Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 14:25

Le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb : les guerres de mémoires sont de retour

 

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/05/le-film-hors-la-loi-de-rachid-bouchareb-les-guerres-de-memoires-sont-de-retour-par-yasmina-adi-didier-daeninckx_1346714_3232.html

 

Une scène du film franco-algérien de Rachid Bouchareb "Hors-la-loi", en compétition au 63e Festival de Cannes. 

 

Les vérités officielles et les dénonciations de l'"anti-France" qui ont sévi à l'époque des guerres coloniales sont-elles de retour ? Le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, qui va être présenté au Festival de Cannes et sera sur les écrans en septembre 2010, a déjà donné lieu à de surprenantes réactions, qui ne peuvent rester sans réponse.

Le film raconte les parcours de trois frères, témoins des massacres de Sétif en mai 1945 et qui vivent ensuite en France, où ils seront plongés dans les excroissances en métropole de la guerre d'indépendance algérienne. Symptôme du retour en force de la bonne conscience coloniale dans certains secteurs de la société française, avec la complicité des gouvernants, un député a lancé une campagne contre ce film avant même son achèvement, campagne relayée – ce qui est plus grave – par un secrétaire d'Etat.

A l'automne 2009, fâché de la manière dont le scénario évoquait les massacres de Sétif et l'aide apportée par des Français aux militants indépendantistes algériens, le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, vice-président du conseil général de ce département, a discrètement saisi le secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants Hubert Falco, par ailleurs maire de Toulon. Et dans une lettre à ce dernier du 7 décembre 2009, il dénonçait le concours financier apporté par le Centre national du cinéma (CNC) à ce film qu'il n'avait toujours pas vu : "On peut s'interroger sur cette volonté d'encourager une repentance permanente que le président de la République a plusieurs fois condamnée. A défaut de pouvoir intervenir sur le CNC, je vous saurais gré de bien vouloir veiller à ce que la sortie du film ne puisse être cautionnée par les officiels français."

Précisant le sens de sa démarche, Lionnel Luca a déclaré le 23 avril 2010 à Paris-Match : "J'ai saisi le secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants dès que j'ai eu connaissance du scénario. Celui-ci l'a transmis au service historique du ministère de la Défense (SHD), qui a confirmé que de nombreux faits sont erronés et réinterprétés. Ce que je voulais avant tout, c'est que le film ne soit pas dans la sélection officielle française. Le projet me dérange. Il ne représente pas la France mais l'Algérie, cela me convient." A ses yeux, en somme, le financement de la création devrait dans ce domaine être soumis à un label d'Etat définissant ce qui est ou non "historiquement correct".

Fruit d'une coproduction franco-algéro-tuniso-italo-belge, ce film est d'abord une œuvre libre qui ne saurait se réduire à une nationalité, ni à un message politique et encore moins à une vision officielle de l'histoire. Œuvre d'un cinéaste à la fois français et algérien, son producteur pouvait le présenter à la sélection officielle du Festival de Cannes en tant que film algérien ou film français. Il a choisi la première option (à l'inverse d'Indigènes, présenté comme film français à Cannes et algérien aux Oscars), les films français de qualité étant déjà nombreux à prétendre figurer dans une sélection nécessairement limitée. Et contrairement à ce qu'avance M. Luca, il n'y a rien de choquant à ce que l'essentiel du financement de Hors-la-loi vienne de France (parmi ses financeurs, figurent France 2 et France 3, Canal+, Studio Canal, Kiss Films – la société de Jamel Debbouze –, la région PACA, l'ACSE, Ciné-cinéma et le CNC). L'apport venant d'Algérie ne représente qu'environ 20 % du budget, dont une bonne part en prestations valorisées. Un apport qui, en l'occurrence, n'a été assorti d'aucune pression ni demande particulière.

Dans un courrier adressé le 15 janvier 2010 au député, Hubert Falco a affirmé que son ministère avait en fait saisi dès le 18 juin 2009 – donc avant l'intervention du député – le service historique de la défense "pour analyser le contenu historique du scénario" : "[Le SHD] confirme qu'un certain nombre d'erreurs et d'anachronismes en parsème l'écriture. Ces invraisemblances, parfois grossières, montrent que la rédaction du scénario n'a été précédée d'aucune étude historique sérieuse. Elles ne manqueront pas d'être relevées par les spécialistes lors de la sortie du film en salles. Au vu de ces éléments, et sous réserve que la version définitive du film n'y apporte aucun correctif, il semble difficile que les pouvoirs publics puissent soutenir un film qui livre de notre histoire une version aussi peu crédible. Je veillerai pour ma part, au nom de la défense de la mémoire qui relève de mes attributions, à ne pas cautionner ce film."

En septembre 2009, le général de division Gilles Robert, chef dudit service, avait en effet rendu un avis critique sur le scénario, répondant à la commande officielle. Nos réactions ne portent pas sur le contenu de cet avis, mais sur son principe même. D'ailleurs, ceux d'entre nous qui ont été invités comme historiens à voir le film ont aussi des réserves précises sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période. Mais le travail d'un réalisateur n'est pas celui d'un historien et n'a pas à être jugé par l'etat. Personne n'a demandé à Francis Ford Coppola de raconter dans Apocalypse Now la guerre du Vietnam avec une précision "historique".

L'évocation d'une page d'histoire tragique peut aussi bien passer par la fiction, avec ses inévitables raccourcis, que par les indispensables travaux des historiens.

Dans le cas du film de Bouchareb, le problème de fond est ailleurs : des pressions ont été exercées sur les chaînes de France Télévisions pour ne pas coproduire le film et sur les responsables de la sélection officielle du Festival de Cannes pour qu'il ne soit pas sélectionné. Tandis que le producteur a été l'objet de demandes inhabituelles venant de la présidence de la République et du secrétariat d'Etat à la défense et aux anciens combattants pour visionner – dans quel but ? – le film avant la date de sa présentation officielle aux jurés et au public du Festival de Cannes.

En même temps, des associations extrémistes appellent à perturber le Festival en protestation contre la sélection de ce film. Et la réaction de M. Luca – rejoint le 29 avril par le député UMP de Béziers Elie Aboud, président du groupe parlementaire d'études sur les rapatriés, qui n'admet pas  "qu'on utilise de l'argent public pour insulter la République" – est révélatrice : des milieux nostalgiques de la colonisation continuent de chercher à faire obstacle à la liberté de la création et à la nécessaire reconnaissance du passé colonial de la France. Ces députés déclarent espérer que la "Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie", prévue par l'article 3 de la loi du 23 février 2005, qui présentait comme positive l'"œuvre de la France outre-mer", sera rapidement mise en place, "afin de mieux approcher la vérité". Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l'histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans.

 

Signataires : Yasmina Adi (réalisatrice), Didier Daeninckx (écrivain), François Gèze (éditeur), Guy Seligman (président de la SCAM) et Pascal Blanchard, Mohammed Harbi, Gilles Manceron, Gilbert Meynier, Gérard Noiriel, Jean-Pierre Peyroulou, Benjamin Stora, Sylvie Thénault (historiens).

Repost 0
13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 16:24

"L'entrée de l'Etoile Nord-Africaine" à Alger par Youssef Girard

 

http://ism-france.org/news/article.php?id=13689&type=analyse&lesujet=Histoire

 

Dans l’histoire du nationalisme algérien, le 2 août 1936 marqua les réels débuts de la pénétration de l’Etoile Nord-Africaine (ENA) sur le sol algérien. Jusqu’alors les idées nationalistes révolutionnaires qui alliaient références arabo-islamiques et conceptions révolutionnaires de l’action politique, étaient restées cantonnées dans les milieux des travailleurs immigrés maghrébins en France.





































Dans les années 1930, les membres de l’Etoile nord-africaine se retrouvent dans les cafés parisiens. Ils seront nombreux à participer aux grèves du Front populaire. Photo © Marcel Cerf.



Avant cette date, les thèses étoilistes étaient déjà connues dans la capitale algérienne par un petit groupe de militants pionniers du nationalisme révolutionnaire en Algérie. Ce groupe avait fondé le premier parti politique nationaliste révolutionnaire algérien sur le territoire algérien, le Parti National Révolutionnaire (PNR) (1). Le PNR fut créé au début des années 1930 à l’initiative d’un militant venu du Parti Communiste, Sid Ahmed Belarbi dit Boualem. De retour de l’Ecole des cadres de Moscou, il s’était opposé à la non-arabisation de la « Région algérienne » du Parti Communiste Français et à la mise à l’écart des cadres algériens formés, initialement, pour prendre la relève de leurs « camarades » européens. Même si le Parti National Révolutionnaire vit le passage dans ses rangs de militants aussi importants dans l’histoire de la lutte de libération nationale algérienne que Mohammed Mestoul (2), Ahmed Mezerna (3), Khelifa Ben Amar (4) ou Mohammed Khider (5), son influence resta limitée à de petits cercles d’initiés.

L’activité du PNR se limitait à des discussions dans de petits cénacles, à des distributions de tracts ou encore aux collages de papillons, la nuit, sur les murs des villes. Finalement, les militants du Parti National Révolutionnaire rejoignirent les rangs de l’Etoile Nord-Africaine à l’automne 1934 suite à l’exclusion de Sid Ahmed Belarbi du PC. Après des contacts avec la direction de l’Etoile Nord Africaine, le PNR intégra l’ENA de manière collective. Durant ces années d'existence, l’influence du PNR fut circonscrite aux villes d’Alger, Blida, Tlemcen et au lycée de Philippeville (Skikda). Il était relativement bien implanté dans le milieu des traminots algérois, mais, en dehors d’eux, il n’avait pratiquement aucune influence. Le PNR rassembla moins de 100 militants, à Alger et alentours.
Toutefois, ce petit groupe de pionniers du nationalisme révolutionnaire participa au lancement de l’Etoile Nord Africaine sur le sol algérien.

Il fallut attendre le 2 août 1936, et le discours prononcé par Messali Hadj au stade municipal d’Alger, pour permettre de faire connaître les idées étoilistes aux masses algériennes qui devaient leur donner un écho considérable. Le discours de Messali Hadj fut, selon Mohammed Harbi, l’un des trois grands événements qui permit de structurer le mouvement nationaliste révolutionnaire algérien avant l’insurrection du 1ier novembre 1954 (6). Avant de comprendre l’enthousiasme populaire entourant l’entrée en scène du leader nationaliste sur la scène politique algérienne, l’allocution de Messali Hadj doit être restituée dans son cadre historique c’est-à-dire dans la lutte qui opposait l’Etoile Nord Africaine au Front Populaire d’une part et dans celle qui l’opposait au Congrès Musulman d’autre part.

Les rapports ambigus avec la gauche française

Les militants immigrés maghrébins qui, dans leur grande majorité, étaient des prolétaires ou des sous-prolétaires, se sentaient plus portés vers la gauche de l’échiquier politique français que vers la droite. Hors de leur pays natal, ces immigrés avaient trouvé un climat politique différent car, en France, les libertés publiques étaient mieux respectées qu’en Algérie malgré la constitution de la Section des Affaires Indigènes Nord-Africains (SAINA), surnommée la « commune mixte » ou le « bureau arabe » de la rue Lecomte, en décembre 1923, qui était spécialement chargée de surveiller l’immigration maghrébine (7). « La séduction, écrivait Abdelmalek Sayad, pour ne pas dire la nécessité de l’émigration apparaît d’autant plus grande qu’on découvre, rétrospectivement, que le séjour en France est susceptible de faire bénéficier de conditions infiniment plus libérales pour un engagement politique (c’est-à-dire nationaliste) que celles qu’on connaît dans la colonie. » (8)

Les plus politisés et les plus engagés parmi les premiers immigrés maghrébins avaient côtoyé le mouvement ouvrier français au lendemain de la guerre 1914-1918. Ils étaient aussi attirés par la politique anti-colonialiste du Parti Communiste Français qui traversait sa « période léniniste » (9) durant la première moitié des années vingt. Cette politique suivait en cela les théories léninistes de solidarité du mouvement communiste avec les mouvements nationaux révolutionnaires des pays colonisés.

Parmi les 21 conditions posées pour pouvoir adhérer à la IIIème Internationale, la huitième était consacrée au problème colonial : « Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les partis des pays, dont la bourgeoisie possède des colonies et opprime d’autres nations, doivent avoir une ligne de conduite claire et nette. Tout parti désireux d’appartenir à la IIIème Internationale est tenu de démasquer impitoyablement les entreprises de ses impérialistes dans les colonies, de soutenir, non en paroles mais en faits, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger qu’en soient expulsés les impérialistes nationaux, de cultiver dans le cœur des ouvriers de son pays une attitude vraiment fraternelle à l’égard de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimées et poursuivre une agitation systématique parmi les troupes de son pays contre toute oppression des peuples coloniaux. » (10)

Même si cette condition d’adhésion à la IIIème Internationale fut combattue par les trois fédérations de la SFIO d’Algérie qui dénoncèrent au Congrès de Tours « les dangers des révoltes indigènes et des mouvements nationalistes, » (11) les communistes français s’engagèrent résolument dans la lutte anti-colonialiste et anti-impérialiste. Cet engagement se manifesta notamment par un soutien à la révolte menée par l’Emir Abdelkrim el-Khattabi dans le Rif (12) et par une aide apportée au premier mouvement politique nationaliste dans les pays occupés par la France. Dans l’hexagone, les communistes créèrent « l’Union Inter-Coloniale » qui avait pour but de rassembler l’ensemble des travailleurs immigrés et des étudiants venus des territoires colonisés par la France afin de les former politiquement à la lutte anti-impérialiste conformément aux directives de la IIIème Internationale.

Attirés par les idées sociales et anti-colonialistes professées par les communistes, un certain nombre d’immigrés maghrébins militèrent au sein du Parti Communiste Français ou des syndicats CGT et CGTU (13).

L’Etoile Nord-Africaine dans ses premières années d’existence fut très proche du PCF puisqu’elle était membre de « l’Union Inter Coloniale » et que nombre de ses cadres étaient passés dans les rangs du Parti communiste ou de la CGTU. Rapidement des dissensions apparurent entre le PCF et l’ENA qui entraînèrent une volonté d’autonomisation toujours plus grande de l’organisation nationaliste révolutionnaire. La volonté d’autonomie des militants maghrébins s’affirma sur deux questions fondamentales : premièrement, ils refusaient d’être uniquement considérés comme des instruments d’un appareil qu’ils ne contrôlaient pas ; deuxièmement, ils n’acceptaient pas le mépris exprimé par les communistes français vis-à-vis du Maghreb, de la culture arabo-islamique et de l’islam (14).

Cette volonté d’autonomie provoqua, à partir de la fin des années vingt, une rupture de plus en plus profonde entre communistes français et nationalistes révolutionnaires maghrébins. « Nous parlions d’Islam, ce qui déplaisait aux communistes. Plus que jamais, il fallait que nous comptions sur nous-mêmes et sur nos propres moyens, » (15) témoignait Belkacem Radjef. Cette rupture entraîna un fort ressentiment anti-communiste qui marqua profondément l’histoire du nationalisme algérien. Pour Belkacem Radjef, « être ou ne pas être français ; c’est la ligne de démarcation entre nous et les autres personnalités et formations algériennes. Nous concevions ainsi le nationalisme. Nous venions de créer un embryon d’organisation, mais nous ne pouvions pas nous permettre d’avoir les communistes sur le dos. Nous n’avions d’ailleurs aucun intérêt à le faire. » (16)

Néanmoins, les militants nationalistes révolutionnaires algériens avaient gardé de leurs contacts prolongés avec les organisations ouvrières françaises une certaine forme d’organisation de l’action militante : l’importance donnée aux structures organisationnelles du mouvement, le rôle de la presse du parti, les techniques d’organisations collectives (meetings, manifestations de rue…), l’utilisation de symboles politiques permettant d’identifier un groupe dans l’espace public (drapeaux, affiches…). Selon Belkacem Radjef, « les adhérents avaient tendance à décliner les responsabilités, soit faute de confiance en eux-mêmes, soit par peur des tracasseries administratives ou policières. Comment dès lors organiser, diriger, s’imposer auprès des émigrés ? Seuls les communistes, faut-il le préciser, étaient armés dans ce domaine, et possédaient la technique de l’encadrement. » (17)

Messali Hadj qui fut formé dans les écoles du PCF, avait lu « Que faire » de Lénine et avait fait siennes les techniques d’organisation théorisées par le leader révolutionnaire russe. Même s’il affirmait l’avoir rapidement abandonné comme référence, l’ouvrage influença clairement les modes d’organisation de l’Etoile Nord-Africaine puis du PPA-MTLD. Les talents d’organisateur que tous reconnaissaient à Messali Hadj découlaient en grande partie de cette incorporation des idées développées par Lénine. Mais au-delà de cette influence léniniste, un certain nombre d’idées et de techniques furent puisées « dans l’arsenal des confréries religieuses : l’initiation, le serment, l’épreuve probatoire (imithan
), la manière de désigner les adversaires algériens « El Mounafiqun » (les douteurs) et « El Munharifun » (les déviationnistes).
» (18) Messali Hadj était lui-même issu d'une famille active au sein de la confrérie soufie Derqaoua à Tlemcen.

Les militants nationalistes avaient aussi gardé, de leurs contacts avec la gauche française, certaines idées qui leur permettaient de décrire leur réalité sociale et celle de leur pays. Cela leur permit de créer le terrain permettant, à l’ensemble des militants nationalistes, d’absorber et de vivifier une véritable doctrine originale correspondant à leurs propres conditions de vie. Les idées de « révolution », de « lutte contre l’impérialisme » ou de « lutte contre l’exploitation » restèrent au cœur du discours du mouvement nationaliste révolutionnaire algérien. La réappropriation de certaines idées et de certaines formes d’action, empruntées au mouvement ouvrier européen, puis leur incorporation dans la culture populaire algérienne marquée du sceau de l’islam formèrent l’ossature idéologique du nationalisme algérien. L’Etoile Nord-Africaine puisa « sa source idéologique dans les deux courants, prolétaire et spirituel. Les travailleurs émigrés formés au dur combat de la réalité ouvrière, restaient sensibles au message qui venait de ce qui représentait leur passé et leur attachement à la civilisation arabo-islamique. Ce qui évoquait Damas, Bagdad et le Caire restait pour eux sacré. » (19)

Les espoirs déçus du Front Populaire

Ce processus de socialisation politique au contact du mouvement ouvrier européen, fut sûrement l’un des facteurs déterminant qui amena les nationalistes algériens à s’engager dans la lutte contre l’extrême-droite au début des années trente. Depuis la grande manifestation des ligues d’extrême-droite, le 6 février 1934, l’Etoile Nord-Africaine manifestait régulièrement contre la réaction française, les ligues et le fascisme aux côtés des organisations rassemblées au sein du Front Populaire.

En 1935, à Paris plus de sept mille Maghrébins participèrent au défilé annuel du 14 juillet. Après cette démonstration de force, le Comité du Rassemblement Populaire demanda à l’Etoile Nord Africaine de préciser son programme politique. En réponse, l’ENA réaffirma sa volonté d’obtenir l’indépendance des trois pays du Maghreb. L’organe de l’ENA, El-Ouma, rappela aux organisations de gauche rassemblées dans le Front Populaire que celles d’entre elles « qui soutiennent l’Ethiopie [face à l’invasion de l’Italie fasciste] ne peuvent refuser au Nord-africains l’espoir de s’émanciper un jour et de mettre fin au régime odieux de la colonisation. » (20)

La déception fut grande, du coté des militants nationalistes algériens, lorsqu’en janvier 1936 le Front Populaire se contenta de prévoir « la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur la situation en Afrique du Nord. » (21) Une fois de plus les nationalistes algériens se sentaient « trahis » par leurs « camarades » de la gauche française.

Un mois plus tard, l’Etoile Nord-Africaine, le Comité de Défense des Libertés en Tunisie et le Comité de Défense des Intérêts Marocains présentèrent un plan de revendications immédiates pour l’ensemble du Maghreb. Afin de ne pas se heurter à un refus définitif de la part du Front Populaire, la question nationale n’y était pas clairement posée même si on pouvait la deviner à travers la revendication d’une assemblée représentative élue au suffrage universel qui pouvait être considérée comme un premier pas vers l’indépendance. Malgré les déceptions, le ton général restait celui de la confiance accordée aux forces de gauche. L’Etoile Nord-Africaine ne voulait pas créer de difficultés au Front Populaire qui portait l’espoir d’une réforme du système colonial, même si elle maintenait ses exigences politiques. De son coté, la gauche française n’était pas prête à répondre aux attentes des nationalistes des trois pays du Maghreb.

Face à l’indifférence des dirigeants du Front Populaire concernant la question coloniale, les dirigeants nationalistes algériens posèrent plus nettement le problème de la libération nationale. Constatant que leurs revendications n’étaient pas prises en compte, ils étaient obligés d’affirmer leurs idées et leurs revendications de manières plus directes. Dès lors, la question était moins de ménager le Front Populaire que de s’opposer à toute politique d’assimilation. Au printemps 1936, à la gare de Lyon, devant plus de cinquante mille personnes rassemblées à l’occasion des obsèques d’Achechour, « un ouvrier algérien victime du fascisme, » Messali Hadj déclarait : « la politique d’assimilation ne peut se faire, elle est condamnée par la raison, par la justice et par l’histoire. La seule solution du problème est l’émancipation totale de l’Afrique du Nord et nous disons franchement que nous désirons et nous souhaitons voir se réaliser cette émancipation par l’aide effective de la France, en considération des intérêts communs. » (22)

Malgré la montée en puissance des idées nationalistes révolutionnaires au sein de l’immigration maghrébine, le Front Populaire restait sourd face aux revendications étoilistes et ce même si les militants de l’ENA continuaient à manifester aux côtés des organisations de gauche. Afin de faire entendre leurs revendications spécifiques, les militants étoilistes constituaient des cortèges distincts au cours de ces manifestations. Pour se distinguer des militants de gauche, les nationalistes algériens, copiant la gestuelle islamique de l’attestation de l’unicité divine, levaient l’index lorsque les premiers levaient le poing. Il n’était plus question pour les nationalistes algériens de manifester derrière une gauche coloniale au nom de mots d’ordre sans rapport avec leur combat spécifique.

Le 24 mai 1936, devant le mur des fédérés, dix mille maghrébins vinrent commémorer la Commune de Paris, en même temps que l’insurrection algérienne de 1871 menée par Mohammed el-Mokrani et le Cheikh el-Haddad de la confrérie soufie Rahmaniya. Par ce geste, les militants nationalistes montraient que pour eux la question sociale et la question nationale étaient intimement liées dans leur combat pour la libération du Maghreb.

Malgré l’empathie originelle des militants nationalistes à l’égard de la gauche, le ton de l’Etoile Nord Africaine se faisait plus offensif à l’égard du Front Populaire. Ce dernier ne souhaitait pas répondre aux revendications des nationalistes algériens qui n’étaient pas au centre des préoccupations de son électorat. En juin 1936, El-Ouma affirmait que « le gouvernement des camarades d’hier répond aux cris d’angoisse du peuple nord-africain en lui envoyant des Commissions. ». Pour l’ENA, les exigences à l’égard de la gauche ne devaient pas être moins grandes qu’à l’égard de la droite : « Assez de commission à gauche, assez de démagogie à droite. Nous sommes chez nous, exigeons le droit à la vie. » (23)

Malgré ces critiques, l’Etoile Nord-Africaine ne désirait pas encore rompre définitivement avec les forces de gauche. Ne souhaitant entrer dans un conflit ouvert, l’ENA continuait à manifester aux côtés des organisations de gauche. Le 14 juillet 1936, à l’occasion du défilé parisien six mille Maghrébins qui avaient constitué leur propre cortège, défilèrent derrière des mots d’ordre spécifiques exprimant leur nationalisme : « Libérez l’Afrique du Nord, Libérez la Syrie, Libérez le monde arabe ! » (24).

Face à l’indifférence du Front Populaire, les nationalistes algériens ne pouvaient qu’enterrer les espoirs qu’ils avaient placés dans l’avènement d’un gouvernement de gauche. Cette gauche n’était pas prête à renoncer à la domination française sur le Maghreb et n’entendait pas satisfaire les revendications des organisations nationalistes maghrébines. L’été 1936 marqua la fin des dernières illusions que les nationalistes algériens pouvaient avoir vis-à-vis d’une gauche tout aussi attachée que la droite à maintenir « l’ordre colonial». De « l’autre côté de la rivière » (25) qui coupait le monde colonial en deux entités distinctes, le monde des colonisateurs et celui des colonisés, l’Etoile Nord Africaine devait faire face aux forces qui s’étaient rassemblées au sein du Congrès Musulman.

L’Etoile Nord Africaine contre l’assimilationnisme

Le Congrès Musulman avait pour but de rassembler tous les mouvements politiques et socio-culturels algériens. L’idée avait été lancée par le président de l’association des Ouléma, le Cheikh Abdelhamid Ben Badis, puis elle fut reprise et diffusée par Lamine Lamoudi, le rédacteur en chef du journal La Défense, proche des Ouléma. Le Congrès Musulman rassemblait des mouvements aux stratégies politiques et aux idéologies différentes, voire opposées.

Le Congrès Musulman était composé de mouvements assimilationnistes qui niaient l’existence d’une identité et d’une nation algérienne, comme les Elus et les communistes, et d’un mouvement authentiquement national, comme l’association des Ouléma, dont l’un des buts central était de préserver l’identité algérienne notamment à travers la défense de la langue arabe, de l’histoire algérienne et de l’islam.

En raison des différences importantes existant entre ces mouvements, les jugements que portait sur eux l’Etoile Nord Africaine, étaient extrêmement variables. Avant même la constitution du Congrès Musulman, les Elus, et notamment le Docteur Bendjelloul, furent violemment condamnés en tant que partisans de l’assimilation. Pour les nationalistes révolutionnaires algériens, les partisans de l’assimilation étaient des « traîtres » qui avaient renoncé à leur identité spécifique au profit de la France et de la francisation. Les assimilationnistes étaient considérés comme des « bourgeois » enclins au compromis avec l’occupant et ayant renoncé aux traditions nationales.

Pour les nationalistes, les assimilationnistes étaient regardés comme des étrangers à la nation algérienne car trop occidentalisés. L’organe de l’ENA, El-Ouma, affirmait à leur propos : « Le Docteur Bendjelloul, le khalife Djelloul et leurs compagnons n’ont pas le droit de parler de nous et de l’islam. Ils sont indignes de l’islam et de la société arabe. Partez hommes sans cœur, sans courage, sans dignité. Que ceux qui sont animés du même esprit s’en aillent de l’autre côté : qu’ils se fassent naturaliser et qu’ils nous laissent travailler pour la construction de notre patrie. » (26)

En revanche, l’Etoile Nord-Africaine soutenait l’action culturelle et religieuse de l’association des Ouléma, même si elle n’en partageait pas les choix politiques. Si, dans leur grande majorité, ils n’avaient pas l’érudition des Ouléma, les militants nationalistes révolutionnaires partageaient avec eux la référence culturelle et religieuse à l’islam comme socle de l’identité nationale algérienne. De même, les militants de l’Etoile partageaient avec les réformateurs la condamnation de l’assimilationnisme.

Le principal reproche formulé par l’Etoile Nord-Africaine contre les islahistes algériens était leur alliance avec des mouvements assimilationnistes qui niaient l’existence de la nation algérienne. En juillet 1936, El-Ouma s’étonnait de voir « les meilleurs musulmans » accepter de s’allier avec « ceux qui nient l’existence de la nation algérienne » et aux « partisans de l’assimilation qui rêvent en français et qui aspirent ardemment à la francisation de l’Algérie. » (27) Le secrétaire général de l’ENA, Amar Imache, précisait la position de son mouvement à l’égard de l’association des Ouléma en janvier 1937 : « Nous n’avons rien contre les Oulémas, nous sommes au contraire heureux du travail qu’ils ont fait du point de vue de la langue arabe et de la religion mais nous, nous sommes en droit de les critiquer dans le domaine politique. Libre à eux de demander le rattachement de l’Algérie à la France, libre à nous de critiquer cette conception. » (28)

Malgré les différences existant entre les Elus, les Ouléma et les communistes, l’idée d’un Congrès Musulman prit réellement forme le 17 mai 1936, au Cercle du Progrès d’Alger, au cours d’une réunion présidée par le Docteur Bendjelloul, le Cheikh Ben Badis et Lamine Lamoudi. L’élection du Front Populaire en France avait créé des espoirs de réforme en Algérie. Pour les différents mouvements intéressés par la construction d’un Congrès Musulman, c’était l’occasion de faire valoir leur point de vue. Ils espéraient que l’arrivée de la gauche française au pouvoir allait permettre de rompre avec la politique coloniale afin d’introduire de réelles réformes.

Au cours de cette réunion du 17 mai, il fut décidé de la création d’un comité « chargé de faire auprès des masses populaires une utile propagande pour la réunion d’un Congrès Musulman algérien, qui se tiendra dans le courant de juin et aura pour mission d’arrêter un programme de réforme. » (29) A la suite de la réunion, des comités se formèrent dans toutes les grandes villes d’Algérie afin de faire entendre les revendications de ce qui devait devenir le Congrès Musulman, aux organisations membres du Front Populaire. Les futurs membres du Congrès Musulman voulaient accorder leur confiance au Front Populaire qui venait d’arriver au pouvoir, pour faire aboutir ses propositions.

Le Congrès Musulman se réunit le 7 juin 1936 à Alger au cinéma Majestic. Pour l’évènement, « des délégués étaient venus de tous les coins d’Algérie, désignés par des comités locaux créés un peu partout dans le pays. Ces derniers avaient désigné des élus, des notables, des oulamas et des communistes pour les représenter ; on avait pris soin de ne pas faire figurer officiellement des militants nationalistes de l’Etoile, jugés extrémistes et susceptibles de demander l’impossible au Front Populaire. C’était du moins la thèse défendue par les dirigeants communistes et approuvée par les mouvements réformistes des Elus et des Oulamas. » (30)

A la fin de la réunion, le Congrès Musulman adopta une charte qui posait deux revendications principales : l’égalité c’est-à-dire la fin de l’exception, le droit commun et le rattachement de l’Algérie à la France avec la suppression de tous les rouages spéciaux ; la représentation parlementaire des musulmans algériens. Par ces revendications, le Congrès Musulman refusait de poser le problème algérien en termes national, donc en termes de décolonisation et de libération, et optait résolument pour une politique assimilationniste dans la lignée des revendications des Elus et des communistes. Le Congrès entérinait la colonisation comme un fait acquis et les revendications posées avaient uniquement pour but de faire des colonisés algériens des citoyens français à part entière. Selon Benyoucef Ben Khedda, « c’était en d’autres termes, réclamer l’intégration pleine et entière à la France, et reconnaître « les liens indéfectibles » de l’Algérie avec la France dont faisaient état les assimilationnistes. » (31)

L’Etoile Nord-Africaine affirma son hostilité au principe d’intégration de l’Algérie à la France, ce qui lui valut d’être définitivement écartée du Congrès Musulman. Pour celui-ci, l’union devait se faire sur des revendications minimales susceptibles d’être acceptées par le gouvernement du Front Populaire. Le Congrès ne pouvait accepter une organisation, jugée trop radicale, qui luttait pour l’indépendance de l’Algérie alors qu’il demandait son rattachement à la France. Au final, « les communistes avaient atteint leur objectif : un « Front populaire musulman » sans nationalistes de l’Etoile, un programme assimilationniste acceptable par le Front Populaire, la souveraineté française n’étant pas mise en cause. […] Les élus et les notables étaient satisfaits […]. Leur rêve de devenir des Français à part entière tout en restant musulmans, pouvait être satisfait par le Front Populaire. […] Les Oulamas s’étaient engagés dans la voie politique, et leur option restait encore marquée par des ambiguïtés et des contradictions. » (32)

Après cette réunion, en juillet 1936, une délégation du Congrès Musulman se rendit à Paris pour présenter la Charte revendicative, adoptée au mois de juin, aux responsables politiques français. Cette délégation fut reçue le 23 juillet par Léon Blum qui dit sa joie de voir des « Français recevoir d’autres Français, des démocrates d’autres démocrates » (33) et leur promit de s’occuper personnellement des revendications « indigènes ». Par ces formules, Blum signifiait toute l’ambiguïté de la politique de la gauche française vis-à-vis des Algériens : en les qualifiants de « Français », il niait aux Algériens leur identité spécifique ce qui empêchait de poser la question algérienne en termes de libération nationale ; et en parlant de revendications « indigènes », ils refusaient aux Algériens - même à ceux qui se réclamaient de la France – l’égalité des droits que certains revendiquaient. L’indépendance était déniée au nom d’une francité imposée aux Algériens et l’égalité était refusée en raison du statut d’ « indigènes » dans lequel les officiels français les enfermaient. L’assimilation et la spécificité étaient utilisées simultanément pour rationaliser la domination coloniale.

Après cette rencontre avec Léon Blum, la délégation du Congrès Musulman fut reçue par les principaux représentants des partis de gauche français : les groupes parlementaires SFIO et radical-socialiste ; les ministres Paul Faure, Daladier, Rivière et Suzanne Lacorre. Une délégation comprenant Ferhat Abbas et le Cheikh Ben Badis se rendit au Comité Central du PCF où elle fut reçue par Maurice Torez. Après ces entretiens, le Cheikh Abdelhamid Ben Badis, quelque peu désabusé, écrivait dans son journal : « Nous sommes revenus les mains vides et elles demeurent encore vides. » (34)

En plus de ces entretiens avec les organisations françaises de gauche, une délégation du Congrès Musulman, composée de Ferhat Abbas, du Cheikh Ben Badis et de Tahrat, eut une conversation avec Amar Imache, Messali Hadj, Akli Banoune et Mohammed Si Djilali, de l’Etoile Nord Africaine. Le président de l’ENA leur fit part de son opposition à la politique assimilationniste de rattachement de l’Algérie à la France promue par le Congrès. Il reprocha aux Ouléma, seul mouvement objectivement national du Congrès Musulman, de s’être alliés aux Elus, dont la politique assimilationniste et pro-française était revendiquée. Ebranlé par ces critiques, le Cheikh Abdelhamid Ben Badis fit remarquer à Messali Hadj qu’il était facile de tenir à Paris, loin des réalités algériennes et de la répression coloniale, un langage révolutionnaire mais qu’il était plus difficile de montrer la même radicalité en Algérie. Messali Hadj lui promit alors de venir présenter les thèses étoilistes en Algérie le plus rapidement possible. Dans ces conditions, Messali Hadj décida de faire le voyage d’Alger.

Messali Hadj : « Cette terre est à nous, nous ne la vendrons à personne ! »

De retour en Algérie, les membres de la délégation du Congrès Musulman tinrent à faire un compte rendu de leur séjour à Paris le jour même de leur arrivée à Alger, le 2 août 1936, au cours d’un grand meeting.

Un appel avait été « lancé dans les journaux et par des invitations au peuple algérien pour assister à un grand rassemblement » qui devait se tenir « au stade municipal » car la plus grande salle d’Alger ne pouvait pas contenir tous ceux qui désiraient se rendre au meeting. Le Congrès Musulman avait fait naître des espoirs de réformes dans la population algérienne qui attendait avec un grand intérêt les résultats du voyage de la délégation. « Dès les premiers rayons du soleil, des groupes importants de la population ont afflué sur le lieu de la réunion. A 7 heures du matin, le spectacle qu’offrait cette foule qui ne cessait de grossir était impressionnant et étonnant. A chaque arrivée d’un membre de la délégation une grande ovation et des applaudissements ininterrompus l’accueillaient. C’était le cas à l’arrivée des cheikhs Ben Badis, El Ibrahimi et El Okbi. Il en était de même à l’arrivée des élus : les docteurs Bachir et Lakhdari, Mrs Boukherdenna, Amara Ferchoukh et Abderrahmane Bouchama. » (35)

Accueilli par Mohammed Mestoul, Messali Hadj qui avait prit le même bateau que les membres de la délégation, se rendit au stade municipal d’Alger avec quelques militants nationalistes révolutionnaires actifs sur le territoire algérien afin d’intervenir au cours du meeting pour présenter les thèses de l’Etoile Nord-Africaine à la population de la capitale. En cette matinée d’août, près de vingt mille personnes s’étaient rassemblées dans l’enceinte sportive. Selon le journal el-Bassaïr, le président de l’Etoile Nord-Africaine « fit son entrée au stade entouré de ses partisans et des membres de son association. Il salua l’assistance qui l’applaudissait particulièrement au moment où il fit le tour du stade, porté sur les épaules de ses partisans. » (36)

Le meeting qui devait débuter à 7h 30, ne commença qu’à 8h45 du fait du retard de la délégation dirigée par le Dr Bendjelloul, le président de la fédération des Elus. Très attendu, celui-ci « fut ovationné à son arrivée. Accompagné de collègues, il fit le tour du stade, applaudi chaleureusement, de tous les côtés. » (37) Après ce tour d’honneur, la délégation qui venait de faire le déplacement de Paris, fut présentée au public. Une fois la présentation effectuée, la parole fut donnée dans l’ordre à Amar Ouzegane pour le PCA, au Dr Bendjelloul, au Dr Bachir, Boukerdenna pour les Elus, puis aux chouyoukh Abdelhamid Ben Badis et Bachir el-Ibrahimi pour l’association des Oulémas.

Après ces interventions, Messali Hadj demanda la parole. Elle lui fut donnée car « le rassemblement s’est fait au nom du peuple musulman algérien tout entier avec toutes ses organisations et ses partis, il n’était pas possible aux membres de la délégation d’interdire la participation de qui que ce soit et de lui refuser la parole s’il la demande sous réserve qu’il est responsable de ses principes et de ses idées. » (38)

Le leader nationaliste dénonça la politique assimilationniste de rattachement de l’Algérie à la France du Congrès Musulman. Pour Messali, l’Algérie n’était pas la France, elle avait été liée de force par la conquête, et ne pouvait trouver son salut que par l’accession à l’indépendance totale : « nous disons franchement, catégoriquement, que nous désapprouvons la Charte revendicative, quant au rattachement de notre pays à la France et la représentation parlementaire. En effet, notre pays se trouve, aujourd’hui, administrativement rattaché à la France et dépend de son autorité centrale. Mais ce rattachement a été la conséquence d’une conquête brutale, suivie d’une occupation militaire qui repose présentement sur le 19ème Corps d’Armée, et auquel le peuple n’avait jamais donné son adhésion. » (39)

Contre les choix politiques du Congrès Musulman, le leader de l’Etoile Nord Africaine affirmait sa légitimité à parler au nom du peuple algérien : « nous sommes, nous aussi, les enfants du peuple algérien et nous n’accepterons jamais que notre pays soit rattaché à un autre pays contre sa volonté ; nous ne voulons sous aucun prétexte hypothéquer l’avenir, l’espoir de la liberté nationale du peuple algérien. » (40) Par opposition à la politique de rattachement à la France, Messali exposa la revendication principale de l’Etoile Nord-Africaine c’est-à-dire « la création d’un Parlement algérien, élu au suffrage universel, sans distinction de race ni de religion. Ce parlement national algérien, étant sur place, travaillera sous le contrôle direct du peuple et pour le peuple. Nous pensons, quant à nous, que c’est là le seul moyen pour permettre au peuple algérien de s’exprimer librement et franchement, à l’abri de toute oppression et intrigue administrative. » (41) Il conclut son discours en se baissant et en ramassant une poignée de terre algérienne puis s’exclama : « Cette terre est à nous, nous ne la vendrons à personne ! » (42)

Le discours de Messali Hadj fut salué frénétiquement par le stade municipal d’Alger. L’Etoile Nord-Africaine venait de faire une entrée fracassante sur la scène politique algérienne. Le succès des idées étoilistes découlait du fait qu’elles exprimaient les réalités sociales vécues par des milliers d’algériens. Selon Ahmed Mahsas, « l’intervention de Messali Hadj apportait un souffle nouveau […]. Elle mettait à nu les atermoiements, les tactiques, les contradictions des autres courants politiques. » (43)

Les thèses nationalistes révolutionnaires agissaient comme un révélateur des contradictions inhérentes à un système social intrinsèquement inégalitaire. La contradiction principale du système colonial, à savoir l’opposition, ontologique et consubstantielle de l’action de coloniser, entre colonisateur et colonisé était clairement posée. Ce déchirement du voile mystifiant, construit par les appareils hégémoniques coloniaux pour masquer la réalité sociale, permettait la désignation de « l’ennemi politique » prélude à toute action politique collective.

L’ennemi, pour les nationalistes révolutionnaires, était le système colonial qui avait soumis les hommes, conquis le pays et accaparé les terres de la majorité, violé les consciences et aliéné les esprits de quelques uns. Pour eux, les problèmes de l’Algérie ne pouvaient pas se poser en termes uniquement sociaux mais devait l’être en termes nationaux, c'est-à-dire en termes d’indépendance et de libération, seule façon de détruire l’ennemi qu’était le système colonial. En cela, le discours du 2 août 1936 fut un réel tournant dans l’histoire de l’Algérie contemporaine.

Les dirigeants du Congrès Musulman ne surent pas comment réagir devant le soutien populaire dont bénéficia le discours du président de l’Etoile Nord Africaine. Seul le Cheikh Tayeb el-Okbi osa critiquer le discours de Messali. Selon le journal el-Bassaïr, alors dirigé par le Cheikh el-Okbi, le dirigeant réformateur expliqua « qu’il n’était pas d’accord avec Messali et ses compagnons sur l’idée de revendiquer l’indépendance qui n’est pas à la portée du peuple algérien. Celui-ci n’est pas à même d’assurer cette revendication tant qu’il est dépendant dans ses pensées, ses connaissances et les principes de sa vie, et tant qu’il n’a pas pu se libérer du joug de certains marabouts qui l’ont asservi au nom de la religion, alors qu’ils sont étrangers aux enseignements de la véritable religion. Comment peut voler celui qui n’a ni ailes, ni plumes. Mais nous demandons la liberté et l’égalité dans la vie et les droits comme tous les autres fils de la France. Nous avons vu et constaté les effets de la véritable liberté et la démocratie réelle en France. Nous aspirons à bénéficier de la même en Algérie. » (44) Puis, « il exprima la confiance de la délégation dans les hommes du gouvernement, particulièrement M. Violet le père indulgent de l’Algérie et M. Blum qui nous a captivé par son accueil agréable. » (45) Le Cheikh el-Okbi conclut son allocution en exhortant le public du stade municipal d’Alger au calme et « à se conformer au civisme musulman dans les rues et les réunions privées et publiques et à s’éloigner des causes qui provoquent la violence jusqu’à ce que le gouvernement actuel prenne ses décisions. » (46)

Le discours de Messali Hadj, d’une radicalité peu commune aux dirigeants politiques algériens de l’époque, fut qualifié de « plus grand discours anti-français » jamais tenu en Algérie par Rozis le maire d’Alger, car le président de l’Etoile Nord-Africaine avait « réclamé, devant plus de huit mille personnes, le constitution d’une nation algérienne musulmane. » (47) Le 4 août, dans La dépêche d’Alger, le Docteur Bendjelloul écrivit à propos « d’un certain Messali el Hadj, porte-parole de l’Etoile » : « En attendant après le discours de Messali, je crie : « Assez ! Assez de propagande sacrilège, de promesses inconsidérées et de folles excitations ! Assez de bobards communo-nationalistes : l’Algérie est française et le restera. » (48)

Après ce discours, l’action de l’Etoile Nord Africaine commença à se déployer au grand jour en Algérie. L’implantation de l’Etoile Nord Africaine bénéficia du travail déjà effectué par le PNR et par les premiers militants étoilistes. Messali Hadj décida de rester dans son pays natal afin d’organiser le mouvement nationaliste révolutionnaire. Un comité central, présidé par Messali Hadj qui était assisté de Moufdi Zakaria et de Mohamed Mestoul, fut mis en place. Accompagné d’Hocine Lahouel (49) qui fut désigné comme l’un des premiers permanents du parti, Messali Hadj entama une tournée de trois mois à travers toute l’Algérie afin de faire connaître les idées de l’Etoile Nord Africaine sur l’ensemble du territoire algérien et de structurer le parti afin de lui donner une réelle efficacité dans la lutte contre le système colonial. De nombreuses sections furent créées au cours de la tournée. La popularité des idées nationalistes révolutionnaires était nette puisque au moment de sa dissolution par le gouvernement du Front Populaire, le 26 janvier 1937, soit moins d’un an après l’entrée de Messali Hadj à Alger, l’Etoile Nord Africaine comptait déjà 30 sections et 31 projets de section sur l’ensemble du territoire algérien.


Discours de Messali Hadj au Stade d’Alger (2 août 1936)

Messieurs, mes frères,

Au nom de l’Etoile Nord Africaine je vous apporte le salut fraternel, la solidarité des 200.000 Nord-africains qui résident en France. Par respect à notre langue nationale, la langue arabe que nous chérissons tous et que nous admirons, et aussi pour la noblesse du peuple algérien, brave, généreux j’ai tenu à m’exprimer, après un exil de douze ans, en ma langue maternelle, devant vous : je suis heureux et profondément satisfait de pouvoir, aujourd’hui, prendre contact officiellement avec vous et profiter de l’occasion qui m’est offerte pour vous dire combien je suis à la fois heureux et ému de poser mon pied sur le sol de nos ancêtres et de vous dire combien j’ai souffert dans mon âme d’avoir été longtemps éloigné de ma patrie.

[Après avoir salué l’assistance en langue arabe, Messali présenta en français l’historique de l’Etoile Nord-Africaine et précisa la politique de son organisation.]

Certes, nous approuvons les revendications immédiates, qui sont modestes, légitimes qui se trouvent dans la Charte revendicative qui a été présentée au Gouvernement du Front populaire, et que nous appuierons de toutes nos forces pour les voir se réaliser, malgré leurs faiblesses, car la revendication la plus petite, la plus infime nous intéresse au plus haut point parce qu’elle contribuera à soulager la misère de cette malheureuse population.

Ici, je prends l’engagement, au nom de mon organisation, devant le vénérable Cheikh Ben Badis, de faire tout ce qu’il est humainement possible pour appuyer ces revendications et pour servir la noble cause que nous défendons tous. Mais nous disons franchement, catégoriquement, que nous désapprouvons la Charte revendicative, quant au rattachement de notre pays à la France et la représentation parlementaire.

En effet, notre pays se trouve, aujourd’hui, administrativement rattaché à la France et dépend de son autorité centrale. Mais ce rattachement a été la conséquence d’une conquête brutale, suivie d’une occupation militaire qui repose présentement sur le 19ème Corps d’Armée, et auquel le peuple n’avait jamais donné son adhésion.

Or, le rattachement dont il est question dans la Charte revendicative est demandé volontairement, au nom d’un Congrès qui, soi-disant, représente l’unanimité du peuple algérien.

Il y a par conséquent une différence fondamentale entre le rattachement de notre pays, acquis contre notre volonté, et le rattachement volontaire accepté de plein gré au Congrès qui s’est tenu le 7 juin, à Alger (Congrès bâclé en trois heures de temps). Nous sommes, nous aussi, les enfants du peuple algérien et nous n’accepterons jamais que notre pays soit rattaché à un autre pays contre sa volonté ; nous ne voulons sous aucun prétexte hypothéquer l’avenir, l’espoir de la liberté nationale du peuple algérien.

Cet avenir appartient à la génération qui vient et c’est à elle seule qu’appartiendra le droit de décider comment elle entend diriger son sort et sa destinée. Nous sommes aussi contre la représentation parlementaire pour de multiples raisons. Et nous sommes pour la suppression des Délégations financières, du gouvernement général et pour la création d’un Parlement algérien, élu au suffrage universel, sans distinction de race ni de religion.

Ce parlement national algérien, étant sur place, travaillera sous le contrôle direct du peuple et pour le peuple. Nous pensons, quant à nous, que c’est là le seul moyen pour permettre au peuple algérien de s’exprimer librement et franchement, à l’abri de toute oppression et intrigue administrative.

Il ne m’est pas possible, en si peu de temps, de dire à ce peuple généreux d’Algérie tout ce que je voudrais lui dire, j’ai déjà dépassé le temps qui m’a été limité par l’honorable délégation, cependant je voudrais attirer votre attention en vous demandant, mes frères, de comprendre, de réfléchir et de bien examiner, sans emportement, le problème de notre pays qui se joue devant vous. Quoique très fatigué et déprimé par une traversée pénible, je viens à l’instant de descendre du bateau, je ne voudrais pas quitter cette tribune avant de vous exprimer toute ma joie, toute mon émotion de me retrouver parmi vous, sur le sol de notre patrie.

Enfin, avant de conclure mon intervention, je remercie l’honorable délégation qui a bien voulu me permettre de parler à cette tribune.

J’ai entendu, tout à l’heure, les orateurs qui m’ont précédé, dire avec combien d’égards et de bienveillance ils ont été reçus en France par le gouvernement du Front populaire, je ne veux pas discuter ou amoindrir l’atmosphère dans laquelle cette réception s’est déroulée, mais je dis que le peuple algérien se doit d’être vigilant. Il ne suffit pas d’envoyer une délégation présenter un cahier de revendications, ni trop se leurrer sur les réceptions et attendre que les choses se réalisent toutes seules.

Mes frères, il ne faut pas dormir sur vos deux oreilles maintenant et croire que toute l’action est terminée, car elle ne fait que commencer.

Il faut bien vous organiser, vous unir au sein de vos organisations pour être forts, pour être respectés, et pour que votre voix puissante puisse se faire entendre de l’autre côté de la Méditerranée.

Pour la liberté et la renaissance de l’Algérie, groupez-vous en masse autour de votre organisation nationale, l’Etoile nord-africaine, qui saura vous défendre et vous conduira dans le chemin de l’émancipation.

Je termine en criant : A bas le Code de l’indigénat, à bas la loi d’exception et de haines des races ; vive le peuple algérien, et vive l’Etoile nord-africaine !

El-Ouma, 26 août 1936

Notes de lecture :

(1) Sur le Parti National Révolutionnaire cf. Planche Jean-Louis, « Aux origines de l’Etoile Nord Africaine à Alger. Le Parti National Révolutionnaire », in. Actes de colloque, L’Etoile Nord Africaine et le mouvement national algérien, 27 février au 1 mars 1987, Ed. Centre culturel algérien, Paris, 1988, pages 147-164.
(2) Mestoul Mohammed né en 1907 à Alger, responsable du PNR en 1931, de l’ENA en 1933 et du PPA en 1937 à Alger.
(3) Mezerna Ahmed (1907-1982) responsable du PNR en 1932, de l’ENA en 1933 et du PPA en 1937 à Alger ; membre du Comité Central du MTLD en 1946 ; responsable du MNA en 1954.
(4) Khelifa Ben Amar responsable du PNR, membre de la direction de l’ENA et du PPA en Algérie entre 1934 et 1939 ; dirigeant des AML en 1944 ; membre de la direction du MNA entre 1955 et 1961.
(5) Khider Mohammed (1912-1967) adhérant du PNR puis de l’ENA ; membre de la direction du PPA d’Alger en 1938 ; député MTLD en 1946 ; membre du Comité Central du MTLD en 1946 ; inculpé dans l’affaire de OS se réfugie au Caire où il est représentant du MTLD ; ministre du GPRA en 1958 ; fait alliance avec Ahmed Ben Bella en 1962 et devient secrétaire général et trésorier du FLN ; participe à la fondation de l’association islamique Al-Qiyam ; passe dans l’opposition en exil à partir de 1964 ; assassiné le 4 janvier 1967.
(6) Harbi Mohammed, 1954, La guerre commence en Algérie, Ed. Complexe, Bruxelles, 1998, page 135. Selon Harbi les deux autres évènements sont : premièrement, la décision d’interdire la double appartenance prise par l’ENA en mai 1933 qui permettait à l’Etoile de s’émanciper définitivement du PCF ; deuxièmement, le regroupement au sein des AML entre mars 1944 et mai 1945 des proches de Ferhat Abbas, des Ouléma et du PPA afin de promouvoir l’idée de nation algérienne qui marquait le ralliement des assimilationnistes aux conceptions nationalistes.
(7) Cf. Bouguessa Kamel, Aux sources du nationalisme algérien, Les pionniers du populisme révolutionnaire en marche, Casbah Editions, Alger, 2000, pages 165-168. A propos de cette institution de surveillance, Malek Bennabi écrivit dans ses mémoires que « l’indigénat avait traversé plus aisément la Méditerranée que les « indigènes » ». Cf. Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, Ed. Samar, Alger, 2006, page 102.
(8) Sayad Abdelmalek, La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Ed. Seuil, Paris, page 147.
(9) Moneta Jacob, Le PCF et la question coloniale (1920-1965), Ed. Maspéro, Paris, 1971, page 39
(10) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome 1, 1919-1939, Ed. Paris-Méditerranée, Paris, 2003, page 121. Notons, cependant, que cet anti-colonialisme communiste ne s’appliqua pas aux colonies russes d’Asie Centrale et du Caucase. Lénine entérinera cette domination coloniale en disant que « le droit au divorce ne signifie pas forcément l’obligation de divorcer » in Lénine, « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », 1916 ; in Œuvres, Moscou-Paris, Ed. du Progrès, Vol. XXII. Cette formule sera reprise par Maurice Thorez lorsque le PCF abandonnera sa politique anti-colonialiste pour justifier la domination française. Ce fut notamment le cas en décembre 1937 lors du IXème Congrès du Parti Communiste Français à Arles.
(11) Ibid. - Au cours du Congrès de Tours, la minorité Blum-Bracke qui garda la « vieille maison » de la SFIO, avait déclaré se refuser à « confondre le mouvement de révolte des peuples opprimés avec le travail de libération prolétarienne, » cette confusion « tendant à fausser la lutte des classes et à déclencher la guerre des races contraire à ces principes de fraternité et à sa volonté de paix. » Cf. Girardet Raoul, L’idée coloniale en France de 1871-1962, Ed. Hachette, Paris, 2005, page 214.
(12) Dans un télégramme adressé à Abdelkrim, Jacques Doriot et Pierre Semard affirmaient : « Groupe parlementaire, Comité directeur du PC, Comité national des jeunesses communistes saluent la brillante victoire du peuple marocain sur les impérialistes espagnols. Ils félicitent son vaillant chef Abdel-Krim. Espère qu’après la victoire définitive sur l’impérialisme espagnol il continuera, avec le prolétariat français et européen, la lutte contre tous les impérialismes, français y compris, jusqu’à la libération complète du sol marocain. Vive l’Indépendance du Maroc ! Vive la lutte internationale des peuples colonisés et du prolétariat mondial ! » L’Humanité, 11 décembre 1924.
(13) Cet engagement au sein de la CGTU se manifesta notamment lors du premier Congrès des travailleurs Nord-Africains tenu le 7 décembre 1924 à Paris. Cf. «
Le premier Congrès des Travailleurs Nord-Africains ».
(14) Cf. Harbi Mohammed, Le FLN mirage et réalité, Des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), Ed. Jeune Afrique, Paris, 1980, page 18.
(15) Ben Khedda Benyoucef, Les origines du premier novembre 1954, Ed. CNERMR, Alger, 2004, page 41.
(16) Ibid.
(17) Ibid., page 40.
(18) Harbi Mohammed, 1954, La guerre commence en Algérie, op. cit., page 124.
(19) Kaddache Mahfoud,, Histoire du nationalisme algérien, Tome I, 1919-1939, op. cit., page 317.
(20) Ibid., page 437.
(21) Ibid.
(22) Ibid., page 438.
(23) Ibid., page 437.
(24) Stora Benjamin, Messali Hadj, 1898-1974, Ed. Hachette, Paris, 2004, page 145.
(25) Abdel-Malek Anouar, La dialectique sociale, Ed. Seuil, Paris, 1972.
(26) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome 1, 1919-1939, op.cit., page 436.
(27) Ibid., page 440 - Mohammed Harbi évoqua une solidarité de classe, puisque les Elus et les dirigeants Ouléma se recrutaient massivement au sein de la « bourgeoisie » algérienne, ce qui aurait incité les Ouléma à faire alliance avec des assimilationnistes éloignés d’eux sur le plan idéologique. Malek Bennabi parla, pour expliquer ce fait, d’un « complexe d’infériorité » des Ouléma face aux intellectuels de culture occidentale, les « intellectomanes », qu’ils jugeaient comme « leurs protecteurs ».
(28) Ibid., page 444.
(29) Ibid., page 393.
(30) Ibid., page 398.
(31) Ben Khedda Benyoucef, Les origines du premier novembre 1954, op. cit., 2004, page 49.
(32) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome 1, 1919-1939, op. cit., page 401.
(33) Ibid., page 404.
(34) Ibid., page 405.
(35) Article d’El-Bassaïr, cité par Ben Khedda Benyoucef in. Les origines du premier novembre 1954, op. cit., page 279.
(36) Ibid., page 280.
(37) Ibid.
(38) Ibid.
(39) Cf. annexe.
(40) Ibid.
(41) Ibid.
(42) Stora Benjamin, Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, L’Harmattan, Paris, 1985, page 62.
(43) Mahsas Ahmed, Le mouvement révolutionnaire en Algérie, De la 1ère guerre mondiale à 1954, el Maarifa, Alger, 2007, page 108.
(44) Cité par Benyoucef Ben Khedda in. Les origines du premier novembre 1954, op. cit., page 281.
(45) Ibid.
(46) Ibid.
(47) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome 1, 1919-1939, op.cit., page 442.
(48) Stora Benjamin, Messali Hadj, 1898-1974, op. cit, pages 148-149.
(49) Lahouel Hocine né en 1917 ; dirigeant de la section ENA et PPA d’Alger (1936-1939) ; membre du comité central du MTLD en 1946 ; secrétaire générale du MTLD en 1951 ; membre du FLN

Repost 0
Published by Youssef Girard - dans Algérie Histoire
commenter cet article
28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 10:49
Repost 0
Published by Digital Zawali - dans Algérie Histoire
commenter cet article
11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 21:37

Histoire du Mouvement national algérien : Le PPA, un mouvement révolutionnaire authentique

 

http://www.elmoudjahid.com/accueil/Nation/53709.html

imagePh. : T. Rouabah

L’Association Machaâl Chahid a organisé hier au centre culturel Aïssa Messaoudi de la Radio nationale une conférence sur le militantisme politique et révolutionnaire en Algérie, du PPA au Front de Libération Nationale. Cette rencontre de commémoration, de souvenirs et d’évocations historiques a permis à l’assistance de dérouler les pages glorieuses du Mouvement national et ce, dès le début du 20e siècle. Ce sont donc des militants du Parti du Peuple Algérien (PPA) qui se sont chargés d’éclairer l’assistance. Tour à tour, M. Sid Ali Abdelhamid, Larbi Demaghlatrous, Abdelmalek Benhabylès et Ahmed Hadanou dit Ahmed El Kaba ont retracé l’histoire du PPA et inévitablement, ils ont mis la lumière sur le militantisme politique et révolutionnaire en Algérie. Une observation d’ordre général qui s’est dégagée tout le long de l’exposé et qui consiste à affirmer que le PPA a été un creuset authentique de formation de militants dévoués à la cause nationale. Le Parti du Peuple Algérien, fondé le 11 mars 1937 par Messali Hadj après l’interdiction de l’Etoile Nord-Africaine par le front populaire français dirigé par Léon Blum, a affirmé une intransigeance et un radicalisme profonds en termes de revendications politiques. Le PPA est devenu une organisation forte et un mouvement nationaliste qui s’est implanté dans tout le territoire algérien. Son programme est marqué du sceau d’une devise célèbre. “Les droits s’arrachent, ils ne se donnent pas”. Le PPA, selon les conférenciers a été le premier parti à défendre l’idée d’un Parlement algérien, le respect de la langue arabe et de la religion musulmane, à militer pour l’abrogation du code de l’indigénat, contre le système de la conscription. Il avait une intense activité politique qui lui a valu un vaste mouvement d’adhésion populaire.
Le PPA était contre l’assimilation et l’intégration. Le 1er mai 1945, selon les rappels du militant Sid Ali Abdelhamid, le PPA a fait défiler à Alger des milliers de manifestants. C’est donc un parti radical qui a subi les foudres de la répression coloniale, c’est un parti qui a formé tous les cadres de la Révolution du 1er Novembre 1954. C’est en son sein que fut créée l’Organisation spéciale ou militaire en 1947, quand le MTLD ou Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques militait pour assurer une existence légale au PPA.
M. Sid Ali Abdelhamid, ancien militant du PPA, s’est étalé sur ce militantisme révolutionnaire qui a vu se développer la conscience nationale de nombreux militants qui ont été durement réprimés. Des militants du PPA sont morts, d’autres emprisonnés.
L’idée d’indépendance et de lutte armée a germé dans les rangs de ce parti qui a mobilisé la population à travers les syndicats, les SMA, les clubs sportifs. Le PPA est le continuateur du combat de l’Etoile nord-africaine (ENA) dissoute par les autorités coloniales. Le mouvement national a beaucoup gagné en ce qui concerne le combat pour la libération de l’Algérie du joug colonial.
De son côté, M. Larbi Demaghlatrous rappelle que la création du Parti du peuple algérien est un événement marquant dans notre histoire. Il souligne son combat, l’audace du programme du PPA quand l’action politique était interdite en Algérie. Il fustige le Front populaire français qui a réprimé l’ENA en 1936. Tous ceux qui ont déclenché le 1er Novembre 1954 appartenaient à l’Organisation spéciale, donc au PPA. Les idées de ce parti ont triomphé contre les thèses assimilationnistes.
M. Abdelmalek Benhabylès, ancien président du Conseil constitutionnel, indique que depuis la conquête de l’Algérie, l’idée de conscience nationale a existé déjà et que la lutte du peuple algérien n’a jamais cessé.
Ahmed Hadanou dit Ahmed “El Kaba” est un militant nationaliste du PPA. Il témoigne que ce parti a milité pour l’indépendance de l’Algérie. C’est le PPA qui a décidé de recourir à la nécessité du déclenchement d’une lutte armée pour libérer notre pays, c’est également ce parti qui a été à l’origine du 1er Novembre 1954.

Mohamed Bouraïb,
El Moudjahid, 11 mars 2010
Repost 0
Published by Mohamed Bouraib - dans Algérie Histoire
commenter cet article
2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 20:16

http://www.ism-france.org/news/article.php?id=13428&type=analyse&lesujet=R%C3%A9sistances

"Le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles (1927) ou l’union des peuples des Trois continents" par Youssef Girard

Du 10 au 15 février 1927, les communistes européens, dans leur volonté de lutter contre l’impérialisme, organisèrent un Congrès anti-impérialiste à Bruxelles au palais d’Egmont. Ils suivaient en cela la politique de Lénine qui avait appelé à soutenir les « mouvements nationaux révolutionnaires » dans les colonies.


Le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles réunissait des représentants des différents peuples vivant sous le joug de l’impérialisme occidental. Ce Congrès fut organisé côté français par la Ligue contre l’oppression coloniale qui avait été créée pour soutenir la politique anti-colonialiste de l’Internationale Communiste. Cependant, ce furent surtout des organisations allemandes, comme « l’Arbeitsanschub für die unterdruchen Volker » et la « Liga gegen koloniale unterdruchen », fondées par le Komintern qui fournirent la plus importante contribution à l’organisation de ce congrès.

Si le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles se voulait celui des peuples colonisés, de nombreuses organisations et personnalités européennes y participèrent. Les partis communistes de France, de Belgique et d’Allemagne y étaient représentés ainsi que des organisations telles que la CGTU, la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, la fraction minoritaire des Trade-Unions, l’Internationale de l’enseignement et la Ligue internationale des femmes luttant pour la paix. De nombreuses personnalités du monde politique et intellectuel étaient aussi présentes, notamment Albert Einstein, Félicien Challaye, Henri Barbusse et Romain Roland.

Du coté des peuples colonisés et dépendants, différents mouvements et personnalités politiques avaient effectué le déplacement de Bruxelles. Pour représenter l’Inde, il y avait Nehru, pour l’Indonésie Mohammed Hatta. Pour le Machrek, El Bakri représentait la résistance syrienne aux cotés des délégués égyptiens et palestiniens. L’Afrique subsaharienne n’était pas en reste, puisque Lamine Senghor, qui représentait le Sénégal, se trouvait aux côtés du Comité de Défense de la Race Nègre et du délégué des Syndicats d’ouvriers noirs d’Afrique du Sud. L’Amérique du Sud était représentée par les Péruviens Victor Raul Haya de la Torre et Eudocio Ravines, de l’Alianza Popular Revolucionaria Americana (APRA).

Les délégations les plus en vues furent celles de Chine et d’Indochine. La première regroupait la veuve de Sun Yat Sen, les représentants de l’Armée Rouge revenant des champs de bataille de Manchourie, ceux du Kuomintang et ceux du gouvernement cantonais. L’Indochine était représentée par le Parti Constitutionnaliste Indochinois et son rival le Parti Révolutionnaire d’Indochine, après la scission intervenue au sein de l’Association Mutuelle Indochinoise, ainsi que le Parti Annamite de l’indépendance.

Le Maghreb était représenté par les trois délégués de l’Etoile Nord Africaine : les Algériens Hadj Ali Abdelkader, Messali Hadj (photo ci-dessus) et le Tunisien Chadly Khairallah.

Le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles marquait l’émergence du « troisième » monde sur la scène internationale et la solidarité effective des peuples des Trois continents contre l’impérialisme occidental. « Pour la première fois dans l’histoire, écrivait Chadly Khairallah, plus de 150 délégués, représentant un milliard d’opprimés courbés sous le joug de l’impérialisme, se sont rencontrés avec les représentants de toutes les organisations d’avant-garde, d’Europe et d’Amérique, et avec tout ce qui reste encore d’hommes de pensée libérale pour les instruire de l’oppression qu’ils subissent, sous divers formes et suivant les pays, par l’odieux régime colonial des pays oppresseurs. Ils ont clamé à la face du monde entier leur douleur, ils ont expliqué leur martyre et affirmé leur volonté de lutte énergique, jusqu’à leur libération totale. Ils ont reçu l’assurance de leurs frères exploités d’Europe que, dans cette lutte, ils peuvent compter sur leur aide morale et matérielle sans aucune réserve » [1].

Pour ces pionniers de l’union des peuples des Trois continents, la libération nationale ne pouvait pas prendre fin « au moment où l'on hisse le drapeau et l’on joue l'hymne national » mais uniquement lorsque l’ordre impérialiste serait définitivement abattu. Chadly Khairallah poursuivait sa description du Congrès en mettant l’accent sur la volonté commune des représentants des peuples colonisés de lutter contre l’impérialisme : « Toute les délégations coloniales ont présenté des résolutions claires et précises quant au but commun qui est l’indépendance de leurs pays respectifs. A cet égard, toutes les résolutions sont absolument concordantes. Ils ont ajouté à ce but général des revendications immédiates, propres à chaque pays, et suivant les différentes situations particulières de chacun d’eux. Ils se sont groupés avec leurs alliés d’Europe au sein de la Ligue contre l’oppression coloniale et l’impérialisme, et ont pris l’engagement mutuel de livrer la bataille décisive qui libérera les uns et les autres de oppression capitaliste et impérialiste » [2].

Dans le cadre de cette lutte contre l’oppression impérialiste au Sud et contre l’oppression capitaliste au Nord, Lamine Senghor affirma : « Camarades, les Nègres se sont trop longtemps endormis, mais méfiez-vous ! Celui qui a trop bien dormi et qui s’est réveillé ne se rendormira plus […]. Ceux qui souffrent de l’oppression coloniale là-bas doivent se donner la main, se serrer les coudes avec ceux qui souffrent des méfaits de l’impérialisme métropolitain, porter les mêmes armes et détruire le mal universel qui n’est que l’impérialisme mondial. Camarade, il faut le détruire et le remplacer par l’union des peuples libres. Plus d’esclaves ! » [3].

Au nom de l’Etoile Nord Africaine, Messali Hadj prononça un discours qui reprenait le programme de l’organisation nationaliste révolutionnaire. Il affirma que les Algériens étaient « réduits à l’état de bagnards » car ils ne possédaient « ni liberté d’association, ni liberté de la presse, ni liberté de réunion, sans lois sociales, sans école ». Il critiqua l’objection selon laquelle on ne pouvait donner « l’indépendance au peuple algérien car selon l’expression de Violette, ce peuple a encore la mentalité du XIe siècle » [4]. Puis, Messali Hadj lut la résolution de l’Etoile Nord Africaine affirmant : « L’impérialisme français s’est installé en Algérie, par la force armée, la menace, les promesses hypocrites. Il s’est emparé des richesses naturelles et de la terre, en expropriant des dizaines de mille de familles qui vivaient sur leur sol du produit de leur travail. Les terres expropriées ont été cédées aux colons européens, à des indigènes agents de l’impérialisme et aux sociétés capitalistes […].C’est au nom de cette soi-disant civilisation que toutes les traditions, les coutumes, toutes les aspirations des populations indigènes sont foulées aux pieds […].A cela s’ajoute l’abêtissement systématique obtenu par l’alcool, l’introduction de nouvelles religions, la fermeture des écoles de langue arabe existant avant la colonisation. Et enfin, pour couronner son œuvre, l’impérialisme enrégimente les indigènes dans son armée en vue de poursuivre la colonisation, pour servir dans les guerres impérialistes et pour réprimer les mouvements révolutionnaires dans les colonies et dans la métropole. C’est contre cette politique coloniale, contre cette oppression que les populations laborieuses d’Afrique du Nord ont mené et mènent encore une action permanente par tous les moyens dont elles disposent, pour atteindre l’objectif qui renferme leurs aspirations de l’heure présente, l’Indépendance Nationale » [5]. Après avoir lu le texte, Messali Hadj demanda au Congrès de faire siennes les revendications inscrites dans le programme de l’Etoile Nord Africaine.

Décrivant les réactions des congressistes à son discours, Messali Hadj écrivait : « Mes compatriotes syriens, indonésiens, indiens, égyptiens, sénégalais ou tunisiens m’avaient chaudement félicité, de même que d’autres congressistes non arabes et non musulmans. Certains m’ont demandé, les jours suivants, si mon programme politique n’allait pas soulever un grand mécontentement dans les milieux gouvernementaux et provoquer même une répression à travers le pays » [6].

La résolution de l’ENA combinait des revendications politiques (indépendance, constitution d’une armée nationale), économiques (confiscation des grandes propriétés accaparées par des féodaux alliés des conquérants, les colons et les sociétés financières, et la restitution aux paysans des terres confisquées) sociales (reconnaissance par l’Etat algérien du droit syndical, de coalition et de grève, élaboration de loi sociale) et culturels (enseignement de la langue arabe). Cette résolution eut une grande importance dans l’histoire du nationalisme algérien car elle marquait les premiers jalons idéologiques dans lesquels il devait se mouvoir. Messali Hadj tout au long de sa vie militante garda « un sens aigu de la solidarité des victimes du colonialisme. Il ne modifiera pas le programme de l’E.N.A. qu’il a lui-même exposé » [7].

Les militants de l’Etoile Nord Africaine avaient pu affirmer leur volonté d’obtenir l’indépendance des trois pays Maghreb sur la scène internationale. Ils partageaient l’idée du Congrès de donner la primauté à la question nationale dans les pays colonisés. Sur le plan international, l’Etoile Nord Africaine s’affirmait comme une organisation anti-impérialiste. Au lendemain du Congrès, Chadly Khairallah écrivait dans l’Ikdam Nord Africain que l’Etoile Nord Africaine devait se placer sur le terrain du nationalisme révolutionnaire. Pour lui, il n’était pas « besoin de s’accrocher à une théorie politique ni de se mettre à la remorque d’un parti quel qu’il soit, pour considérer comme précaire l’occupation étrangère, source de servage, de misère et travailler à l’avènement d’un avenir national et de liberté reconquise » [8]. Par là, il signifiait la volonté des nationalistes maghrébines de refuser la tutelle de tous les « fraternalistes » occidentaux.

Vingt-huit ans avant la Conférence de Bandung, le Congrès anti-impérialiste de Bruxelles marquait l’émergence d’une unité des peuples des Trois continents contre l’hégémonie occidentale.

Youssef Girard

Notes de lecture :

[1] Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome I, 1919-1939, Ed. Paris-Méditerrane, Paris, 2003, page 187
[2] Ibid.
[3] Dewitte Philippe, Le mouvement nègre en France, 1919-1939, L’Harmattan, Paris, 1985, page 149
[4] Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome I, 1919-1939, op.cit., page 177
[5] Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, tome II, 1939-1951, Ed. Paris-Méditerrane, Paris, 2003, page 849.
[6] Messali Hadj, Les Mémoires de Messali Hadj, 1898-1938, Ed. ANEP, Alger, 2005, page 158
[7] Harbi Mohammed, Le FLN mirage et réalité, des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), Ed. Jeune Afrique, Paris, 1980, page 15
[8] Stora Benjamin, Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, L’Harmattan, Paris, 1985, page 56

Repost 0
Published by Youssef Girard - dans Algérie Histoire
commenter cet article
6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 16:44

Les habits neufs de Patrick Buisson

 

A ceux qui sous-estimaient les problèmes posés par la mémoire étatique en France, la loi du 23 février 2005 a sonné l’heure du rappel à l’ordre. Dans le bilan sur l’Algérie et sur la politique qui y a été menée depuis 1830, s’exprime une conception du temps politique qui est celle d’un révisionnisme suivant lequel le changement ne pourrait s’exprimer que dans la continuité. A cet égard, le discours des idéologues du sarkozysme sur la question coloniale recèle une auto-estimation de la politique de la France dont le ton et le contenu procèdent de l’esprit missionnaire et d’une réhabilitation du fait colonial. La suppression de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 à l’initiative du Président Chirac ne vaut pas pour eux.


 

Avec Patrick Buisson, « conseiller écouté » du Président Nicolas Sarkozy et ancien directeur du journal d’extrême-droite Minute, et Michel Déon, membre de l’Académie française, le nationalisme chauvin incarné par Maurice Barrès (1862-1928) et Charles Maurras1 (1858-1952), revêt des habits neufs. Ressurgissent alors dans le débat ses thèmes de prédilection : protéger la France des étrangers qui menacent ses valeurs propres, défendre l’armée, hier dans l’affaire du capitaine Dreyfus, aujourd’hui dans la défense de la répression militaire, policière et psychologique du peuple algérien en lutte pour son indépendance. On peut le vérifier en parcourant l’ouvrage de Patrick Buisson, La guerre d’Algérie2 qui donne au lecteur français une vision apologétique de l’Algérie coloniale et de l’action des militaires. Les générations nouvelles y retrouvent, sorties du congélateur, les images puisées dans les archives des services psychologiques de l’armée. Pour un ouvrage insouciant de la dimension historique de la colonisation produit avec légèreté et sans honte, c’est en un.


 

L’évocation des drames que l’Algérie a vécus après 1962 n’excuse pas l’ordre colonial de ses pratiques – extorsion de biens par la violence de la loi du conquérant fondée sur la logique capitaliste, racisme, contraintes physiques qui relèvent de crimes contre l’Humanité, sans compter une politique obscurantiste, et j’en passe. Buisson devrait, avant de parler de l’Algérie, balayer devant sa porte, repenser l’histoire de France et réviser les mythes fondateurs de l’empire colonial au lieu de les cautionner dans l’enthousiasme avec la chaîne Histoire qu’il dirige, en collaboration avec deux institutions d’État, la Direction du patrimoine et des archives du Ministère de la Défense et l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense et avec la chaude recommandation du Secrétariat d’État aux anciens combattants. L’ouvrage de Buisson relève de l’imposture. C’est une provocation dans laquelle il serait dommageable de tomber.


 

Les relations franco-algériennes ne sont pas seulement des relations d’État à État, ni une affaire de capitalistes à la recherche de marchés juteux. C’est aussi un mélange réseaux d’échanges et d’amitiés, de liens personnels entre deux sociétés et deux peuples, entre une Algérie ouverte sur l’avenir et une France métissée, faite de diversités culturelles et ethniques, et rebelle à la xénophobie. Nous le constatons tous les jours quand des enseignants de lycées nous invitent à dialoguer avec leurs élèves, quand des associations se penchent sur notre guerre de libération en prenant leurs distances avec les interprétations officielles, quand des anciens combattants reversent leur retraite de soldats au profit de projets dans les zones où ils ont combattu. C’est en allant à la rencontre de ce mouvement que seront neutralisés les attardés du parti colonial, dont se réactive l’antigaullisme et la haine de l’Algérie à la veille de chaque échéance électorale. Qu’on ne s’y méprenne pas, les « haines rentrées » alimentent la discorde entre les peuples toujours à leur détriment.

 

Mohammed Harbi


 

1 Michel Déon fut, sous Vichy, secrétaire de Charles Maurras.

2 Albin Michel, Histoire, DMPA, ECPAD, Paris, 271 p., 2009

 

texte publié le 30 novembre dans El Watan

http://www.elwatan.com/Les-habits-neufs-de-Patrick

Repost 0
Published by Mohammed Harbi - dans Algérie Histoire
commenter cet article
2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 11:18
L'Algérie et la France
 
 
Commentaires de Djanina Messali-Benkelfat à propos du livre : L'Algérie et la France, dirigé par Jeannine Verdès-Leroux, Paris, Robert Laffont, 2009.

Cher Monsieur,


Parmi les nombreux livres de la rentrée consacrés à l’Algérie, ``L’Algérie et la France`` dirigé par Jeannine Verdès –Leroux, ne m’a pas échappé.

Les appréciations pour le moins très discutables sur le colonialisme ne m’ont pas fait adhérer totalement à ce livre mais néanmoins j’ai été très surprise d’y trouver votre notice biographique de Messali Hadj, mon père, sur laquelle je voudrais faire quelques remarques et quelques commentaires.

-Il aurait pu obtenir le certificat d’études s’il n’avait pas dû aller travailler à l’épicerie de son oncle maternel pour aider sa famille.

-S’il a décidé de s’engager dans le combat politique en France et pas en Orient, c’est parce qu’il se reconnaissait dans les valeurs de 1789 et de 1848 sans se sentir français pour autant.

-Il ne s’est pas rapproché du parti communiste parce qu’il était passionné par la politique mais parce qu’en avance sur son temps, il a perçu qu’il ne suffirait pas de se sentir révolté et humilié par l’occupation coloniale de l’Algérie mais qu’il fallait élever la conscience politique de ses compatriotes pour recouvrer sa dignité et sa liberté .

-Si Messali réclame dans un premier temps l’électorat et [l'éligibilité] des algériens dans toutes les assemblées françaises, c’est qu’à l’époque le ``Code de l’indigénat``le leur interdisait.

-La Glorieuse Etoile Nord-Africaine a eu les mêmes statuts, le même programme que l’ENA. (Voir Kaddache P348 In ``Histoire du Nationalisme Algérien``), seules les cartes d’adhérents étaient surchargées en rouge de la nouvelle dénomination.

-L’E.N.A a été dissoute le 27 Janvier 1937 par le Front Populaire à l’instigation du PCF.

-Messali n’est nullement dépassé par l’évolution de son parti. C’est une partie de la direction du MTLD profitant de son assignation à résidence surveillée à Niort qui remet en cause le programme de l’ENA, du PPA et du MTLD sur une ligne réformiste.

-C’est afin d’atteindre la représentativité exclusive de la résistance algérienne que le FLN a décidé ce que vous qualifiez de guerre civile ou la liquidation physique de MNA. Afin d’arrêter cet engrenage sanglant, Messali fit des propositions écrites à Ben Bella qui donna son accord verbalement mais ne signera pas en définitive, craignant dira-t-il pour sa vie …..

Pour conclure, je vous [dirais] que ses convictions révolutionnaires qui ont marqué son engagement politique n’avaient rien de semblable ou de comparable avec ce qu’on a appelé le ``Bourguibisme`` ou la politique nationaliste expansionniste de l’Istiqlal. Il savait très bien qu’à ce titre, il n’était aux yeux du gouvernement français nullement indispensable.

Si je me suis permise ces remarques et ces commentaires, c’est que ma considération pour les ouvrages que vous publiez sur l’Histoire de l’Algérie est grande ainsi que sur le sérieux de vos recherches.

Bien cordialement à vous.

Djanina Messali-Benkelfat.
Repost 0
Published by Djanina Messali-Benkelfat - dans Algérie Histoire
commenter cet article
2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 11:16
Scènes de la guerre d'Algérie en France
 
Mise au point de Djanina Messali-Benkelfat adressée à Jean-Luc Einaudi à propos de son livre : Scènes de la guerre d’Algérie en France, Automne 1961, Paris, Cherche-Midi, 2009.


Monsieur,

Je viens de lire votre livre édité au «Cherche-Midi» intitulé «Scènes de la guerre d’Algérie en France».
Ce livre est essentiellement consacré à des témoignages de militants du FLN rescapés du massacre de la rafle du 19 Octobre 1961 perpétrée par la police française et dans une deuxième partie de l’exploitation d’archives inédites de la Fédération de France du FLN qui répertorie les noms de militants assassinés par le FLN ou par le MNA (seulement en 1961).

Votre distinction entre les deux mouvements se base uniquement sur les colonnes de chiffres des rapports financiers et au nombre de cotisations. Vous conviendrez que cette comptabilité macabre manque pour le moins de connotations et d’analyse historiques.

Je vous rappelle que les assassinats fratricides ont débuté en France et en Algérie fin 1955 et qu’un congrès du FLN qui s’est tenu en 1956 dans la vallée de la Soumame a décidé de la liquidation physique du MNA au nom de la représentation exclusive du FLN de la résistance algérienne.

Ceci étant dit, je tiens à vous exprimer ma profonde indignation à la suite du témoignage N° 18 page 120 de votre livre intitulé: «Un cadre du FLN».

Il s’agit d’un vrai faux témoignage. L’auteur se présente comme un cadre du FLN dont les basses œuvres s’apparentent plutôt à celles d’un homme de main. Les faits erronés de cette affabulation construite de toute pièce afin de prouver coûte que coûte une collusion avec la police, dans le but de porter atteinte à l’honneur de Messali Hadj, mon père et à ma famille sont scandaleux.

Pour l’essentiel en 2005, cet individu reprend comme une leçon bien apprise, la propagande diffamatoire du FLN pour étayer et construire un vrai faux témoignage sur des pseudo-faits qui ne se sont passés que dans son imagination lors des obsèques de ma mère Emilie Busquant-Messali à Neuves-Maisons en 1953.

Plus loin, il n’hésite pas pour être encore plus convainquant à me citer au passage pour en définitive affirmer sans sourciller que grâce à la complicité des autorités françaises, mon frère Ali aurait été exempté du service militaire. Messali Ali, mon frère, paix à son âme a été arrêté à Paris par la police en Avril 1952 pour insoumission au service militaire, interrogé pendant plusieurs jours au quai des Orfèvres, il passera devant un tribunal militaire, sera défendu par Me. Yves Dechezelles puis assigné à effectuer son service dans un camp disciplinaire.

Cher Monsieur, vous pouvez toujours dans votre introduction, vous protéger derrière la fragilité supposée des témoignages mais la moindre des rigueurs aurait exigé que vous fassiez les recoupements d’usage qui s’imposent.

Les mensonges infâmes que vous qualifiez de contribution à la connaissance de l’histoire ne vous grandissent pas.

Ce procédé n’est pas sans rappeler les accusations de «flics» proférés autrefois contre les trotskistes et en remontant un peu plus loin, pendant la guerre d’Espagne à la liquidation du «POUM»…!
En Algérie du reste cela dégénèrera par une véritable guerre civile.

Salutations distinguées.

Djanina Messali-Benkelfat

P.S.: Je rends cette mise au point publique et la diffuse auprès des historiens.
Repost 0
Published by Djanina Messali-Benkelfat - dans Algérie Histoire
commenter cet article