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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 23:40

À l'instar de ce qui s'est passé ailleurs en Métropole, la région Nord - Pas-de-Calais, terre d'immigration maghrébine pendant les « Trente glorieuses », n'a pas tardé à être gagnée par les conséquences de ce qu'on n'appelait pas encore la guerre d'Algérie. La guerre dans la guerre a opposé ici, jusqu'en Sambre, deux factions rivales algériennes : les Messalistes, du nom de Messali Hadj, fondateur du MNA, le mouvement national algérien dont on trouve les origines dans les années 30 en Algérie et le FLN, le Front de Libération nationale, issu du MNA. Les historiens estiment qu'entre 1956 et 1962, les affrontements et assassinats entre MNA et FNL ont fait dans la région près de six cents morts. En 1959, trois mille musulmans assistent à Lille sud à l'enterrement d'un garde du corps de Messali Hadj. Le 1er mai 1955, des Messalistes organisent des manifestations un peu partout. Ils sont 1 200 à Lille où ils brisent des vitrines rue Inkermann et Léon-Gambetta avant de lapider un policier. À Maubeuge, un meeting rassemble place de l'Industrie cinq cents Nord-Africains qui convergent ensuite vers le centre-ville où des briques sont jetées sur le forces de l'ordre. Le 10 septembre 1961, la fête communale est secouée par un drame à Maubeuge. Des gendarmes en faction au carrefour de Montplaisir règlent la circulation. Vers 21 h, à l'angle de la rue de Grattières et de la route d'Hautmont, le conducteur d'une voiture fait mine de s'arrêter à l'injonction d'un militaire. Ce dernier est fauché par une rafale d'arme automatique tirée du véhicule. Accouru pistolet à la main, un autre gendarme subit le même sort. Tous deux mourront le lendemain, tombés sous les balles de tueurs algériens qui rentraient d'une basse besogne contre un clan adverse. En fait, explique notre collègue lillois Lakhdar Belaïd, qui a consacré un ouvrage à cette période, Messalistes et FNL se disputaient le contrôle de leurs coreligionnaires de Métropole aussi bien pour des raisons politiques que pragmatiques, via la maîtrise des filières d'immigration pour ces dernières. Les immigrés disposaient en effet pour la plupart d'un emploi et étaient donc à même d'apporter leur quote-part à l'effort de guerre - au racket ? - qui partait vers l'Algérie insurgée par les fameuses valises.

Ces affrontements fratricides entre groupes armés clandestins ont provoqué en Sambre une certaine ébullition ponctuée par des bavures, des expéditions punitives, des exécutions. La tension a même gagné des usines, rangées pour les unes dans le clan des Messalistes, pour d'autres du côté du FLN, au point que des syndicats ont dû intervenir pour apaiser les tensions, témoigne l'ami Lakhdar.

 

"La Voix du Nord", 19 mars 1962

 

http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Maubeuge/actualite/Secteur_Maubeuge/2012/03/19/article_contagion.shtml

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Published by La Voix du Nord - dans Algérie Histoire
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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 23:38

Un caoua, une pâtisserie et on refait la guerre d'Algérie. La leur, celle de trois moudjahidines, des papys flingueurs qui ont combattu et fui à regret leur pays après l'indépendance parce qu'ils étaient du mauvais côté. Fidèles à Messali Hadj, le père du nationalisme algérien, qui s'opposa en vain à la toute-puissance du FLN.

 

Ali Agouni, Mohamed Drissi et Mohamed Bougrioua, 78, 80 et 85 ans, n'arrêteront jamais de refaire l'histoire, de palabrer sur « la guerre fratricide » qui opposa les « messalistes » du PPA, du MTLD, puis du MNA au FLN (1). Pendant et après la guerre d'Algérie. « Le parti unique, c'est la clé du malheur », remarque Ali Agouni, fondateur du magasin le Comptoir d'Afrique et d'Orient dans le quartier de Wazemmes à Lille.

En raison de son immigration ouvrière, notre région n'est pas épargnée par les « rivières de sang ». L'historien Jean-René Genty, à partir des archives de presse, dénombre 835 attentats, 628 tués et 635 blessés de 1955 à 1962. Essentiellement dans la métropole lilloise, la Sambre, le Valenciennois et le bassin minier, de Lens à Douai.

Mohamed Drissi, arrivé à Lille en 1952 avant de partir guerroyer à Tlemcen en 1960, évoque la première manif devant la mairie de Lille en 1953 (la dernière en 1956, réprimée), le recrutement des sympathisants, la distribution de tracts, les porteurs de valises, les réunions secrètes dans les bars algériens comme le Café maure, rue de Lille à Marquette. « Il était tenu par Taïeb qui a retourné sa veste en 1956 et est passé au FLN. » Avec une certaine fierté qui en dit long sur l'antagonisme originel, Mohamed Drissi assure : « Le FLN n'a jamais réussi à prendre le pouvoir dans le Nord. On s'est défendu. Il y a eu des centaines de morts de chaque côté, des cafés attaqués à la mitraillette, à la grenade. Et combien de responsables MNA ont été tués après le cessez-le-feu ? » Responsable d'un maquis MNA en 1957 et compagnon de route de Messali Hadj, Ali Agouni cherche encore aujourd'hui à valider l'agrément du PPA comme parti politique en Algérie et à faire reconnaître les droits des combattants messalistes de la révolution. « Même les condamnés à mort ne sont pas reconnus. C'est une injustice. Ce pouvoir à peu près totalitaire ne répond pas à nos demandes. »

« Pourquoi on se tue entre nous ? »

Malgré la rivalité, ils ont combattu corps et âme pour l'indépendance. L'amertume résonne cinquante ans après. En prison, Ali Agouni se souvient d'une rencontre avec un militant FLN et de la question qui taraudait la base : « Pourquoi on se tue entre nous ? » Mohamed Bougrioua, commissaire politique, a participé à trois batailles massives, en 1957 à Aïn Boussif, en janvier 1959 à Bouira et en mars 1959 dans les montagnes de Zemra à Bou Saâda. « Dans toute l'Algérie, il y avait des combattants du MNA, le parti qui avait formé tous les cadres de la révolution. » Cet engagement ne pèsera pas lourd quand il s'agira de solder les comptes politiques et de s'emparer du pouvoir.

Alors, les accords d'Évian, le 18 mars 1962, restent un souvenir ambivalent. Bougrioua est en prison, condamné à 5 ans pour port d'arme : « C'était le grand moment qu'on attendait. » Agouni apprend la délivrance en lisant le journal dans une prison d'Alger. « La joie était totale pour les maquisards, les prisonniers. On fêtait. On était fier. Le but principal était atteint. Mais très vite, mon premier but était de sortir d'Algérie. C'est malheureux mais c'est comme ça. Ça a gâché la joie et l'unité du peuple algérien. Comme s'il n'y avait pas eu assez de combats, assez de morts. » La purge menée par le FLN est terrible, envers les messalistes, les pieds-noirs et les harkis, ces loyalistes algériens considérés comme des traîtres au pays et en métropole. Messali Hadj appelle au respect du cessez-le-feu, en pure perte. « C'était la lutte pour le monopole de la révolution,juge Ali Agouni. Nous avions le même but, le même adversaire. Pourquoi ne pas continuer unis ? Après, on aurait donné la parole au peuple. Cinquante ans plus tard, tout le monde parle de démocratie on y revient. » Tard.

1. PPA : Parti du peuple algérien. MTLD : Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. MNA : Mouvement national algérien.

FLN : Front de libération nationale.

À lire « Mon père, ce terroriste », la guerre d'Algérie dans le Nord par Lakhdar Belaïd, Ed. du Seuil, 18 €.

"La Voix du Nord", 19 mars 1962
http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2012/03/19/article_les-dechirures-intactes-de-la-guerre-d-a.shtml

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Published by OLIVIER BERGER - dans Algérie Histoire
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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 15:19

 

Introduction : histoire d'une non histoire 

Un thème d'analyse comme celui que nous avons choisi se heurte d'emblée à deux passifs, liés à la perception historique des protagonistes. En effet, que ce soit pour Messali Hadj, au passé volontairement gommé et déformé à la suite de la victoire du FLN, ou pour les trotskystes, sempiternellement vus comme d'éternels minoritaires n'ayant jamais eu aucune prise sur les événements, on a affaire à deux objets quasiment sans histoire solide, sereine et scientifique.

Il nous faut tout de suite préciser ce que nous entendons très exactement traiter. Par Messali Hadj, nous prendrons bien sûr en compte le personnage lui-même, mais nous ne l'isolerons pas du mouvement qu'il a créé, PPA-MTLD-MNA, et dont il est indissociable. D'autre part, pour les trotskystes français, il s'agira des trois principales organisations qui ont existé pendant cette période, à savoir les PCI (ses trois futures composantes pendant la guerre, le PCI unifié de 44 à 52, puis les deux branches issues de la scission de 52) et I'UC de Barta.

Quant à la période retenue, nous avons souhaité commencer en 1940 car la période de l'entre-deux-guerres, dont nous ferons un rapide rappel, est généralement un peu mieux connue et parcourue. 1958, d'autre part, représente la date à partir de laquelle la dernière organisation trotskyste qui soutenait Messali et le MNA, le PCI exclu de la lVe Internationale en 1952, se détache de lui; les relations entre Messali et les trotskystes français prennent alors un tout autre cours, qu'il serait également intéressant d'étudier, celui de la mémoire.

L'intérêt de confronter un nationaliste algérien radical et un courant politique révolutionnaire issu du mouvement communiste est double: comprendre ce qui a pu les rapprocher pendant une trentaine d'années, et tenter de voir ce que chacun a pu chercher chez l'autre et lui apporter. D'autant que le mouvement politique initié par Messali était un mouvement de masse, tandis que le trotskysme français, pendant cette période, n'a jamais mis en mouvement plus de quelques milliers de militants. Leur relation fut elle donc inégale? Ne parait elle pas a priori surprenante, voire aberrante?

Il est toutefois nécessaire de préciser que cette communication ne représente pas un travail achevé, mais plutôt l'état de notre réflexion à un moment donné. Toutes les sources n'ont pas été utilisées, et nous nous sommes surtout concentrés sur la presse, ainsi que sur quelques témoignages. De même, vu le sujet de notre travail universitaire, nous avons très largement privilégié les trotskystes, et n'avons donc opéré que quelques sondages dans une partie de la presse du MTLD et du MNA. Nous espérons livrer un travail plus abouti au sortir de notre thèse sur "les trotskystes français et l'Algérie de 1945 à 1965".

 

 Rupture ou continuité? Les relations pratiques entre Messali Hadj et les trotskystes français

Les premiers contacts qui se nouent datent des années 30, plus exactement de la période du Front Populaire, au moment où l'ENA est dissoute par le gouvernement. Fidèles à leurs conceptions héritées des premiers congrès de l'IC 42, les trotskystes soutiennent le mouvement nationaliste le plus radical, avec lequel ils ont d'ailleurs en commun le mot d'ordre d'Assemblée Constituante 43. La rupture qui s'avéra définitive de 'ENA avec le PCF donne peut-être également aux trotskystes l'occasion de le remplacer... Nous y reviendrons. Toutefois, il semble qu'à cette époque, les relations de soutien se limitent à des meetings communs, sans liens véritablement poussés d'organisation àorganisation.

Avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale, les contacts disparaissent. Ils ne sont renoués officiellement que vers 1945-1946 44 -mais sans doute avant par le contact dans les usines avec les travailleurs algériens du PPA- et cette fois se prolongent jusqu'en 1952, sans rupture. Meetings communs, manifestations, publication de communiqués du MTLD ou de Messali, lutte contre la répression qui frappe l'OS en 1950 (en concertation avec le MTLD ou, plus certainement, par solidarité naturelle ?), présence d'une délégation aux obsèques de Mme Messali, et même enthousiasme pour le Front algérien du début des années 50 (alors que Messali était beaucoup plus réticent) sont quelques-unes unes des activités déployées par les trotskystes pendant cette période. La section française de la IVe Internationale éclatant en juin 1952, le PCI resté section officielle semble avoir perdu les liens qui pouvaient le relier à Messali, alors en exil en France (à Niort, à compter de mai 52 -alors que la lutte interne dans le PCI bat son plein-, puis aux Sables-d'Olonne à partir d'août 54).

Les militants trotskystes de qui il était devenu le plus proche, pratiquement, appartenaient au PCI exclu (Daniel Renard, Annie Cardinal, Pierre Lambert). Ainsi, c'est la famille Cardinal, lorsque Messali était en exil à Niort, qui s'occupa de ses deux enfants, nouant des liens privilégiés avec lui 45.

C'est d'ailleurs de cette même organisation que vint l'initiative de créer un "Comité pour la libération de Messali Hadj", en octobre 1954, qui regroupa des personnalités aussi diverses que Marceau Pivert, Jean Rous, Jean Cassou ou Yves Dechezelles; puis d'autres comités par la suite. D'autre part, c'est Robert Cheramy, un militant du PCI exclu qui assura la liaison entre le leader algérien et la FEN (il est un des responsables du SNES et de la tendance École Émancipée), par exemples. Les relations PCI-MNA prirent donc un tour nettement plus actif, allant jusqu'à un soutien matériel et financier.

Toutefois, après la scission de 1952, le PCI section officielle, de son côté continue de temps en temps à publier dans son journal, La Vérité des Travailleurs, des communiqués du MTLD, puis du MNA. Dans les articles concernant l'Algérie (écrits pour la plupart par Rodolphe Prager, alias Robert Leblond), les premières critiques à l'égard du MTLD (qui s'inscrivent dans celles du PCI unifié, voir ci-dessous) apparaissent dès novembre 54: l'action parlementaire est jugée insuffisante, de même que le travail syndical, deux éléments qui sont considérés comme sources parmi d'autres de la scission de 53. Mais un soutien politique continue d'être apporté au mouvement de Messali Hadj, et l'arrêt de la répression est régulièrement exigé 46.

Ce n'est qu'à partir de janvier 56 [...] et du congrès de la Soummam, d'août 56 -dont le programme est jugé supérieur à celui du MTLD de 53- que le PCI section officielle soutient clairement le FLN, soit près d'un an après les premiers contacts, qui dataient de juillet 1955.

Pourquoi un tel décalage entre théorie et pratique? Etait-ce pour laisser une porte ouverte à Messali et au MNA afin de leur permettre de prendre contact avec eux, au détriment du PCI exclu? Une marque de prudence en attendant l'évolution des rapports de force, voire une méconnaissance du rapport de forces en Algérie même, une méfiance par rapport aux informations que pouvaient fournir les représentants du FLN? Ou simplement la conséquence du fait que le MNA étant déjà soutenu par des trotskystes, il ne restait que le FLN -les deux organisations étant considérées comme "nationalistes révolutionnaires" 47 - à aider pour avoir une action pratique sur les événements?

Au fur et à mesure du déroulement de l'insurrection algérienne -déclenchée en novembre 1954-, on a comme une évolution parallèle et complémentaire, mais inversée, le PCI exclu resserrant ses liens avec Messali et le MNA, tandis que le PCI section officielle en venant à se détacher de plus en plus de Messali et de son mouvement 48 49.

La rupture finale intervenant pour ces derniers avec l'affaire Bellounis, et pour leurs rivaux avec l'accord de pensée entre Messali et De Gaulle en juin 1958 pour mettre fin au conflit.

Il nous faut, pour terminer ce rapide aperçu chronologique, mentionner le cas particulier de FUC, née vers 1939-1940. Selon le témoignage de Jacques Ramboz, militant à l'époque, des contacts avaient été noués dès 1944, mais ils sont rompus à la suite de la répression autour des événements de mai 1945, bien que 'UC défende dans sa presse la libération de Messali et des autres emprisonnés -dont Ferhat Abbas et Bachir ben lbrahim, ce qui témoigne d'une apparente absence de hiérarchisation parmi les organisations nationalistes, considérées comme équivalentes 50. De manière plus profonde, ce sont probablement les désaccords idéologiques qui expliquent l'absence de relations ultérieures, rendues de toute façon impossible après 1950-1951, suite à la disparition de I'UC. VO, successeur contesté de I'UC à partir de 1956, se situe en tout cas dans une position identique de refus de soutenir concrètement des organisations jugées strictement nationalistes...




 

 Proximité ou malentendu? La perception réciproque des protagonistes

_Comment les trotskystes percevaient-ils Messali et son mouvement?

C'est justement à l'analyse que les différents courants trotskystes faisaient de Messali et de son parti que nous allons maintenant nous intéresser plus en profondeur. D'autant qu'à certains moments, les trotskystes, auto convaincus par leurs propres analyses, ont pu confondre Messali et le mouvement dont il était, bien que leader historique bénéficiant d'un poids particulier, un des dirigeants parmi d'autres. En témoignent certaines formules utilisées dans la presse, et ce dès avant la séparation des deux PCI: il est vu comme le (souligné par nous) dirigeant du mouvement national algérien, le MTLD est le "(...) parti de Messali Hadj" 51.

Il est en effet probable que dans une certaine mesure, Messali Hadj revêtait, pour les trotskystes, une dimension symbolique. Incarnation de l'idée d'indépendance et de la lutte nationale, comme il est dit à de nombreuses reprises dans La Vérité, Messali était incontestablement un leader, un tribun, et cette image de révolutionnaire pouvait, à l'extrême conduire à une relative identification. Ne négligeons pas non plus, d'ailleurs, le fait que certains trotskystes ayant pu le rencontrer soient tombés sous le charme de sa personnalité, comme Marcel Beaufrère ou Pierre Lambert 52.

Certaines formulations sont d'ailleurs particulièrement dithyrambiques: on salue "(...) le héros de l'indépendance algérienne, Messali [sic] Hadj (.)", le "(..) plus prestigieux leader national maghrébin (..)", "(...) celui qui incarne l'espérance de tout un peuple", et qui "(...) coïncide avec un peuple qui se reconnaît en lui "12. D'autres tendent à attribuer à un aspect du personnage un caractère éternel: Messali, que " (.) rien ne pourra détourner (.) de la tâche qu'il s'est fixée dès sa jeunesse: libérer son peuple, lui rendre sa dignité", est comparé à "un roc" 53. Est ce en soi significatif, La Vérité publia régulièrement des photographies de Messali dans ses colonnes. De là à parler d'un "culte de la personnalité" il y a un fossé que nous ne nous permettrons pas de franchir.

 

De la même manière, le MTLD, dès l'après-guerre, est vu d'abord comme exprimant la majorité des "masses rurales", puis l'ensemble du peuple algérien (il est "plébéien révolutionnaire", anticipant d'une certaine manière sur l'idée du "peuple classe"), ou parfois seulement son "immense majorité"; il est plus tard précisé que le parti lui-même est "(...) en grande majorité prolétarien, même dans sa direction (..)" 54. C'est ce qui explique que pour tous les trotskystes, avant la Toussaint 54, le MTLD est "(..) actuellement le seul parti national algérien susceptible de conduire efficacement la lutte pour l'émancipation"..., et même encore en décembre 54 55, Les points communs entre trotskystes et nationalistes algériens du MTLD sont bien réels: ayant rompu avec le PCF, comme eux-mêmes; en lutte contre l'impérialisme français, comme eux-mêmes; défendant un certain nombre de revendications dans lesquelles ils se retrouvent en partie; s'appuyant sur l'immigration algérienne, dans sa majorité prolétarienne d'industrie...

Voilà qui peut permettre d'anticiper en partie sur l'analyse de Messali comme comparable à Lénine dans la personnification d'un combat 56, ou sur les tendances ultérieures de la IVe Internationale à se focaliser sur certains leaders tiers-mondistes, comme Patrice Lumumba ou Fidel Castro. Il faut néanmoins préciser que certaines critiques sont faites, et très tôt, à l'égard de Messali ou du MTLD: ainsi, lorsque Messali salue le roi Farouk comme "leader des Arabes", en 1947, ou quant il est dit que l'action du parti souffre de l'absence d'un réel programme d'émancipation sociale "démocratiquement élaboré", et que sans programme marxiste-révolutionnaire (c'est-à-dire trotskyste), il risque de sombrer dans une politique opportuniste 57. A signaler que ces bémols disparurent après la scission de 52, du côté du PCI exclu tout au moins.

L'analyse alla plus loin encore lorsque Pierre Lambert, dans un article intitulé "La parole au peuple algérien - Indépendance par étapes et Constituante", compara le MNA au parti bolchevik. "Pour le prolétariat révolutionnaire français l'importance historique de la Révolution algérienne est comparable à celle occupée par la Révolution russe de 1917. (..) Seul le Parti Bolchevik de Lénine et Trotsky exprimait les objectifs politiques de la Révolution. Aujourd'hui, dans une situation historique nouvelle, avec des formes différentes, le Mouvement National Algérien traduit clairement les objectifs anti-impérialistes" 58. On a beaucoup glosé sur cette analyse, qui n'est en fait présentée "que" comme une comparaison toute relative, et extrêmement partielle (voir les formes qu'utilise Pierre Lambert), ciblée 59 de plus, on ne la retrouve plus par la suite dans La Vérité. Que l'idée plus large de mettre sur le même plan MNA et Parti Bolchevik ait pu être émise à l'intérieur du PCI ne fait que peu de doutes, avec probablement diverses comparaisons d'avancées, comme celle du mode d'organisation (centralisme démocratique de fait) 60. Mais l'idée communément défendue était surtout de considérer le MNA comme l'avant-garde 61 de la lutte du
"peuple-classe" 62 algérien. De cette analyse découle en tout cas le refus de former des trotskystes algériens, puisque le MNA, ou le deviendra dans le cours de la lutte (ce qui était sans nul doute mal estimer les potentialités), ou permettra, directement ou non, leur apparition, pendant ou plus probablement après la lutte et l'obtention de l'indépendance...

Conformément à ce que nous avons exposé en ce qui concerne l'évolution du PCI section officielle, au lendemain de la scission et même de l'insurrection, le MTLD est toujours considéré comme "(...) le mouvement le plus représentatif du peuple algérien et le porte-parole authentique de ses revendications à la liberté et à la démocratie" 63 et Messali comme le "(...) plus grand leader algérien qui mérite le respect et l'admiration de tous les travailleurs, symbole vivant de l'inflexible volonté d'émancipation du peuple algérien" 64. Mais au fur et à mesure de l'évolution du conflit et du resserrement des liens entre la IVe Internationale et le FLN, la perception du MNA évolue de façon de plus en plus négative.

A la suite de l'affaire Bellounis. donc, et du refus de Messali et du MNA de désavouer ce dernier (comparé à Mikhaïlovitch, chef de maquis réactionnaires en Yougoslavie pendant la seconde guerre), les critiques, jusqu'alors peu ou pas exprimées, parfois, se font détaillées: de 47 à 54, le MTLD, à composition populaire et prolétarienne, conserva bien un nationalisme intransigeant, mais de plus en plus teinté de panislamisme et de religion; son fonctionnement n'était pas démocratique; son programme présentait des lacunes. La réaction de Messali en 1953 est donc jugé salutaire, bien que trop tardive, mais gâchée par la mise en place d'un simili culte de la personnalité. De même, dans un article de janvier 1958, Jacques Privas, un des dirigeants du PCI section officielle, juge le MNA et Messali "pro-occidentaux et anticommunistes", à droite du FLN; le côté religieux est alors subitement découvert, et critiqué... On voit donc combien l'évolution de l'analyse du conflit algérien conduit presque à un reniement complet du passé de Messali et de son mouvement, relecture toutefois stoppée par le fait qu'ils sont toujours vus comme ayant apporté une pierre essentielle dans la construction du mouvement national algérien.

Dans tous les cas, il semble bien qu'à certains égards, le personnage de Messali Hadj ait été en partie fantasmé, reconstruit par les trotskystes, qui se fixèrent sur les points de rencontre plutôt que sur ceux d'achoppement. Il ne semble pas évident que Messali ait été appréhendé dans sa totalité, en particulier donc pour ce qui est de sa composante religieuse (a priori critiquable par des marxistes révolutionnaires athées). Il est donc probable qu'au moins en partie, les trotskystes, par souci de tordre le bâton dans le sens qui leur était favorable, aient fait leur une vision tronquée de Messali Hadj.



_Comment Messali Hadj et son mouvement percevaient-ils les trotskystes?

De même, la distance que le MTLD pouvait conserver par rapport au marxisme, et au matérialisme en particulier, qui pouvait donc remettre en cause l'islam, dans sa dimension religieuse et culturelle (voir les arguments avancés au moment de la crise berbère de 1949, ou l'exemple que rapporte Daniel Guérin, lorsqu'il évoque la crainte d'un dirigeant du MTLD qu'il ne se serve de Mohamed Harbi pour tenter de "trotskyser" l'organisation 65) peuvent expliquer le fait que les deux organisations aient toujours conservé leur indépendance réciproque, et n'aient finalement jamais défendu le même programme.

Malgré cette méfiance de l'organisation vis-à-vis des trotskystes, Messali, indéniablement, s'est attaché de manière aussi constante aux trotskystes français -qu'il surnommait affectueusement "la Poignée de la Baraka" 66 -parce que pour lui, ils représentaient -avec d'autres- le mouvement ouvrier français, auquel il accordait tant d'importance. N'oublions pas que l'immigration algérienne en France, une des bases militantes les plus conséquentes du PPA-MTLD, était en grande partie ouvrière, comme le public que visait en priorité les trotskystes.

La partielle correspondance entre les revendications que lui-même avançait et celles des trotskystes, en particulier l'indépendance, la constituante et l'expropriation des grands colons, explique aussi la proximité des deux courants. La Vérité faisait d'ailleurs partie des journaux que Messali lisait régulièrement. Un exemple de la confiance que Messali témoignait personnellement aux trotskystes réside dans le fait qu'en 1946, un de leurs militants (Jean-René Chauvin, d'après son propre témoignage) a bien failli devenir son secrétaire.

On pourrait toutefois penser que Messali utilisait ses relations avec les trotskystes comme moyen de faire pression sur un PCF soucieux de conserver son influence et inquiet, et par là d'obtenir le soutien d'une organisation de masse 67. Mais la constance maintenue dans ces rapports prouve qu'il y a bien plus qu'un simple esprit de manoeuvre derrière cette proximité relationnelle. Cependant, la reconnaissance que lui témoignaient les trotskystes vis-à-vis de son rôle de leader nationaliste incomparable n'a pu que le renforcer dans le regard qu'il pouvait porter sur lui-même.

Il est possible également qu'à compter du moment où Messali passa de résidence surveillée en résidence surveillée, toujours en France, et en contact avec l'Algérie uniquement de seconde main, il ait été de plus en plus influencé par les trotskystes du PCI exclu. Autour de l'année 54, et par la suite, la situation de proscrit politique et de marginalité de Messali et du MNA, provoquée en partie par le jeu diplomatique, a pu constituer un élément supplémentaire de rapprochement dans l'adversité.

Cette proximité, qui ne conduisit jamais à une identification concrète, je le rappelle, ne fut d'ailleurs pas sans attirer sur Messali et son mouvement des accusations de trotskysme, lancées la plupart du temps par le PCF (et ce dès l'entre-deux-guerres), les centralistes ou le FLN, ce qui avait :)aussi peu de fondements que les analyses de Pierre Lambert sur un MNA bolchevik.

Conclusion : un révélateur ou un accident
Ce qu'il est intéressant de remarquer, quant on étudie la position des trotskystes par rapport au mouvement de Messali (de même, d'ailleurs, que vis-à-vis du FLN), c'est finalement le renoncement pratique à la construction d'une section algérienne de la lVe Internationale, choix en grande partie motivé par le refus d'apparaître comme des Européens s'immisçant dans les affaires intérieures de peuples colonisés; mais qui tient également beaucoup à des considérations pratiques, à savoir l'évolution du PCI exclu qui en vint à un moment donné à voir dans le MNA -restons prudent- une sorte de parti bolchevik algérien, d'un côté; et celle d'une partie du PCI section officielle de l'autre qui alla jusqu'à soutenir le FLN dans ses années de gouvernement entre 1962 et 1965. Par ailleurs, ce soutien divergent semble témoigner également d'une réelle difficulté, à ce moment pour le mouvement trotskyste de penser le pluralisme politique. Ces attitudes doivent toutefois être replacées dans le contexte plus général de la décolonisation: si l'on met de côté le cas de l'inde, les exemples concrets qui s'offraient à l'analyse des trotskystes étaient ceux de pays où la libération avait, tant bien que mal, été menée par des partis communistes (Vietnam, Chine), et ce de manière exclusive.

Toute la difficulté réside dans le fait de savoir ce qui détermine quoi: est-ce la relation pratique qui s'est nouée entre trotskystes et nationalistes algériens qui a conduit à une évolution du discours théorique, ou bien l'inverse? Pour répondre le plus correctement possible à toutes les hypothèses avancées dans cette brève étude, il conviendrait de prendre en compte non seulement l'ensemble des sources disponibles, mais également de tenir compte du jugement des autres organisations trotskystes sur Messali Hadj et son mouvement. Par ailleurs, ce ne sont là que des éléments d'une histoire plus large, et qui est encore pour sa quasi-totalité en chantier, celle de l'anticolonialisme trotskyste.


Jean-Guillaume LANUQUE

Nancy, le 1/12/1999


 
27: CE circulaire "Justice pour les Indigènes" in Documents adressés par la Direction des Affaires Politiques et Commerciales du Ministère des Affaires Etrangères au Ministre des Colonies, refn0 904, Slotfon III, c. 92.
28: Voir les numéros du 2 mars et du 29 juin 1923. Voir surtout le Travail et leDroit du Peuple.
29: Cf Bordereau n°2150 du 28 mars 1923, série IIL c. 92.
30: Ref n° 995 du 2 7/12/1923.
Cf Lettre du Ministre plénipotentiaire, chargé du consulat de France à Genève au Ministre des Affaires Etrangères, ref n° 98, 12 septembre 1927.
CE Note de la Direction des Affaires Politiques et Commerciales, Sous-Direction Afrique, Ministère des Affaires Etrangères, ref n° 216 du 7 mars 1924.
Cf Activités secrètes du B.I.D.I - voir lettre du Ministre des Colonies au Président du Conseil, ref n° 995 du 27 décembre 1923.
31: Lettre d'A. Sarraut au Ministre des Affaires Etrangères, ref n° 995 du 27/12/1923 - Cette Conférence mériterait des recherches complémentaires.
Quelques indications sont contenues dans les activités secrètes. A.S. de la Ligue pour la Defense des Droits des Peuples (22/12/1923) in S.C.R. 2/11 n° 570.
32: Cf Renseignements sur l'action bolchevique, Service des Affaires Musulmanes, Ministère des Colonies, ref n° 812 et aussi CE J.L. Carlier, la première ENA, in R.A.S.J.E.P. volume lx, n° 4, décembre 1972, pp.926-927 également Rapport sur les activités secrètes de l'LC., août - septembre 1922.
33: Renseignements sur l'action bolcheviste. Rapport du Service des Affaires Musulmanes du Ministère des Colonies. ref n° 812, 14/10/1922.
Renseignements sur l'action bolcheviste ref n° 812.
34: Ancien résident de la Russie des Soviets communistes, Suisse-Allemand.
Dans le rapport sur les activités secrètes de l'I.C. le nom de cet écrivain est orthographié tantôt avec un "i" tantôt avec un "u".
35: La thèse de Staline sur le "socialisme dans un seul pays" ne commence à s'imposer que vers 1930.
36: Cf Mémoires de Messali Hadj, Paris, J.C. Lattes, 1982, p.156.
37: Cf. Benjamin Stora, Messali Hadj (1898-1974), Paris, Le Sycomore, 1982.
38: Cf Les mémoires de Messali Hadj, cit. p.157.
Ibidem, p. 157
42: Voir, parmi les "thèses supplémentaires sur les questions nationale et coloniale" du lie congrès de I'IC, la thèse n08, ainsi que, parmi les "thèses générales sur la question d'Orient" du lVe congrès, la thèse VI, "Le front anti-impérialiste unique", in Manifestes, thèses et résolutions des quatre premiers congrès mondiaux de llnternationale Communiste, 1919-1923, La Brèche-Selio, 1984, pp. 60 et 177.
43: Cf Benjamin Stora, Nationalistes algériens et révolutionnaires français au temps du front populaire, L'Harmattan, 1987. Nous ne pouvons toutefois pas suivre l'auteur lorsqu'il estime que c'est par cause de leur isolement respectif que 'ENA et les trotskystes se sont trouvés; si cette situation a effectivement eu un rôle déclencheur, la pérennité de leurs relations a sans aucun doute des raisons plus profondes.
44: Ainsi, Messali Hadj, présent en France, est interviewé par Marcel Beaufrère dans La vérité n° 136 d'août 1946.
45: Voir, entre autre, Jacques Simon, Messali Hadj (1898-1974) - La passion de l'Algéne libre, Tirésias, 1998, pp. 142 à 144.
46: Voir La Vérité des Travailleurs, n025, novembre 1954, article de Robert Leblond "Halte à ta guerre colonialiste !".
47: Voir, par exemple, la contribution de Benjamin Stora, "La gauche et les minorités anticolonialistes françaises devant les divisions du nationalisme algérien (1954-1958)", in Jean-Pierre Rioux (sdd), La guerre d'Algérie et les Français, Fayard, 1990.
48: In La Vérité des Travailleurs, n°37, janvier 1956, article "Les trotskystes dans la révolution algérienne". Une étude détaillée des bulletins intérieurs permettrait d'en savoir plus sur cette évolution.
In La vérité des Travailleurs, n°70, octobre 1957, article "Les marxistes révolutionnaires et les organisations algériennes".
50: Cf Jacques Ramboz, L'internationalisme de l'Union Communiste (Trotskyste),
1940-1949, Quademi del Centro Studi Pietro Tresso-réimpression GET, p. 7. Voir également La Lutte de Classes et La voix des Travailleurs-tome II: septembre 1945-mai 1947, La Brèche, 1996, p. 24 (article "Bilan d'une "pacification").
51: Voir, à titre d'exemple, La Vérité, n°341-10/1954; n°403-13/4/1956;
52: Voir, par exemple, l'interview de Messali Hadj par M. Beau frère dans La Vérité n~136, 16/8/1946, où il écrit entre autre qu'il y a u(..) tant d'humanité dans le regard de cet homme (..) tant de simplicité et de calme dans cette voix(. . .)", sans toujours éviter certains clichés, comme lorsqu'il évoque "(...) ce calme majestueux qui Caractérise les Arabes (..)".
53: In La Vérité, fl0343, novembre 1954.
54: Voir, à titre d'illustration partielle, La Vérité n°1 45-18/10/1946; n°1 81-1/8/1947; n°217-16/4/1948; n°316-12 au 25 juin 1953.
55: In Quatrième Internationale, n°2-4, 2-4/1952, article de Mathias Corvin "Les mouvements de libération nationale
en Afrique du Nord", p. 36; et idem, n°9-12, décembre 1954, éditorial, p. 12.
56: La formule est de Stéphane Just, alias Roger Ducros, dans La Vérité, n°426, 12/10/1956.
57: La Vérité, n0165 et 168, 4/4/1947 et 25/4/1947, et Quatrième Internationale, n°5-7, 5-7/1950. Le programme de 1953 du MTLD fut d'ailleurs à la fois salué et critiqué sur certains points ou
certaines absences par les deux PCI.
58: In La Vérité n°385, 16/12/1955.
59: Cette analyse fut d'ailleurs "complétée", quelques mois plus tard, par une comparaison des révolutionnaires algériens avec l'Armée rouge du début de la Révolution, et les mineurs des Asturies. Il est d'ailleurs bien précisé que nationale dans la forme, la Révolution algérienne est prolétarienne dans ses objectifs. L'existence d'une telle situation crée-t-elle donc la conscience bolchevique ? Voir La Vérité, n'401, 6/4/1956.
60: Son analyse était probablement critiquée par un certain -grand ?- nombre de militants ou de dirigeants, comme le cas de Raoul, évoqué par Pierre Broué dans les Cahiers Léon Trotsky n°56, juillet 1995, semble l'indiquer, mais ces probables réticences ne furent pas rendues publiques.
61: Terme utilisé dès 1951, par ailleurs, dans La Vérité n°275, 7 au 11 juin 1951.
62: Idée avancée pour la première fois dans les Cahiers Rouges, n°1, juin juillet 1955, article de Pierre Lambert "Problème de l'indépendance nationale en Afrique du Nord", p. 23 en particulier. Jacques Jurquet, dans son livre Années de feu - Algérie, 1954-1956, L'Harmattan, 1997, p. 78, ne semble pas avoir eu connaissance de cette analyse qui tranche avec les analyses marxistes classiques.
63: In La Vérité des Travailleurs, n026, décembre 1954, encart "Salut à "L'Action Algérienne".
64: Idem, n°31, juin 1955, article "Les travailleurs de France et leurs organisations doivent soutenir sans réserve leurs frères algériens".
65: Voir Daniel Guérin, Quand l'Algérie s'insurgeait (1954-1962), La Pensée Sauvage, 1979, p. 34
66: Cf Messali Hadj, Les mémoires de Messali Hadj (1898-1938), JO Lattés, 1982, p. 259.
67: C'est ce que Claude Bernard, alias Raoul, écrivait dans une lettre d'août 1946; voir les Cahiers Léon Trotsky n056, juillet 1995, p. 74.



SOURCE:
Les Cahiers du Centre Fédéral Henri Aigueperse - Le Retour de l'Histoire: Messali Hadj (1898-1974),
UNSA Education, 2000

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Published by Jean-Guillaume Lanuque - dans Algérie Histoire
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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 12:24

Diffusé dimanche soir sur France 2, le film-documentaire «Guerre d'Algérie, la déchirure» a réuni près de trois millions et demi de téléspectateurs en France (*). Un chiffre modeste au regard d'autres audiences mais qui démontre tout de même qu'il existe une demande du savoir et du mieux comprendre en ce qui concerne la période coloniale et la guerre d'indépendance algérienne. Il faut dire, et je l'ai déjà relevé dans une chronique précédente, que le passé algérien de la France est actuellement à la une de l'actualité culturelle hexagonale. Il suffit de se rendre dans une librairie pour s'en rendre compte. La production livresque que l'on y découvre donne le tournis et l'on ne sait quoi acheter ni quoi lire.

Le film a aussi été très suivi en Algérie et au Maghreb. Peut-être même plus qu'en France mais en l'absence de statistiques, il est difficile de se faire une idée précise de son audience exacte. Une chose est sûre. A lire la presse et à parcourir la blogosphère et les réseaux sociaux, on peut dire que l'accueil a été plus que mitigé. Certes, quelques Algériens y ont vu une volonté manifeste d'équilibre et d'objectivité du document. D'autres, plus nombreux, ont tout de même accusé France 2 de parti pris pro-Algérie française, voire de révisionnisme pro-colonial. Il faut dire qu'il est difficile de contenter deux parties toujours tentées par la crispation et la revendication de son bon droit. C'est ce qu'a d'ailleurs montré le débat - à la qualité inégale - qui a suivi la projection même si on peut aussi saluer le fait qu'il a été courtois pour ne pas dire cordial.

Pour ma part, et au-delà de la grande attention avec laquelle j'ai regardé ce film, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que là aussi, comme dans tant d'autres productions audiovisuelles, le FLN et le mouvement nationaliste en étaient les grands absents. Que l'on me comprenne bien. Il ne s'agit pas d'une critique. «Guerre d'Algérie, la déchirure» n'avait pas vocation à raconter toute la guerre, entreprise impossible même lorsqu'on dispose de 180 minutes de temps. Réalisé en France pour un public et des diffuseurs français, on ne peut exiger qu'il réponde à une attente strictement algérienne et qu'il comble une frustration qui, pour moi, est grandissante.

Bien sûr, il faut relever le fait que nous avons eu droit à des archives inédites comme ces images de Krim Belkacem au milieu des djounoud ou, plus important encore, celles de Messali Hadj dont je dois avouer que c'est la première fois que j'entends la voix (!). Mais il n'empêche. Il reste encore des questions, des attentes, des envies d'éclaircissements qui concernent la geste révolutionnaire algérienne. Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'importance de l'aspect franco-français de la Guerre d'Algérie. L'agonie de la Quatrième République, l'avènement de la Cinquième. Le retour ourdi – comme un complot car le général a bel et bien manœuvré dans l'ombre – de Charles de Gaulle, la montée en puissance de l'OAS, ses réseaux et ses complicités, les déchirements de la droite française, la mauvaise conscience de la gauche (ah, le rôle si longtemps occulté de Mitterrand…), tout cela est fondamental et doit interpeller les jeunes générations en France.

Mais nous autres Algériens, il nous reste tant de questions sans réponses. Et nous attendons encore les documentaires, les films, les enquêtes et les livres qui nous en donneront quelques-unes. Comment vivait-on dans les maquis ? Comment y montait-on ? Comment étaient organisés les réseaux de soutien ? Comment les armes arrivaient-elles ? Comment, tout simplement, a été préparée l'insurrection du 1er novembre 1954 ? Surtout, comment a été organisée celle du 20 août 1955 dont on comprend bien qu'elle a été vitale pour la suite des événements ? On aimerait entendre des témoignages, lire des analyses, prendre conscience des enjeux, des rivalités et des divisions car il est temps de sortir de l'image manichéenne imposée par plusieurs décennies d'histoire officielle. Quelles étaient les relations entre les wilayas et l'extérieur ? Quelles furent les raisons des combats fratricides ? Est-il vrai que des maquis non-FLN se battaient eux aussi contre l'armée française ? Il y a tant de choses à raconter, à éclaircir et à découvrir. Que se passait-il au Caire ? Pourquoi le GPRA s'est-il installé en Tunisie et dans quelles conditions ? A quel moment le clan d'Oujda a-t-il commencé à tirer les ficelles ? Autre question: comment le FLN a-t-il négocié avec l'OAS en juin 1962 ? Que s'est-il vraiment passé à Oran après l'indépendance ? Que s'est-il passé pour les harkis ? Comment les responsables du FLN, ceux qui vivent encore aujourd'hui, ont-ils vécu ces événements ? Que s'est-il passé durant ce fameux Congrès de Tripoli où est morte l'idée d'une Algérie pluraliste ? Que s'est-il vraiment passé durant l'été 1962 ?

Bien sûr, il y a des livres, des thèses, des articles. Mais tout cela n'est pas suffisant. Il faut des images, des voix, des récits et des histoires à hauteur d'homme. Journalistes, écrivains, artistes, cinéastes, éditeurs, nous sommes tous responsables de ce vide béant qui nous fait découvrir notre histoire par une production venue d'ailleurs. Voir et entendre dire sa propre histoire par d'autres est chose dramatique. Certes, cela permet d'en apprendre plus, de se colleter avec les tabous, les non-dits. Mais c'est aussi frustrant et humiliant. Cela démontre qu'en cinq décennies d'indépendance, les Algériens ont encore du mal à capturer leur propre mémoire et à la transmettre aux générations futures. C'est l'un des enseignements de cette année du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Du non-anniversaire de l'indépendance, devrais-je écrire. Il est temps que les Algériens racontent leur propre histoire. Pour cela, il faudrait peut-être que leur pays renoue avec les idéaux de l'indépendance mais ceci est déjà une autre affaire...

(*) Documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora.

 

"Le Quotidien d'Oran", 15 mars 2012

 

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5165636

 

 

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Published by Akram Belkaïd - dans Algérie Histoire
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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 23:04

http://www.elmihwar.com/?p=2241

يوم 21 فبراير، 2012

mohamed bellounis1 300x271 لأول مرة...زوجة محمد بلونيس تتحدث للمحورلا زالت رغم مرور خمسين سنة على استقلال الجزائر بعض الأحداث المرتبطة بالثورة تشكل طابوهات تاريخية لا يُسمح النقاش حولها، لأنه تعد على خطوط حمراء سطرها المؤسسون الأوائل لجبهة التحرير الوطني، في مرحلة تاريخية معينة تميزت بالحذر السياسي لأن الدولة كانت تحت طائلة الاستعمار و قد يكون لهذه الأحداث تأثيرها السلبي على الكفاح الشعبي. لكن اليوم و بعد مرور كل هذا الوقت من حق كل الجزائريين أن تُفتح ملفات تاريخهم أمام أعينهم و أن يكونوا جزءا من هذه النقاشات. أحد أكبر كواليس الثورة إثارة للجدل حادثة ملوزة التي تضل تفاصيلها مجهولة لغاية اليوم. المحور كانت لها هذه الشهادة لشخص عايش الحادثة و ألم بتفاصيلها و تفاصيل تاريخية أخرى زوجة الجنرال محمد بلونيس.

  • ضل يقول ليس لدي أي حجة لأترك الحركة و ألتحق بالجبهة
  • الحركة كان لها أتباع يعملون عند فرنسا خدمة لها
  • طلب بلونيس أن تمنحه فرنسا السلاح و فعلا منحته ذلك
  • نشأت في أسرة متشبعة بمبادئ الحركة الوطنية هل تلمستي الوطنية في شخصية بلونيس لما ارتبطت به؟

في الواقع كنت آنذاك أتعلم و أُعلِّم تحت إشراف جمعية العلماء المسلمين، تخرجت من المدرسة الحرة في السادسة عشر كمعلمة.و مع هذا كنا نعمل لفائدة الحركة الوطنية ننشط المحاضرات و الحفلات، ليس عملا منضما لكن كنا نقوم بتوعية الناس و جمع الأموال للحركة. بالبداية لم أقبل بالتعليم لصغر سني، لكن المفتي الجزائري محمد العاصمي هو من منحني شهادته لأعلم و قد علمت حتى 1947. أقمنا حفلة نهاية السنة في جوان أين كان محمد بلونيس حاضرا، و كان على علم بالدور الذي كنا نلعبه لصالح الحركة الوطنية، تزوجنا في أوائل شهر أوت 1947. الشهادة لله و ليست للإنسان فإن بلونيس كان إنسانا مخلصا و وطنيا بكل ما للكلمة من معنى، أولا هو فلاح قضى فترة من الخدمة الإجبارية عند الألمان من 1941 إلى 1942، ثم فر باتجاه مرسيليا أين أرسلته فرنسا إلى الجزائر. أدى الخدمة الوطنية من 1943 إلى 1945، اندمج مباشرة في الحركة بعدما كان مشارك فقط، و كان المسؤول عن كامل منطقة القبائل. في 1946 ضيف مصالي و جماعته مدة عشرة أيام كانوا يقيمون اجتماعات و محاضرات لإقناع الناس بالمطالبة بالإستقلال. دخل الحبس في ماي 1945 بقي مدة ستة أشهر لما حلت فترة قتل القياد، و اتهم بقتل القايد الطيب ببرج منايل المقتول على يد المجاهد المعروف الوناس زياني الذي صعد إلى الجبل إثر هذه العملية.

  • ألم يفكر بلونيس إلى غاية هنا في تأسيس جيشه؟

لا الحركة انقسمت في 1943 و بدأ التمييز بين العرب و القبائل ثم تأسست المنضمة السرية، و كان هناك مناضل اسمه عسلة حسين هو من خلق فكرة الانقسام و الخطاب العنصري الذي زرعتها فرنسا تحت سياسة فرق تسد.

  • ربما ليست فرنسا وحدها من زرع الانقسام لأن كل منطقة القبائل كانت موالية لمصالي؟

الجزائر بأسرها كانت تتبع الحركة الوطنية التي يترأسها مصالي الحاج لأن الناس كانوا متعطشين للحرية، فلما قال مصالي كلمة الحق و أنه لابد من النضال حتى الحصول على الحرية، الكل قال نعم لمصالي. الحركة كانت تضم علماء و مثقفين فبدأت الأفكار السياسية و الأحزاب التي تأسست فيما بعد بالظهور من صلب الحركة الوطنية، لكن ظهر معها الانقسام بين الحركة الوطنية و مؤسسي الجبهة الوطنية، و من لم يتخلى عن المبدأ أصبح خائنا و للأسف الشعب غير واع.

  • هل كان لانقسام الحركة تأثيرعلى بلونيس أو على مبادئه؟

كان محايدا في هذه الفترة بعد خروجه من السجن في 13 فيفري 1952، و أول شيء قام به بعد مغادرة السجن كان زيارة مصالي ببيته في ببوزريعة.

  • ألم يطلب منه مصالي العودة لصفوف الحركة؟

لا أضن لأنها زيارة مجاملة و صداقة فقط. لكن تم استدعائه لما عقد مؤتمر بلجيكا في 1953 ورفض الحضور.

  • و لماذا رفض؟

لأنه كان لا يزال على فكرة الحياد.

  • ما الذي جعله فيما بعد يتخلى عن حياده؟

لما اندلعت الثورة لم يكن عنده أي شنآن مع الجبهيين بالعكس كانوا أصدقاء مقربين منه كبوضياف كريم بلقاسم.

  • هل كان على علم بالثورة قبل اندلاعها؟

لم يكن له علم أو كان يعلم و لم يخبرني …الله أعلم، لما اندلعت الثورة جاء الوناس العمروني اعمر خطاب كانا تحت إشراف بلونيس ثلاثة أيام بعد الفاتح نوفمبر 1954 و طلبوا منه الالتحاق بالجبهة. لا يمكنني إخبارك برده لأني لا أعلمه، بعدها في جانفيي 1955 فرنسا نفته من برج منايل مع كل من أحمد عكروم محمد بوديس و بوعلام غانم المدعو محمود.

  • لماذا قامت بنفيهم؟

لأنهم أناس معروفون بوطنيتهم.

  • لكن الثلاثة الاخرون كانوا في الجبهة ماعدا بلونيس؟

أجل لكن بلونيس الوحيد من بينهم الذي كان معروفا بوطنيته. لما نفتهم محمد بوديس و أحمد عكروم تركوا الوطن باتجاه فرنسا، أما بوعلام محمود و محمد بلونيس التحقوا بالجبل الأول مع الجبهة و الثاني مع الحركة. أسبوعان من بعد رجع إليه الثلاثة نفسهم مع سي الحسين مقري، و أذكر جيدا أنه منحهم مبلغ 000 2 دينارا هدية للجيش. لكنه ضل يقول ليس لدي أي حجة لأترك الحركة و ألتحق بالجبهة فكلنا نعمل لصالح الوطن، و للعلم كان أول بيت ببرج منايل قام الاستعمار بتخريبه غداة اندلاع الثورة هو بيتنا، لكن بلونيس لم يهرب و لم نترك برج منايل حتى ماي 1955. لما التقى الوناس العمروني و قرر البقاء مع الحركة، و كان سعيد ميلزي مسؤولا في الحركة بالجبل لكنه لم يكن عليما بشؤون الجبل لأنه من الجزائر العاصمة، فتم اختيار بلونيس قائدا لتكوين الجيش بالبويرة.

  • هل اختاره مصالي لذلك؟

لا يمكنني الجزم أن مصالي هو من قرر ذلك لأنه كان في السجن.

من كان يمول الجيش؟

الشعب فالحركة وقتها كانت ضعيفة.

  • يقال أن الأسلحة التي كان يستخدمها جيش بلونيس فرنسية الصنع فيما أسلحة جيش الجبهة ألمانية أو روسية الصنع

كيف؟

  • هل فرنسا كانت تمد بلونيس بالسلاح؟

غير صحيح الشعب هو الوحيد الذي كان يمول الجيش، ثم في 1945 و قبل أن يكون هناك أي حديث عن الثورة كان بلونيس يملك ذخيرة من السلاح ببيته ببرج منايل، مازال المكان الذي خبأت فيه شاهدا ليومنا هذا.

  • من أين كانت له هذه الذخيرة؟

مصدرها الشعب و فرنسا لأن الحركة كان لها أتباع يعملون عند فرنسا خدمة للحركة، و قد سرقوا الأسلحة الفرنسية و قاموا بإخفائها.

  • أيعني هذا أن بلونيس كان واعيا بضرورة النضال المسلح قبل تأسيس الجبهة؟

حينها كان بوده تكوين الجيش و قد غذّت الفكرة مظاهرات 08 ماي 1945 لما قابلت فرنسا الشعب الأعزل بالسلاح، حينها بدأت الحركة بإعطاء الأوامر بجمع السلاح.

  • هل التحقتي ببلونيس بالبويرة بعدما أسس الجيش؟

لا كنت أزوره فقط لإيصال رسائل من أعضاء و مسؤولي الحركة الآخرين.

  • هل قام جيش بلونيس بعمليات ضد الإستعمار؟

أول معركة كانت في جانفيي1955 في منطقة جرجرة أسقط فيها طائرة حربية و أصيب هو فيها.

bellounis لأول مرة...زوجة محمد بلونيس تتحدث للمحور

  • هل كانت الجبهة تنسب إلى جيشها العمليات التي يقوم بها جيش بلونيس؟

فيما بعد لما ظهر الخلاف بين الجبهة و الحركة الجبهة تبنت هذه السياسة عندما تقع عمليات، لأن الجبهة كانت على اتصال بإذاعة صوت العرب بالقاهرة.أذكر لما كنت بديار الشيوخ بالمويلح الجلفة تحديدا سنة 1957 أن أربعين جنديا تلاقوا مع الجيش الفرنسي، أسقطوا فيها ستة عشر جنديا فرنسيا، و يومها أعلنت صوت العرب أن جيش جبهة التحرير الوطني قتل ثلاثين جنديا فرنسيا.

  • قبل ظهور هذه الخلافات هل كان جيش الحركة و جيش الجبهة يتعاونان فيما بينهما؟

لا أضن مرتين أو ثلاثة دعوا بعضهم للاتفاق، و خُدِع بلونيس مرتين من طرف الجبهة في 1956 بالبويرة، و مرة اقترحوا تبادل عشرة أفراد من كلا الجيشين فيما بينهما حتى يتم التصالح، لكن العشرة الذين التحقوا بالجبهة من الحركة ذبحوا على يد هذه الأخيرة بينما الجبهيين الملتحقين بجيش الحركة لم تتم تصفيتهم رغم علم بلونيس بمقتل جنوده على يد الجبهة. أذكر أنه قال يومها إذا كنتم تعملون من أجل وطنكم بغض النضر عن كل هذه الأشياء…فلن يمسكم شيء و إذا كان غرضكم الخديعة فقد ظلمتم أنفسكم. و هناك من بقي منهم وفيا لجيش بلونيس و هناك من عاد إلى جيش الجبهة دون أن يمسه بسوء. بالعكس لما لم تنجح هذه اللعبة في استفزاز بلونيس لقتل جنود الجبهة وشوا به لفرنسا مثلما حدث مرة بين ذراع الميزان و مشتراس.

  • الجبهة كانت تشي ببلونيس لفرنسا؟

أجل ، لا أقول الجبهة تحديدا و لكن أناس من الجبهة و يعملون باسمها، ثم إن الجبهة دخلت منطقة القبائل باسم بلونيس، أينما كانوا يذهبون يقولون نحن مبعوثون من قبل سي محمد، و الأهالي كانوا يصدقون أنهم فعلا أنهم يعملون تحت راية بلونيس فيما هم جبهيين.

  • هل أسس بلونيس جيشا مناوئا لجيش جبهة التحرير؟

لا لم يؤسس أي حزب.

  • لا ليس حزبا و إنما جيشا لمحاربة جيش جبهة التحرير

لا أبدا أبدا أبدا أسس جيشا محاربا و مناوئا و مضادا للاستعمار الفرنسي.

  • هناك من يقول أن مصالي تبرأ من بلونيس لاحقا

مصالي الحاج كان مخدوعا، الحقيقة أنه بعد حادثة ملوزة فرنسا طلبت من بلونيس إيقاف الحرب بينهما فقبل بشرط الاعتراف بالشخصية الجزائرية، و كان شرط فرنسا أن لا يأخذ الجيش تموينا بالسلاح من الشعب، فطلب بلونيس أن تمنحه فرنسا السلاح إذن، و فعلا منحته السلاح. و جمع كل الجيش طالبا أن لا تمس رصاصة واحدة جزائريا مهما حدث إلا إذا كان يعمل مع الاستعمار، لكن الجبهة لم تكن كذلك خاصة أنها كانت تضم بعض الحاقدين.

  • لماذا تمنح فرنسا سلاحا لشخص يحاربها، هل كان هدفها دفع جيشين جزائريان لمحاربة بعضهما؟

هل يعتقد عاقل أن فرنسا كانت تعمل لفائدة بلونيس أو الجبهة، و هل تعتقدين أن فرنسا أحبت بلونيس لله لو لم يكن لها هدف إما تكسبه أو تحطمه، لكنها لم تتمكن من كسبه لأنه كان له موقف منها.

  • ربما أخطأ لما قبل السلاح من فرنسا؟

لقد كان في حرب و لم يعقد أبدا السلم مع فرنسا لذا قبل بالسلاح، و كان يأمر جنوده دائما بقتل الجنود الفرنسيين.

  • أكان يقوم بعمليات تستهدف جيش جبهة التحرير؟

لا إلا من اعتدى عليه مرتين قاد اعمر الإدريسي حملة اعتداء عليه في منطقة قعيقع و في دار الشيوخ.

  • برأيك لماذا كانت الجبهة تحارب جيش بلونيس؟

حتى تبقى الجبهة وحدها و يقال إنها هي من حاربت دون سواها، ربما هي الفكرة الإشتراكية التي زرعتها مصر جمال عبد الناصر.

  • بعد كل هذا الإنقسام هل ضل كريم بلقاسم صديقا لبلونيس؟

قبل الاستعمار قضى بلقاسم فترة طويلة مختبئا ببيت بلونيس لما فر من بيته هو و العقيد اعمر أوعمران، علي أوعلي، و عمر أوصديق لكن بعدها وقع بينهم الانقطاع.

  • لكن مع هذا منح بلونيس مبلغا ماليا للجبهة

أجل كانوا يعملون باسم الجبهة و طلبوا من بلونيس مساعدتهم لأن الجيش أفلس و لم يكن قادرا على الاستمرار حينها.

  • لماذا تركتم فيما بعد منطقة القبائل و اتجهتم نحو الجلفة و المسيلة و بوسعادة؟

بالبداية بقيننا نحن لكن لما تعقدت الأمور تبعته إلى سور الغزلان، المحزم، حاسي بحبح، المسيلة، بوسعادة و أخيرا الجلفة.

  • يقول بعض المؤرخون أن فرنسا لما اكتشفت البترول بالصحراء الجزائرية فوضعت بلونيس حاجزا لمنع وصول الجبهة إليها؟

فرنسا وقتها و تحديدا في 1947عرضت على بلونيس منحه الصحراء الجزائرية، فرفض أن يأخذ قطعة أرض من الجزائر مقابل بيع الجزائريين لفرنسا لأنه كان مقتنعا بفكرة تحرير الجزائر من أقصاها إلى أقصاها. و هو أول من وضع هذه الشروط و اقترح الانتخاب بعد الحصول على الاستقلال، كان يقول أنه بعد نهاية الحرب سيضع سلاحه و إذا اختار الشعب أن يحكمه راع من الرعاة فله كامل حرية الاختيار. في 1948 أعادت فرنسا اقتراحها بأن تمنحه ثروة و إقامة في أي دولة يرغب فيها مقابل تركه الجزائر لكنه رفض.

  • هذا يعني أن بلونيس وضع نفس شروط مفاوضات إيفيان سنوات من قبل؟

نعم اتهموا بلونيس بالخيانة لأنه قبل التفاوض مع فرنسا لكنهم فاوضوها و بنفس الشروط من بعد و لا أحد اتهمهم بالخيانة. و مع هذا فإن المؤرخين الفرنسيين لا يعتبرونه كذلك، بل وصفوه بالفلاح الذي تلاعب بفرنسا كيفما شاء دون أن تدرك ذلك أو تتمكن من هزمه.

  • لا يُذكر بلونيس إلا و ذكِرت ملوزة و العكس ماذا حدث ليلة

أقمت حوالي شهر بقصبة مشتة ثم غادرت إلى البرادة ببوسعادة حوالي 1956، و قد عقد بلونيس وقتها اتفاقا مع شخص يعمل بالإدارة الفرنسية ليجلب له السلاح فأوصله لمرتزق إيطالي يمكنه أن يبيعه السلاح، و اتفقوا آنذاك على شراء ما قيمته ثمانية عشر مليون سنتيم أي أن العملية كبيرة. حددوا الموعد و كان ليلة حادثة ملوزة ببني يلمان كان ليلتها بلونيس مجتمعا مع أربعة من رجاله في بيت أحد شيوخ بني يلمان، أين استنجد بهم أحد الفارين و أخبرهم أن جيش الجبهة جمع كل السكان مدعيا أن بلونيس طلبهم للاجتماع داخل الغار الموجود بجبل خراط، و كان يومها مثلما أذكر شيخ في الخامسة و الثمانين و طفل في الثالثة عشر من بين القتلى. إذن جمعوا كل الأهالي و ذبحوا 335 رجلا بالمناجلن بالبداية بلونيس لم يصدق الأمر فبعث عبد القادر الوهراني و سي محفوظ للتأكد من الخبر فرجعوا و أخبروه أن الدم شق الجبل. ذهب بلونيس بنفسه و أمر بدفن الضحايا، من هنا قبل بلونيس التفاوض مع فرنسا لكن كما أخبرتك سابقا بشرط الاستقلال التام للجزائر، فحادثة ملوزة التي راح ضحاياها موطنون أبرياء على يد جبهة التحرير الوطني لم تغير من موقف زوجي اتجاه الاستعمار.

  • هناك مقطع فيديو يظهر بلونيس مع جنوده و هم يرفعون الراية الفرنسية

هذا حدث في ديار الشيوخ و التقطت من طرف مصوري مجلة الماتش الفرنسية، على ما أذكر كان الجنود يرفعون الراية الجزائرية فطلب الجنود الفرنسيون رفع العلم الفرنسي إلى جانب الجزائري. المصورون التقطوا قصدا العلم الفرنسي و جنود بلونيس و لم يلتقطوا العلم الجزائري، فالحادثة كانت عمدا من فرنسا و غلطة من بلونيس.

  • لكن كيف قبلوا برفع العلمين جنبا لجنب؟

كان قصد الجنود أن العلم الجزائري سيرفع فوق العلم الفرنسي أي أن الجزائر ستنتصر على فرنسا.

  • لماذا يتهم بلونيس بالخيانة إذا قدم كل هذه التضحيات للوطن؟

لأنه لم يخضع أو لم ينضم للجبهة، و ليس الوحيد المتهم بالخيانة لكن الفرق بينه و بين الآخرين أنه كان يملك سلاحا و جيشا حارب به فرنسا و لم يحاربهم، على العكس هم من كانوا يقتلون مناضلين من الحركة الوطنية. أذكر مرة أرسل بلونيس مبعوثا للجبهة فقاموا بذبحه فمن الحاقد إذن؟

  • لو التحق بلونيس بالجبهة ماذا كان ليحدث؟

لو التحق بالجبهة لوضع بلونيس فوق الرؤوس، نحن نتكلم عن الجبهة كحزب لكن الشخصيات في الجبهة تختلف أنا لما رجعت للعاصمة في 1958 و كنت حاملا حينها، من قام بحمايتي من الجبهة هو كبير الجبهيين محمد بالهوان لأنه يعلم حقيقتنا و حقيقة بلونيس.

  • هل صحيح أن بلونيس قتل على يد حارسه الخاص؟

الله أعلم ليلة مقتله اجتمع بجنوده في منطقة أولاد عامر و بعدها بيوم وجدوا أن حارسا من الحراس مفقود لذا هناك شكوك أنه هو من قتله، ما أعرفه أن زوجي قاتل حتى اللحظة الأخيرة فقد أحضروا لي الذخيرة التي أطلقها بسلاحه. ليلة مقتله كان قد أمر أحد ضباطه أن يأخذ أربعمائة جندي للهجوم على ثكنة سيدي عيسى لكن بعد سماع خبر وفاته أوقفوا العملية.

  • بعد رد الاعتبار لمصالي هل تنتظرون أن يتم ذلك مع بلونيس؟

كنت حاضرة في ملتقى تلمسان حول مصالي الحاج، أين تحدثوا عن مصالي من 1936 إلى 1954 و قد ألغي تاريخ مصالي بعد هذا التاريخ نضرا للحساسية التي مازال يشكلها الموضوع لا أدري لماذا. هناك إدعاء أن بلونيس خرج عن طاعة مصالي و باع نفسه لفرنسا كلام من هذا القبيل و كل هذا ترهات، مصالي كان مخدوعا من طرف بعض رجال حزبه كانوا يخفون عليه أشياء كثيرة. و الحركة في نفسها كانت تضم مخادعين لمصالي، لقد زرته بعد الاستقلال و أخبرني أن هذا الكلام لا معنى له.

  • يعني أن ثقته لم تتزعزع ببلونيس؟

أجل لأنه منذ عرفه عرفه واضحا و لا يملك ما يخفيه، مصالي بعد الاستقلال هو من ساعدني على مغادرة فرنسا باتجاه بلجيكا خوفا علينا من الأوضاع التي كانت تعيشها أسر المناضلين بفرنسا وقتها.

  • ألا ترين أن جزائر الاستقلال ظلمت تاريخ بلونيس؟

برأيي ظلمته لأنه كان متسامحا مع الجبهيين رغم أنهم قتلوا مناضلي الحركة الوطنية، كل هذا لأنه يملك جيشا باسم الحركة ولم يغير موقفه. سي الحواس عشرة أيام قبل التحاقه بالجبهة كان يقول لو شققتم قلبي لوجدتم مصالي فيه، أعمر إدريس أيضا. لكن بلونيس كان ديمقراطيا ماذا لو عمل لصالح الوطن و ضل وفيا لحزبه، ثم إن جبهة التحرير الوطني ليست من المقدسات حتى يقصى كل من لم ينتمي إليها و الجبهة ليست كل الشعب الجزائري. لكن كنا في فترة الحزب الواحد الذي لا يفهم معنى الديمقراطية أتعلمين أن مصطفى بن محمد رئيس المجلس الشعبي الوطني في فترة من الفترات لا أذكرها كان يعمل مع بلونيس حتى وفاته. لكن المهم أننا نلنا استقلالنا بلونيس كان يتمنى أن يستشهد قبل الاستقلال لأنه لم يكن له أي غرض أو منفعة حزبية. لكن ما نتمناه نحن اليوم هو رد الاعتبار ليس فقط لبلونيس بل لمئات الأشخاص الذين عملوا لمصلحة هذا البلد، صحيح أن في مؤتمر تلمسان كان الخطاب الرسمي حول مصالي الحاج لكن الكواليس حول محمد بلونيس فلولاه لماتت الحركة في 1955. و على عكس الحركة التي كان يقودها جزائريون فإن الجبهة كانت تسير من الخارج.

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Published by عبروش أمينة - dans Algérie Histoire
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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:16

En défense de Mohamed Harbi :

Itinéraire d’un mythomane nommé Adolphe Jacques Simon

 

Je viens de prendre connaissance, avec stupéfaction, des graves accusations lancées par Adolphe Jacques Simon contre l’historien Mohammed Harbi, l’accusant d’avoir organisé une campagne en 1957 visant à la « liquidation des responsables messalistes de l’USTA ». Comme d’habitude, à travers internet, Adolphe Jacques Simon lance sans la moindre preuve des accusations d’une extrême gravité en se fondant sur des rumeurs qui se transforment vite en calomnies, purement et simplement. Je voudrais à cette occasion revenir sur l’itinéraire de Adolphe Jacques Simon, personnage que j’ai bien connu lorsque j’ai milité dans les rangs des organisations trotskistes dans les années 1970/1980, ou dans les milieux de l’immigration algérienne plus récemment.
Contrairement à ce qu’il dit, Adolphe Jacques Simon n’a jamais été membre de la direction du MNA ou de l’USTA (le syndicat des partisans de Messali) pendant la guerre d’Algérie. Les nombreuses mises au point et demandes de rectifications de la fille de Messali Hadj à ce propos n’empêchent donc pas A. J. Simon de poursuivre inlassablement son travail de réécriture de sa propre histoire.
Adolphe Jacques Simon n’a jamais été membre de la direction de l’organisation trotskiste à laquelle il appartenait (par exemple membre du « comité central »), et n’a donc jamais reçu « mandat » pour être le responsable des trotskistes algériens. Mais il continue de se proclamer grand acteur de cette histoire, en dépit des nombreuses demandes de retrait de ce qualificatif par
l’ensemble des militants algériensde cette période (j’ai moi-même, en vain, demandé depuis plusieurs années que ces titres de responsabilités ne soient plus mentionnés dans sa biographie et les nombreux articles qu’il publie dans diverses revues sur cette question).
Exclu de l’organisation trotskiste en 1984, A. J. Simon a continué d’appartenir à différents groupes d’extrême-gauche, puis il s’est rapproché du Front des Forces Socialistes. Il a été exclu de cette organisation en 1988 pour avoir proféré de graves accusations, sans preuve, d’antisémitisme contre un dirigeant de cette organisation. Il n’a donc, contrairement à ce qu’il prétend, jamais dirigé le journal du FFS,
« L’Algérie libre », se contentant d’écrire quelques articles. Adolphe Simon, après sa retraite d’instituteur, se lance dans l’écriture d’une thèse consacrée à la vie de Messali. Il obtient la plus basse note possible (« passable ») au moment de la soutenance de cette thèse. Il n’arrive pas à obtenir l’accord de la direction de FEN pour développer un travail sur l’Algérie et se trouve écarté de cette organisation. Il se lance alors dans la construction d’un « centre de recherches sur l’Algérie ». Pourtant, je peux assurer que Simon ne parle pas un mot d’arabe ou de berbère, et qu’il s’est rendu durant les cinquante dernières années qu’une seule fois (quelques jours) en Algérie. Il prétend pourtant être un grand spécialiste de ce pays, et se présente en universitaire (alors qu’il n’a jamais donné un cours à l’université, et qu’il est brouillé avec l’ensemble des chercheurs de cette histoire). Dans les dernières années, Simon s’est rapproché des positions de  dénonciation de la soi disant « repentance », stigmatisation des « égorgeurs » du FLN, refus de reconnaître le 19 mars comme date de la fin de guerre, insistance sur les massacres de harkis, etc.

 

C’est une thématique désormais bien connu, qualifiant les historiens qui se sont engagés contre la loi de février 2005 sur « les bienfaits de colonisation » de « bataillon d'historiens engagés et d’idiots utiles ». Après l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Adolphe Simon a demandé audience à Brice Hortefeux pour lui dire tout le bien qu'il pense de son ministère de l'Identité nationale et de ce qu’il en attend pour l’immigration. Mais ses demandes n’ont pas abouti…..
Voici donc quelques éléments biographiques qui permettent d’éclairer la vie de ce personnage qui depuis de nombreuses années passe le plus clair de son temps à lancer anathèmes, excommunications, injures et calomnies. Ce qui se diffusait dans un cercle restreint a pris désormais de l’importance, via Internet, et c’est pourquoi il m’a semblé nécessaire de réagir au moment il commence une campagne de dénigrement de Mohammed Harbi.

 

K.M.

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Published by Khaled Melhaa - dans Algérie Histoire
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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 19:12

Les éditions Nouveau Monde publient un ouvrage d’Emmanuel Blanchard La police parisienne et les Algériens 1944-1962.

La répression des Algériens, qui s’est révélée massive lors du 17 octobre 1961, n’était pas une dérive conjoncturelle. La surveillance policière des Algériens n’a jamais cessé, au point de constituer des équipes spécialisées au sein de la police. La guerre d’Algérie transposée en France n’a fait que développer la radicalisation des méthodes de coercition. La possibilité de l’indépendance, après 1959, a focalisé la virulence de ceux qui pensaient que la torture des Algériens ou leur exécution pouvait arrêter l’inexorable marche de l’histoire. Pour Emmanuel Blanchard, la police parisienne a pris pour habitude après-guerre de qualifier de «problème nord-africain» la question des Algériens installés en région parisienne.

L’auteur démontre que de 1925 à 1945, les Algériens ont été traités par une équipe spécialisée, la Brigade nord-africaine de la préfecture de police. Celle-ci dissoute, les «indigènes», devenus «Français musulmans d’Algérie», sont l’affaire de tous les personnels de police. «Au début des années 1950, l’émeute algérienne devient un sujet de préoccupation majeur, exacerbé par la répression féroce de la manifestation du 14 juillet 1953, place de la Nation.» Les policiers avaient, ce jour-là, empêché violemment les militants algériens de lever le portrait de Messali Hadj. Il y a eu plusieurs morts, dont des syndicalistes français.
«Une nouvelle police spécialisée est alors reconstituée avec la Brigade des agressions et violences. Ses objectifs : pénétrer les milieux nord-africains et ficher les Algériens».

Ensuite, entre 1958 et 1962, il faut désormais «éliminer les indésirables». C’est l’organisation de rafles, de camps d’internement et de retours forcés. Le préfet de police, Maurice Papon, reçoit un «chèque en blanc» pour combattre le FLN. Les massacres d’octobre 1961 incarnent le moment le plus tragique de cette période noire. Les mécanismes en sont éclairés par cette étude historique rigoureuse d’Emmanuel Blanchard, maître de conférences en science politique à l’Univers de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, fondée sur des archives et des témoignages inédits.

Un autre livre paraît sur les renseignements généraux de la police, plus communément désignés sous l’acronyme de RG. Pour la première fois, un chercheur ouvre la boîte de Pandore de sources difficiles d’accès. La guerre de l’ombre, guerre d’Algérie, RG contre FLN, a été écrit par Laurent Chabrun, avec la collaboration de Benjamin Stora et publié aux éditions Jacob Duvernet. L’auteur rend public le dépouillement d’archives du ministère de l’Intérieur jusqu’alors confidentielles. On en sait plus désormais sur ce que savait le pouvoir au sujet du nationalisme algérien dans les années 1950 et 1960 et de tout ce qui concernait les luttes entre les militants du MNA et ceux du FLN. Avec ces informations, le général de Gaulle pouvait tirer les ficelles d’un jeu qu’il avait initié en 1958 et qu’il mit quatre ans à pouvoir réaliser, se débarrasser du conflit algérien.

Enfin, chez Marine éditions, Jean-Luc Courtois (ancien policier) et Michel Lejeune (enseignant) publient le premier ouvrage synthétique sur Les CRS en Algérie, avec en sous-titre 1952-1962, la face méconnue du maintien de l’ordre. «Ils ont accompli leur mission dans la ligne droite du gouvernement de Paris et malgré les pressions des différents camps. Aux heures les plus sombres de cette période, ils ont su s’opposer aux militaires pour conserver aux compagnies républicaines de sécurité leur vocation de force civile».

El Watan, 22 novembre 2011

 

http://www.elwatan.com/hebdo/france/la-guerre-d-algerie-une-affaire-de-police-22-11-2011-148178_155.php

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Published by Walid Mebarek - dans Algérie Histoire
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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 19:07

Les tragiques vérités qui n’ont pas été dites sur la Révolution algérienne, tel est le titre du nouvel ouvrage sur l’histoire de la lutte de libération nationale qu’a dédicacé Arezki Basta samedi dernier à la librairie générale d’El-Biar. Le livre qui est publié à compte d’auteur est une contribution personnelle par un acteur de la lutte armée qui vient rétablir certaines vérités officielles sur le déroulement des faits historiques et sur les liens souvent houleux qu’entretenaient les différentes factions politiques dont les tendances divergeaient quelque peu et dont le rôle dans le déclenchement de la révolution de 1954 reste souvent méconnus.
Il paraît opportun de signaler que les nouvelles productions sur les écrits s’attachant à éclairer l’opinion mettent actuellement un point d’honneur à dire, affirmer la vérité d’après l’expérience vécue par les militants dont la parole revêt d’autres versions sur l’histoire, des expériences qui viennent contredire le contenu du discours officiel distillé depuis l’indépendance ou qui s’inscrivent en porte-à-faux formulant des réactions souvent passionnées contre d’autres publications. Dans cette optique, le témoignage qu’offre à lire Arezki Basta se situe dans ses grandes lignes dans le rétablissement des événements tels qu’ils se sont déroulés par rapport à des vérités occultées, voire carrément travesties, et entend clarifier l’histoire à sa manière, avec un style très imprégné de religion, comme en témoignent les larges extraits des versets du Coran qui abondent dans le texte. L’ouvrage qui est préfacé par le président de la Fondation du 8 Mai 1945, M. Boukherissa Kheiredine, qui vante les mérites de cette publication, est écrit par un militant originaire d’Azzefoun et natif d’un des terreaux de l’action armée, La Casbah où il a vu le jour en 1930. L’adolescent est proche du Parti du peuple algérien (PPA) et milite dans ses rangs avant de s’inscrire au MTLD en 1952.
« Mon devoir de témoin, d’acteur et de victime, écrit-il en page 19, ne m’a pas laissé indifférent pour taire ce mensonge et laisser les héros martyrs devenir à leur yeux des « traîtres ». Plusieurs livres ont été écrits sur la Révolution algérienne par en « haut ». Pour une fois, elle sera écrite par en « bas ».
Le livre qui est truffé de mises au point avec en grande partie une vision personnelle des faits, notamment quand il s’agit des rapports difficiles du FLN, du PCA et MNA, tente de réécrire l’histoire sur « la vérité sur ce qui n’a pas été dit sur la préparation et le déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954 et ce qui a poussé à la guerre fratricide entre le FLN et le MNA de Messali Hadj». (p 47). C’est en réalité l’histoire d’un militant de base du PPA face au services du contre-espionnage français durant 43 jours d’interrogatoire, qui s’étalent entre le 7 mai jusqu’au 19 juin 1955, après un accrochage avec l’ennemi au Sahara tunisien durant la nuit du 6 au 7 mai 1955. « C’est la véritable histoire de l’arrestation du grand martyr et chef de wilaya des Aurès, Mostapha Ben Boulaïd, et son compagnon Amar Breeck à la frontière tuniso-libyenne le 11 février 1955 et les raisons qui l’ont poussé à quitter les Aurès pour l’Egypte. C’est aussi l’histoire sur l’infiltration des services du contre-espionnage français au sein des filières d’armes du FLN en Europe, au Sahara (…) C’est l’histoire de ces mêmes services sur l’infiltration au sein du FLN-ALN, du CNRA et GPRA, qui a failli ébranler la révolution et qui a fait croire à plusieurs gouvernements français le fameux « Dernier quart d’heure » de la révolution algérienne. » p (47). L’ouvrage retrace la guerre sans pitié entre les services d’espionnage et du contre-espionnage français et égyptiens pour le contrôle de la Révolution, et met en valeur l’histoire secrète des services secrets algériens formés sur le terrain pendant la guerre de libération nationale

El Moudjahid, 23 novembre 2011

 

http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/20007


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Les tragiques vérités qui n’ont pas été dites sur la Révolution algérienne, d’Arezki Basta, aux éditions Arcanes,
Alger, 543 pages.

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Published by Lynda Graba - dans Algérie Histoire
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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 10:57

Djanina Messali-Benkelfat

 

à Monsieur Jean-Pierre Séréni

 

Monsieur,

 

Je viens de lire avec intérêt dans Jeune Afrique du 8 Novembre 2011, la relation que vous a inspiré la lecture du livre de Renaud de Rochebrune en collaboration avec Benjamin Stora, « La Guerre d’Algérie vue par les Algériens ».

 

En vérité, je n’ai pas encore eu l’opportunité de lire ce livre puisque je réside au Canada. Cependant, j’ai relevé dans votre texte quelques affirmations sur lesquelles je tiens à apporter les mises au point suivantes :

 

Dans le chapitre « Répression », dernier paragraphe, je vous cite : « Le groupe à l’origine de l’appel aux armes du 1er Novembre a organisé sa gouvernance sur le principe de la collégialité. » Comme tous les spécialistes le savent, ce principe n’a jamais été appliqué. Le terme collégialité est mis en opposition avec les méthodes, dites-vous : « des zaïms, les chefs charismatiques, à cause du précédent de leur ancien leader Messali Hadj, trop enclin à traiter le parti comme sa « chose ».

 

Vous reprenez là en 2011, des affirmations éculées et galvaudées depuis cinquante ans par les chroniqueurs, provenant de la propagande du FLN et qui ont servi à falsifier l’histoire de l’Algérie.

 

Je vous renvoie à la biographie de Messali Hadj de Benjamin Stora éditée chez Hachette-Littérature qui consacre tout un chapitre à ces calomnies quasiment insultantes CF : p 259 à 261. Je cite à cet égard toujours du même ouvrage un témoignage de Mohamed Harbi :

 

« Il est faux de prétendre, comme l’on fait les membres du Comité central (MTLD) que Messali concentrait entre ses mains tous les pouvoirs. A la suite de la démission de Lahouel (Secrétaire Général), le Comité central a mis en place une commission pour diriger le parti présidée par Mézerna. Cette commission a fait adhérer le MTLD au Front Algérien en l’absence de Messali et sans son accord. Ce rappel d’un fait indiscutable remet en cause l’idée d’un Messali despote ».

 

Plus explicite encore, je vous livre ci-après un extrait de la biographie de Messali Hadj rédigée par Mohamed Harbi dans la collection « Les Africains » dirigée par Charles-André Julien et éditée chez « Jeune Afrique » : « Ses partisans (de Messali) lui ont reproché à la veille de l’insurrection, d’entretenir un culte autour de sa personne. Victime d’une persécution sans précédent dans l’histoire de l’Algérie, Messali a fini par se considérer à l’heure de la consécration comme le père du peuple. Ce paternalisme, même bienveillant, est toujours dérangeant. On le retrouve chez nombre de leaders du Tiers-monde. Doit-on en conclure pour autant que Messali imposait ses décisions au mouvement qu’il présidait ? Rien n’est plus faux. Il intervenait chaque fois que les principes du parti étaient remis en cause, par exemple quand la direction veut obliger Mohamed Khider, recherché, à se rendre à la police, ou qu’elle tarde à appliquer la décision de remettre sur pied une organisation paramilitaire pour se joindre aux Tunisiens et aux Marocains dans la lutte armée, ou qu’elle ne donne pas suite à sa proposition d’envoyer au Caire des militants pour effectuer des stages militaires. Derrière l’accusation de culte de la personnalité, il y avait une démarche réformiste qui se cachait. Tous les ralliés au FLN entre 1954 et 1956, réformistes impénitents, trouvaient ce reproche bien commode pour masquer leurs errements d’avant novembre 1954 et rendre Messali responsable de la désunion des partis nationalistes. »

 

En souhaitant qu’au nom du droit de réponse, vous insériez cette mise au point dans votre hebdomadaire, je vous adresse avec mes remerciements, mes cordiales salutations.

 

 

Signé : Djanina Messali-Benkelfat

 

Fait à Montréal le 11 Novembre 2011

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 10:54

C’est un parcours digne d’un roman que celui de ce militant syndicaliste et communiste libertaire qui a soutenu les indépendantistes indochinois puis algériens. De 1954 à 1956, il fut aussi un des principaux animateurs du Mouvement libertaire nord-africain.


Un des derniers militants connus du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA) des années 1950, Léandre Valéro, est mort à Auxerre le 21 août.

Fils d’un militant anarchiste andalou, Léandre était né à Oran, en Algérie, le 12 octobre 1923. Il devait à ces origines multiples d’être à fois hispanophone, arabophone et francophone.

Alors que son père avait combattu dans les rangs de la FAI pendant la guerre d’Espagne, Léandre s’engagea, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans les Forces françaises libres, participant à plusieurs campagnes et à la libération de certains camps de concentration. Contre son gré, il fut ensuite expédié comme soldat en Indochine en janvier 1946. Sur place, il n’hésita pas à aider discrètement le Vietminh, en organisant un trafic d’essence volée dans les stocks de l’armée française. Repéré comme élément « démoralisant », il fut renvoyé en France en août 1946.

Arrivé à Paris, il adhéra à la Fédération anarchiste, alors en plein essor. Le jeune permanent qui l’avait reçu pour la première fois dans les locaux du 145, quai de Valmy n’était autre que Georges Brassens. Parti ensuite à Auxerre, dans l’Yonne, il travailla comme ajusteur-outilleur aux établissements Gardy, où il monta une importante section CNT. Proche de Georges Fontenis, Valéro resta militant de l’organisation anarchiste lorsque celle-ci se transforma en Fédération communiste libertaire (FCL).

En août 1954, il accepta, à la demande de la FCL, de déménager en Algérie pour renforcer son organisation-sœur outre-Méditerranée, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA).

Embauché comme ouvrier aux établissements Henri Hamel à Alger, Léandre milita alors avec les camarades du MLNA, notamment le docker Duteuil, Fernand Doukhan et Derbal Salah.

Le MLNA donnait divers coups de main au mouvement indépendantiste de Messali Hadj. Après l’insurrection de la Toussaint 1954, cela devait même devenir son activité centrale. Léandre Valéro servit de « boîte aux lettres » ou de chauffeur à plusieurs reprises pour des responsables indépendantistes, tout en poursuivant en parallèle la propagande libertaire. Non sans risques. Les ventes du Libertaire à la criée se faisaient avec un revolver dans la poche, et Léandre lui-même eut, une fois, à essuyer des tirs lors d’une vente.

En août 1955 il obtint un emploi de chef d’atelier sur une exploitation agricole du Constantinois. Là, il établit le contact avec un maquis du Front de libération nationale (FLN) et lui fit passer des armes obtenues grâce aux relations qu’il avait conservées au sein de l’armée.

À l’été 1956, pour échapper à une mobilisation dans la Territoriale, il décida de rentrer en France clandestinement. Le MLNA, de plus en plus exposé, choisit alors de s’autodissoudre. Tout son stock de matériel et ses archives furent coulés dans la Méditerranée.

Après quelques mois de clandestinité avec d’autres militants de la FCL, Léandre Valéro profita de l’amnistie de De Gaulle pour retourner à Auxerre en 1958, où il s’embaucha chez Fruehauf. Il y anima le puissant syndicat CGT et entra en 1960 au secrétariat de l’UD-CGT de l’Yonne.

Le syndicat CGT de Fruehauf fut en mai 1968 le premier à lancer la grève dans l’Yonne, ce qui devait faire de Léandre Valéro un des principaux animateurs du mouvement dans le département.

Retraité en 1983, Léandre, qui n’avait jamais cessé d’être anarchiste, avait adhéré à Alternative libertaire à sa fondation en 1991. Il y était resté jusqu’en 2000.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article4473

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