise de formation, ils étaient embarqués dans le tourbillon des ambitions pour le pouvoir de ceux qui activaient à supplanter les classes de militants des premières heures. Voilà un deuxième élément important généralement absent des écrits sur la période 1954- 1962. L’analyse de la composante humaine des militants de la lutte armée est absente. Elle expliquerait, au moins en partie, les tensions entre directions successives depuis 1954 à 1962 et leur effet sur la fin de la lutte armée. Il y a également à déplorer vigoureusement l’indigence des programmes d’histoire dans le cursus scolaire où se construit la personnalité civique du futur citoyen adulte. Certes, depuis environ une décennie, la bibliothèque relative à l’histoire contemporaine de l’Algérie s’est enrichie de nombreux témoignages et de mémoires de certains acteurs de «1954-1962», d’études fragmentaires, de biographies de personnages de premier plan. Certaines publications provoquent des débats autour de la recherche de la vérité et surtout autour de la rétention des archives. Surtout quand on sait qu’une partie de ces archives est à la disposition des chercheurs à Vincennes ou à Aix-en-Provence et non dans leur pays de naissance ! Cependant, si ces publications permettent une sorte «d’accumulation de connaissances» qui servira à l’élaboration d’une histoire assez objective du mouvement national de libération, dans laquelle l’édification de l’Algérie moderne et progressiste fut et reste le projet par excellence, il y a lieu de constater que si on n’y prenait pas garde, ces travaux auraient tendance à faire de leur objet la finalité ultime.
S. D.
* Historien

 

Le Soir d'Algérie, 19 juin 2010

 

http://lesoirdalgerie.com/articles/2010/06/19/article.php?sid=101772&cid=2

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 00:22

 

Les anciens du Parti du peuple algérien (PPA) ont commémoré, avant-hier dans un des domiciles de ses anciens compagnons d’armes à Tlemcen, le 36è anniversaire du décès du père du nationalisme algérien, Messali Hadj (1898-1974).

 

 

 

Une rencontre à laquelle ont participé d’anciens membres du mouvement national des différentes régions. L’occasion était celle des souvenirs et des témoignages « Craignant que les autorités algériennes de l’époque ne refusent la sépulture de son père, sa fille Nina estimait que la terre était vaste pour accueillir le corps. Mais, de son vivant, Hadj insistait pour être inhumé à Tlemcen », se rappelle Hadj Tchouar. Tout le monde se souvient de toutes les tracasseries auxquelles était assujettie la famille de l’illustre défunt. « Après son décès le 3 juin 1974, l’ambassadeur algérien en France avait fait la sourde oreille à la demande d’autorisation du rapatriement du corps en Algérie émanant de Nina. Á ce moment, les autorités marocaines et tunisiennes s’étaient proposées pour accueillir le corps ».

Quatre jours plus tard, et comme pour effacer l’affront, les responsables algériens se sont manifestés pour autoriser le rapatriement par l’aéroport d’Oran. Une fois en terre algérienne, des ordres avaient été donnés aux policiers pour empêcher la délégation d’accueil (les membres de la famille de Messali et ses anciens compagnons) de couvrir le cercueil de l’emblème national. Et dire que le drapeau national a été conçu par Messali lui-même ! Quant à la mise en bière, au vu de la politique d’ostracisme et par peur de représailles, des citoyens et mêmes des responsables s’étaient abstenus de faire le déplacement au cimetière Sidi Senouci pour accompagner le défunt à sa dernière demeure.

 

D’autres temps, d’autres mœurs, Si Ahmed (de son vrai prénom) a été quelque peu réhabilité, puisque depuis quelque temps déjà, l’aéroport de Zenata Tlemcen porte le nom de Messali Hadj.

 

C. Berriah

 

El Watan, 8 juin 2010 (Tlemcen info)

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 10:50

 

Selon des journaux, une conférence autour de Messali, mort il y a 36 ans un 03 juin, n'a pas été autorisée dernièrement à Tlemcen. Sans explication mais avec une explication que chacun peut se fabriquer dans sa tête : il y a trop de martyrs convoqués ces temps-ci et l'Algérie officielle a autant de problème avec sa mémoire que l'ancien colonisateur. Messali a bien servi durant une première campagne électorale et il « a eu un aéroport ». Donc on n'a plus besoin de lui aujourd'hui. Il a été appelé, embrassé, cité dans un discours présidentiel puis renvoyé vers l'au-delà. C'est l'usage habituel que l'on fait des martyrs ou pères fondateurs de la nation. Du coup, il y a quelque chose qui se révèle : les morts sont enfermés dans des kasmas cosmiques et peuvent être rappelés quand on a besoin d'eux. Pas pour faire l'histoire mais pour un usage limité et ciblé.

 

Abbane a un club qui l'utilise comme un label d'eau minérale. Messali a servi dans une campagne électorale. Amirouche sert à un livre mais aussi à des rebondissements incestueux. Larbi Ben'Mhidi aurait pu servir s'il n'avait pas été tué deux fois par le général français Aussaresse. Donc, et pour revenir à Messali, celui-ci n'est pas autorisé à revenir quand il veut. Il est revenu, il a vu, il a voté, il doit s'envoler. C'est dire que la grâce et la disgrâce peuvent toucher même un mort qui peut décrocher ou perdre un badge comme n'importe quel militant. Un moment, c'est tel Chahid qui est à l'honneur, à tel autre, c'est un autre qui a droit à un court séjour sur terre au lieu de marmonner en dessous. C'est pourquoi l'histoire algérienne n'est pas un livre stable mais une sorte de pamphlet co-rédigé par les adversaires de la génération qui nous précède.

 

Nous, enfants nés après la mort de Boumediene et mal convaincus par les manuels scolaires, ils nous est difficile de déchiffrer les sous-entendus dans les propos de nos aînés quand ils s'insultent et se disputent. Nous ne comprenons ni leurs régionalismes persistants, ni leurs craintes du complot, ni leurs phrases à tiroirs. Cela les concerne eux, vivants ou morts, au point où l'histoire de tout un pays est devenu le journal intime d'une seule génération. Dans cinq ans, Messali pourra être autorisé, expulsé ou même obtenir un port après l'aéroport. Amirouche pourra être enterré ou même élu sénateur. C'est dire que même mort, on n'est pas à l'abri de sa propre tombe dûment acquise.

 Comment convaincre les vivants de la valeur de la vie, si même les morts sont traités comme des urnes infidèles ? On ne sait pas. Quand le vivant doute, les morts persistent et reviennent. C'est ce que disent les spirites impossibles. Et, du coup, on cède à une rêverie dantesque, sur l'au-delà : une sorte de spectacle infernal de jugement dernier où les martyrs algériens, les survivants de la guerre, les traîtres et les héros de la guerre feront salle à part, dans une sorte de conférence de la Soummam sans fin, s'accusant jusqu'à épuiser des éternités, se lançant des insultes, exhibant des documents des archives françaises, s'empoignant par le col des âmes, fouillant les postes TSF et les télégrammes de Gardimaou. Un gigantesque règlement de compte dans une sorte de purgatoire tibétain des âmes qui se soldera par un décompte précis des martyrs, le rapport d'un CTRI post mortem et un solde de tout compte de cette guerre de Libération qui a eu un étrange résultat : des morts qui ne reposent pas en paix et une libération qui n'a pas apporté la liberté.

 

Kamel Daoud

 

Le Quotidien d'Oran, 7 juin 2010

 

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5139289

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 09:50

Messali Hadj

 

36e ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE MESSALI (3 JUIN 1974)
Messali Hadj a-t-il été réellement réhabilité ?

 

Ils n’étaient pas nombreux au cimetière de Sid-Ahmed Senouci, en cette matinée du 3 juin, les fidèles de Messali qui sont venus pour la plupart des autres régions d’Algérie. Certains, malgré leur âge avancé, n’ont pas hésité à faire le déplacement à Tlemcen pour rendre hommage à leur vieux compagnon de route et de lutte.


Des anciens militants du PPA et du mouvement national se souviennent de cette journée du 3 juin 1974, ils étaient présents, ce jour-là, pour jeter un dernier regard sur ce cercueil posé sous l’ombre des peupliers de ce grand cimetière qui ne pouvait contenir une foule qui tenait à saluer l’enfant du bled, mort en exil. Ce jour-là, malgré la présence des services de sécurité, la peur avait disparu et pour la première fois les traditions tlemcéniennes furent bousculées, la présence des femmes aux funérailles de Messali ne choqua personne et inquiéta même les services de sécurité qui craignaient des débordements au moment où justement une femme recouvra le cercueil de Messali avec l’emblème national. Messali venait enfin de remporter une dernière victoire sur ses adversaires en attendant le jugement de l’histoire.

 

En ce 36e anniversaire de la mort de cette figure charismatique du mouvement national, des questions restent toujours posées. A l’arrivée de Bouteflika au pouvoir il y a eu, certes, une réhabilitation officielle du fondateur de L’Etoile nord-africaine (ENA) et du Parti du peuple algérien (PPA), mais, en dehors de l’aéroport de Tlemcen qui porte le nom de Messali, la nouvelle génération ignore complètement l’existence de ce patriarche de la cause nationale. Cela explique que ceux qui viennent se recueillir chaque année sur la tombe de Messali viennent des autres régions du pays. Ce jeudi, il y avait peu de Tlemcéniens à l’exception de quelques amis et des proches de la famille Messali. Il faut dire que le recueillement sur la tombe de Messali se fait chaque année dans la totale indifférence des autorités locales, y compris les élus.

 

Seule l’épouse du défunt Redouane Hamidou était présente à cette cérémonie de recueillement qui commence à gêner certains responsables et pour cause, l’opinion publique commence à se poser la question : pourquoi continue-t-on à ignorer cette page d’histoire ? Ce qui a fait dire à un militant de la cause nationale : «Qui a peur du verdict de l’histoire ?» Selon certaines informations qui nous été confirmées par des personnes présentes à ce 36e anniversaire de la mort de Messali, les responsables locaux ont refusé de donner une autorisation pour la tenue d’une conférence prévue pour la circonstance. Aussi, comment peut-on remonter le cours de l’histoire du mouvement national sans faire une halte méditative sur la longue marche de l’épopée révolutionnaire ?

 

Le devoir de mémoire s’impose, car aucun peuple, aucune civilisation ne peut se passer de la préface de son histoire. De l’émir Abdelkader jusqu'à Boudiaf, l’histoire de l’Algérie ressemble à un passionnant feuilleton amputé volontairement de quelques épisodes et pas des moindres. Le lourd silence entretenu savamment sur le rôle des grandes figures du mouvement national est lui-même révélateur de la violation de la morale révolutionnaire.

 


M. Zenasni

 

Le Soir d'Algérie, 6 juin 2010

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 07:52
HOMMAGE À MESSALI HADJ
Pour une réconciliation de l’Algérie avec son histoire
 
Par : M. Agouni (*)
1

Il y a trente-six ans que le héros et père du nationalisme algérien, Messali Hadj, s’est éteint. Leader spirituel de la Révolution et au service de l’Algérie, il était omniprésent et a osé tenir tête avec courage et bravoure au colonialisme français en réclamant haut et fort l’indépendance des trois pays d’Afrique du Nord, “Algérie Tunisie Maroc”, en 1927, au congrès anti-impérialisme à Bruxelles, tout en dénonçant devant l’opinion internationale les méfaits, les massacres, les tortures, l’injustice et la domination féroce pratiquée par le colonialisme contre les peuples d’Afrique du Nord colonisés.

Messali Hadj, homme de foi et plein de dignité, des causes justes, qui incarnait le combat de l’Algérie, a été rappelé par le Bon Dieu Tout-Puissant le 3 juin 1974. “Que Dieu lui réserve une place dans Son Vaste Paradis.”
En ce moment, nous entendons beaucoup de voix de hautes personnalités s’élever pour réclamer l’écriture de la véritable histoire de la Révolution algérienne. Parmi elles, il y a le président de la République Abdelaziz Bouteflika qui l’a rappelé à maintes reprises et l’ancien président et colonel de la Wilaya II, Ali Kafi, qui ont demandé aux historiens d’écrire l’histoire.
Le Dr Chawki Mostefaï, ancien cadre du PPA et membre de l’exécutif provisoire au Rocher noir en 1962, que je salue respectueusement, déclara dans le journal El Watan du 13/05/2010 : “L’histoire me sera indulgente car j’ai l’intention de l’écrire, et que c’est suite aux manifestations du 1er et 8 mai 1945 du PPA et les massacres de plus de 45 000 Algériens par le colonialisme à Sétif, Guelma et Kherrata que la Révolution du 1er Novembre 1954 est arrivée.  Le Dr Chawki Mostefaï a dit que c’est le congrès du PPA à Zédine qui a donné naissance à l’Organisation spéciale (OS) qui a engendré le 1er Novembre 1954. Le Dr Chawki a pensé aussi à l’unité nationale, il est allé voir l’UDMA et les Oulémas pour l’union qui lui ont posé comme conditions la mise à l’écart du PPA et la dénonciation de toute violence. Le Dr Mostefaï Chawki dit que Messali a mal interprété cette proposition, la considérant comme une manœuvre d’étouffement, ce qui lui a fait dire dans une intervention d’une extrême violence : “le Parti (PPA) c’est nous, l’Algérie, c’est nous.”

Encore une fois, Messali Hadj, objectif et résolu, a déjoué un complot et rejeté avec force les propositions de l’UDMA et des Oulémas et a défendu avec courage et dignité la ligne révolutionnaire du PPA, en réclamant l’indépendance totale de l’Algérie. Le 11 mars 1937, Messali Hadj a créé le PPA  après la dissolution de l’ENA et, en compagnie de Filali Abdellah, déposa les statuts du parti à la préfecture de Paris. En revenant, il y avait plusieurs militants de l’ENA qui l’attendaient dans un café à Aubervilliers. Messali Hadj s’adressa à la foule en leur disant : “Mes chers frères, aujourd’hui, un enfant, qu’on a appelé le PPA, vient de naître. Cet enfant, nous le mettons entre les mains de Dieu et du peuple algérien pour qu’il grandisse, lutte et arrache l’indépendance de l’Algérie. Que Dieu le protège.”
Le 2 août 1936, au stade municipal d’Alger, Messali Hadj déjoua le projet de Violette Blum et celui du Congrès musulman qui prônait le rattachement de l’Algérie à la France.

En prenant la fameuse poignée de terre et en criant très fort à la foule (plus de 20 000 personnes venant de diverses régions d’ Algérie) que cette terre n’est ni à vendre ni à hypothéquer, elle a ses héritiers, et l’ENA, elle est là pour la défendre, en réclamant tout haut l’indépendance totale de l’Algérie, et le drapeau algérien vert et blanc frappé d’un croissant et d’une étoile fut hissé par les militants et Messali Hadj, sur les épaules des Algériens, fiers de lui, de son courage, de son combat.  Ce qui a fait dire au président Boudiaf, interrogé par une journaliste d’où provient l’exemple de la Révolution algérienne, que la Révolution algérienne est née le 2 août 1936 au stade municipal d’Alger autour de Messali Hadj.

C’est à Ksar Chellala, capitale du nationalisme algérien et de la Révolution, que Messali Hadj reconstitue le PPA et le dote d’un nouveau comité central avec des structures spéciales et de nouvelles fédérations .

C’est à Ksar Chellala que Messali Hadj rejette le discours du gouvernement français et réclame un parlement algérien élu au suffrage universel sans distinction, ni de race ni de religion, où trouveront place sur un pied d’égalité tous les Algériens fraternellement unis et travaillant pour une Algérie libre et démocratique.

Aujourd’hui, il faut des personnalités courageuses et sincères pour faire triompher la justice et écrire les vérités historiques de la Révolution algérienne, sans la détourner et la falsifier à des fins partisanes.
Écrire la véritable histoire de la Révolution de façon objective et mettre chacun et chacune à sa place respective en écrivant toutes les vérités de la Révolution avec tous ses triomphes et ses conséquences douloureuses.

Comment a été créé l’ENA, son programme, ses revendications, son combat et son véritable leader ?
Comment a été créée la glorieuse Étoile ?
Comment ont été créés le PPA, le MTLD, l’OS, le FLN, le MNA, l’USTA, l’UGTA et dans quelles circonstances ainsi que leurs revendications ?
Comment est arrivé le 1er Novembre 1954 ?

Il faut aussi écrire les vérités historiques sur les luttes fratricides entre le FLN et le MNA. Actuellement, plusieurs voix appellent à l’écriture de la véritable histoire afin que notre jeunesse, les générations à venir prennent conscience du combat mené par leurs aînés sous diverses formes pour libérer l’Algérie, les conséquences et les erreurs commises : toute révolution a ses erreurs.

œuvrons pour une réconciliation de l’histoire. Sans Messali Hadj, il n’y aurait pas eu de Révolution et le drapeau algérien ne flotterait pas sur Alger, il faut lui restituer la place qui lui revient dans l’histoire de l’Algérie.

Reconnaître les valeureux moudjahidine ALN-MNA tombés au champ d’honneur contre le colonialisme (certains sont encore vivants) .
Reconnaître les condamnés à mort MNA, guillotinés par le colonialisme, ainsi que tous les prisonniers du MNA.
Écrire l’histoire tant que certains acteurs de la Révolution sont vivants, il faut créer une commission officielle pour prendre contact avec tous les acteurs vivants et dire la vérité sur terre avant d’arriver chez Dieu.
Porte-drapeau de la souffrance du peuple algérien, Messali Hadj et ses fidèles compagnons de lutte n’ont jamais fléchi ni courbé l’échine face au colonialisme.

Vive la réconciliation et l’unité nationale !
Vive l’Algérie, vive la véritable démocratie !

A. A.

(*)ANCIEN COMPAGNON DE MESSALI HADJ, ANCIEN MOUDJAHID

 

article paru dans Liberté, 2 juin 2010

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 15:55
 
La chronique de Abdelhakim Meziani
 

Réhabilité ou honoré, c’est selon, le vieux lutteur a pris, à titre posthume, une des plus éclatantes revanches sur ceux-là mêmes qui ramaient pour le rattachement de notre pays à la France, alors que l’enfant terrible de Tlemcen déclarait sans ambages, le 2 juin 1936 au stade municipal d’Alger, que la terre algérienne n’était pas à vendre. Mieux que quiconque, Messali Hadj a été l’un des rares, sinon le seul dirigeant nationaliste à avoir élaboré un projet de société en relation étroite avec les luttes des masses et leurs aspirations, l’abolition du code de l’indigénat et l’indépendance nationale.

 

Son prestige irréfragable s’est affirmé dans la bataille contre l’élitisme, et pour l’incorporation des masses dans le jeu politique, affirme Mohammed Harbi : “En tant qu’homme du peuple, il a été le point de rencontre de multiples émotions, d’angoisses et d’intérêts qui le poussaient en avant. Il a enseigné au peuple avec un manque total de préjugés, la confiance en sa force et a trouvé le langage adéquat pour le détourner des objectifs d’ordre privé dans lequel s’efforçaient de le cantonner les oulémas.”

 

Dans la préface qu’il a consacrée aux Mémoires de Messali Hadj 1898-1938, parues chez J.C. Lattès, Ahmed Ben Bella n’avait pas manqué de mettre l’accent sur le fait que le père du nationalisme révolutionnaire algérien était un homme et comme tel, faillible : “Ses erreurs furent à la mesure de sa grandeur. De cela l’histoire un jour jugera. Mais la vérité est bien plus riche, plus réelle que tout ce bruit et ce fracas. Elle les étreint pour les dépasser. C’est le cœur qui devait parler et faire taire tout le reste.”

 

En faisant voler en éclats un des tabous les plus pesants, le plus injuste surtout, le président Abdelaziz Bouteflika n’a fait que porter un regard nouveau, serein, sur toutes choses et d’abord sur les actes des hommes. Grâce à une volonté politique en adéquation étroite avec les aspirations de nombreux nationalistes révolutionnaires, qui, eux, n’ont pas trahi le serment de la Révolution nationale du 1er novembre 1954, la restauration des droits historiques de Messali Hadj par le premier responsable du pays est de nature à faire reculer les flots houleux de l’histoire. Elle contribue d’ores et déjà sensiblement à reconstituer le tissu déchiré de nos mémoires, de nos solidarités, de ce qui fait la texture même de la vie des peuples.

 

Une réelle reconstruction est à ce prix, avait souligné, un jour, M. Ben Bella qui soutient, depuis sa longue traversée du désert, qu’il n’est pas de reconstruction dans la falsification, dans l’injustice : “Notre peuple au génie si riche et qui a fait un temps l’admiration du monde entier peut mener, doit mener cette entreprise fondamentale et restituer à chacun ce qui lui est dû, et d’abord au plan moral.” Ce qui signifie, en d’autres termes, qu’il ne saurait y avoir de réelle reconstruction sans moralisation et sans réhabilitation de l’identité historique et culturelle du peuple algérien.

 

Des artisans du 1er novembre 1954 aussi prestigieux que Mohamed Boudiaf et le premier président de la République algérienne ont toujours considéré que c’est pour beaucoup à cet homme hors du commun que nous devons l’étincelle qui mit le feu à toute la plaine sous la direction du FLN. Pour s’en convaincre, estime Ahmed Ben Bella, il suffit de faire un saut en arrière et de retourner en cette date de mars 1926 qui a vu la création de l’Étoile nord-africaine : “Ils étaient peu nombreux en vérité ceux qui croyaient qu’un jour notre pays pût recouvrer son indépendance. Ils l’étaient encore des années après. C’est grâce à cet homme et à une poignée de partisans que ce qui paraissait une folle utopie put devenir réalité.”

 

Et la naissance du Parti du peuple algérien le 11 mars 1937 ne fera que réitérer les choix stratégiques du père du nationalisme révolutionnaire algérien annoncés en février 1927 à l’occasion du Congrès anticolonialiste de Bruxelles.

 

Abdelhakim Meziani

 

Liberté, 12-13 mars 2010.

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