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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 00:47

Le 2 août 1936, le père du nationalisme algérien prononçait son discours historique prônant l’indépendance de l’Algérie.

Pour la commémoration de cet évènement, l’association des élèves de l’EPS, du collège de Slane, du lycée et des Médersas de Tlemcen (ECOLYMET), en collaboration avec le laboratoire de recherche Etudes civilisationnelles, organisent les 17 et 18 septembre prochains à l’auditorium de la faculté de médecine de l’université Abou Bekr Belkaïd un colloque international sur Messali Hadj sous le thème «cette terre n’est pas à vendre». La présidence d’honneur ne sera autre que sa fille, Mme Djanina Messali Benkalfate. Des invités de marque y sont conviés, à l’image, entre autres, de l’historien Benjamin Stora, Jean Paul Roux, Anouar Benmalek, Fouad Soufi, Linda Amiri… «La notion du peuple dans le messalisme, Messali Hadj et les figures du leadership charismatique au Maghreb, l’internationalisation de la question algérienne dans les grandes instances internationales de 1927 à 1962, la genèse de la réinsertion de Messali Hadj dans le processus historique ou la réécriture de l’histoire de l’Algérie…», sont des sujets de conférences qui seront données.

«Certes, notre devoir est de restituer et de préserver notre mémoire collective, c’est aussi le droit de notre jeunesse de connaître l’histoire de sa nation. En reconnaissant à Messali Hadj, père du nationalisme algérien dont la foi en l’indépendance de notre pays n’a jamais été ébranlée, l’Ecolymet et le laboratoire de recherche Etudes civilisationnelles se font un devoir et un honneur d’organiser ce colloque international pour célébrer le 75ème anniversaire de son historique discours. Discours que Messali Hadj a prononcé au stade municipal d’Alger le 2 août 1936», précise le comité d’organisation de cette rencontre.

 

El Watan, région Ouest - Tlemcen, 8 septembre 2011

 

http://www.elwatan.com/regions/ouest/tlemcen/colloque-international-sur-messali-hadj-08-09-2011-138929_139.php

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Published by Chahreddine Berriah - dans Algérie Histoire
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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 13:05

Alors que l’immigration maghrébine est appréhendée sous un angle restrictif et négatif, Les hommes libres, le film d’Ismaël Ferroukhi, auquel vous avez collaboré, montre un aspect méconnu de l’immigration algérienne pendant l’entre-deux guerres et durant la Seconde Guerre mondiale, celui de sa participation à la résistance à l’occupation nazie. Comment expliquez-vous que ce volet de l’histoire de l’immigration algérienne soit peu connu ou occulté ?


Les immigrés algériens en France étaient environ près de cent mille, au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Certains vont fuir après la débâcle de mai 1940, mais beaucoup resteront sur place, pris au piège. Quelques milliers seront ensuite envoyés pour construire le «Mur de l’Atlantique». Ce volet de l’histoire est très peu connu, et n’a pas été traité dans les études portant sur l’immigration en France. La plupart de ces travailleurs algériens étaient des «hommes invisibles».
En effet, ils n’étaient pas considérés comme Français, car même si à l’époque l’Algérie était considérée comme «intégrée» à la France, les Algériens n’étaient pas des citoyens, ne possédaient pas de droits. Ils n’étaient pas non plus ces «étrangers», car l’Algérie était formellement rattachée à la France. Ils n’étaient pas non plus des sujets coloniaux, comme les Marocains ou les Indochinois, car à ce moment ces territoires sont considérés comme des colonies de l’empire colonial français. Ils n’avaient donc pas de statut juridique précis : ni Français, ni étrangers, ni sujets…. De plus, leur invisibilité vient du fait de leur position sociale. Ils étaient dans leur immense majorité des paysans d’origine, venant essentiellement de la Kabylie, et n’avaient pas de qualifications professionnelles.


- Pourquoi des immigrés algériens se sont-ils engagés dans la résistance française contre l’occupant nazi ?


Les immigrés algériens se sont massivement engagés aux côtés du Front populaire en 1935/1936. Leurs dirigeants, en particulier Messali Hadj, étaient très proches de la gauche française, en particulier de la gauche socialiste emmenée à l’époque par Marceau Pivert. Ils ont été déçus par le Front populaire qui n’a pas tenu ses promesses, en particulier sur la question du passage à l’indépendance, mais ils sont restés à gauche, en dépit de l’interdiction de l’Etoile nord-africaine par le gouvernement du Front populaire en janvier 1937. Ils restent dans une tradition antifasciste.
Une minorité, désavouée par Messali, regarde vers l’Allemagne au nom du principe, «les ennemis de mes ennemis sont mes amis» Messali a refusé la collaboration avec Vichy, il a été condamné à seize ans de travaux forcés en 1941, et à la confiscation de tous ses biens. Il a été déporté au bagne terrible de Lambèse. Ses partisans se sont engagés dans la résistance lorsqu’ils en avaient la possibilité.


- Le film d’Ismaël Ferroukhi développe, entre autres, l’histoire d’une amitié entre un jeune ouvrier algérien, Younès, et un juif d’origine algérienne, le chanteur Salim Halali qui s’était réfugié à la Mosquée de Paris pour échapper à la déportation. N’est-ce pas une leçon de tolérance et de fraternité alors que se développent des discours d’exclusion et de stigmatisation ?


Oui, c’est effectivement une leçon de tolérance et d’humanisme. L’histoire vraie de Salim Hallali, célèbre chanteur de musique arabo-andalouse, le démontre. D’origine juive, il a été sauvé par la Mosquée de Paris. Les autres personnages du film sont des personnages de fiction, mais ils se situent dans la vraisemblance historique de l’époque.


- Quelle a été la position de la Mosquée de Paris vis-à-vis du régime de Vichy ? Quel a été son apport dans la protection des juifs passibles de déportation ? Ce volet de l’occupation nazie et de la déportation des juifs de France est aussi mal connu...


Comme toutes les institutions en France au début de l’occupation allemande, les responsables de la Mosquée ont accepté la collaboration. Les sauvetages sont surtout l’œuvre de rencontres individuelles, les archives ne montrant pas de directives dans le sens de la protection. Le recteur de la Mosquée, très proche du sultan du Maroc, a modifié progressivement son attitude après le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942, et la rencontre de Roosevelt avec le sultan en janvier 1943 à Casablanca. Ce volet de l’histoire, la rencontre entre musulmans et juifs à Paris pendant l’occupation est très peu connu, et c’est le mérite essentiel du film d’Ismaël Ferroukhi de le faire découvrir. Il y a également dans ce film la prise de conscience d’un jeune Algérien vers l’engagement politique, nationaliste, interprété par Tahar Rahmani. De la résistance antifasciste à la bataille politique pour l’indépendance.


Benjamin Stora. Dernier ouvrage paru : Le 89 arabe. Réflexions sur les révolutions en cours. Dialogue avec Edwy Plenel. Ed Stock.



El Watan,
5 septembre 2011
http://www.elwatan.com/hebdo/france/benjamin-stora-historien-c-est-une-lecon-de-tolerance-et-d-humanisme-05-09-2011-138597_155.php

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Published by Nadjia Bouzeghrane - dans Algérie Histoire
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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 19:55

Un colloque international en hommage à Messali Hadj, figure emblématique du mouvement nationaliste algérien aura lieu à Tlemcen, les 17 et 18 septembre prochains. Par ce geste, ses organisateurs, l’association des anciens élèves des collèges et lycées de Tlemcen (Ecolymet) et le laboratoire de recherche et d’études civilisationnelles, ont ainsi voulu marquer le 75e anniversaire de son fameux discours du 2 août 1936 prononcé au stade municipal d’Alger dans lequel il avait notamment déclaré devant plusieurs milliers de personnes : “Cette terre bénie qui est la nôtre, cette terre de la baraka, n’est pas à vendre, ni à marchander, ni à rattacher à personne. Cette terre a ses enfants, ses héritiers, ils sont là vivants et ne veulent la donner à personne.”
Organisé au sein de l’université Abou Bekr- Belkaïd, le colloque verra la participation de nombreux chercheurs et historiens parmi lesquels les professeurs Harbi Mohamed qui parlera de “la notion de peuple dans le messalisme”, Carlier Omar (Messali Hadj et les figures du leadership charismatique du Maghreb), Benjamin Stora (les retours de mémoires autour de Messali Hadj), Soufi Fouad (Messali Hadj, le militant anticolonialiste et la réalité coloniale 1935 – 1937), Benmalek Anouar (de la culture de l’oubli en Algérie : crimes sans châtiments, victimes sans droit à la compassion), Mme Siari Tengour (le voyage de Messali Hadj dans le Constantinois au printemps 1952).
Cette rencontre scientifique sera présidée par la fille de Messali Hadj, Mme Djanina Messali Benkelfat qui, rappelons-le, était l’invitée privilégiée du président Bouteflika lors de l’inauguration le samedi 16 avril 2011 de l’aéroport international de Tlemcen baptisé au nom de son père. La fille du militant et responsable du P.P.A disparu présentera une communication sur le thème “la genèse de la réinsertion de Messali Hadj dans le processus historique ou la réécriture de l’histoire de l’Algérie". Le comité d’organisation du symposium souligne pour sa part que ce colloque est organisé “en reconnaissance à Messali Hadj, père du nationalisme algérien dont la foi en l’indépendance de notre pays n’a jamais été ébranlée.”

 

Liberté, 3 septembre 2011.

 

http://www.liberte-algerie.com/edit_archive.php?id=161961

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Published by B. Abdelmadjid - dans Algérie Histoire
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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 01:17

En hommage à MessaliHadj et pour célébrer le 75ème anniversaire de l'historique discours qu'il a prononcé au stade municipal de Belcourt (Alger), le 2 août 1936, l'Ecolymet et le laboratoire de recherche études civilisationnelles de l'université Abou Bekr Belkaïd organisent un colloque international les 17 et 18 septembre prochain au sein de l'auditorium du pôle du centre-ville sous le slogan «Cette terre n'est pas à vendre» (inspiré de cet extrait de sa harangue indépendantiste: «Cette terre bénie qui est la nôtre, cette terre de la baraka n'est pas à vendre ni à rattacher à personne. Cette terre a ses enfants, ses héritiers, ils sont là vivants et ne veulent la donner à personne...». Au menu, vingt communications (dont 5 en arabe). Ce colloque verra la participation d'historiens de renom et d'universitaires de gros calibre, entre autres, Benjamin Stora (Les retours de mémoire autour de Messali Hadj), Mohamed Harbi (La notion de peuple dans le Messalisme), Rabah Belaïd (Le conflit entre Messali Hadj et les Centralistes), Omar Carlier (Messali Hadj et les figures du leadership charismatique au Maghreb), Anouar Benmalek (De la culture de l'oubli en Algérie: crimes sans châtiments, victimes sans droit à la compassion), Roux Jean-Paul (Témoignage), Aïssa Kadri (La gauche française et le Messalisme), Fouad Soufi (Messali Hadj : le militant anticolonialiste et la réalité coloniale 1935-1937)…

A souligner que c'est Mme Djanina Messali Benkalfat, fille de Messali Hadj, qui est la présidente d'honneur du colloque au cours duquel elle aura à faire la présentation et l'ouverture des travaux comme elle donnera une communication intitulée «La genèse de la réinsertion de Messali Hadj dans le processus historique ou la réécriture de l'histoire de l'Algérie».Il faut savoir que cette dernière avait été parmi les hôtes officiels du président de la République Abdelaziz Bouteflika à l'occasion de la cérémonie d'ouverture solennelle le 16 avril dernier de la manifestation de 2011 «Tlemcen, capitale de la culture islamique». Dans une déclaration à un quotidien, elle avouera que «Je n'ai aucune haine contre personne». Et d'ajouter: «Je n'aime pas le terme de réhabilitation, ni celui de réconciliation » quant à la « réinsertion (de son père) dans le processus historique… C'est un problème moral…». Par ailleurs, les Amis du PPA avaient organisé en juin dernier leur traditionnel hommage à Messali Hadj au domicile de Hadj Omar Lalchachi à la rue des marronniers à l'occasion du 37è anniversaire de la disparition du père du nationalisme algérien (marqué par une veillée commémorative à El Hartoun, un recueillement sur la tombe du défunt au cimetière Sid Senouci et une conférence à la salle de fêtes Bouali donnée par le Pr Ahmed Touaguine de Tindouf). En mai dernier, la maison de la culture avait abrité une séance de présentation du livre «Messali Hadj, leader de la libération des peuples colonisés 1898-1974», paru tout récemment, animée par son auteur Hadj Khaled Merzouk.

A titre de rappel, le premier colloque international sur Messali Hadj s'était tenu les 29 et 30 mars 2000 à la maison de la culture à l'initiative de la société civile avec à sa tête le Dr Mustapha Yadi (président du comité d'organisation). A noter que le tabou (politique) fut auparavant brisé avec la débaptisation de l'aéroport international de Zenata au nom de Messali Hadj (outre un portrait géant sur un panneau pivotant placardé à l'entrée de la ville) à l'instigation, a priori, du président de la République Abdelaziz Bouteflika.

 

"Le Quotidien d'Oran", 27 aout 2011.

 

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5157093

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Published by Allal Bekkaï - dans Algérie Histoire
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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 14:48

Journée du 17/09/2011

09h00 Mr. NEGADI Sidi Mohammed : Ouverture

09h10 Pr. BENYOUCEF Boumédiène, Président de l’ Ecolymet : Allocution introductive de bienvenue

9h20 Pr.HADJIAT Abdelhamid : Allocution sur l’importance de la personnalité de Messali Hadj

09h30 Mme DJANINA MESSALI BENKELFAT, Présidente d’Honneur du Colloque : Présentation et Ouverture des travaux du colloque

 

Présidence de la 1ére séance : Pr BENDIABDELLAH Abdesslam

 

  1. 09h40 Pr. HARBI Mohammed "La notion de peuple dans le Messalisme"

  2. 10h20 Pr CARLIER Omar :  "Messali HADJ  et les figures du leadership charismatique au Maghreb "

 

10h40 Débat

11h00 Pause café

 

  1. 11h30 Pr.KADRI Aissa : "La Gauche Française et le Messalisme"

  2. 12h00 Dr Mme O.SIARI TENGOUR : "Le voyage de MESSALI HADJ dans le constantinois au printemps 1952"

  1. 12h20 SOUFI Fouad : "Messali hadj : le militant anticolonialiste et la réalité coloniale 1935-1937"

 

  1. 12h40 Leila Benkelfat : « L'internationalisation de la question algerienne dans les grandes instances internationales de 1927 à 1962 »'

 

 

13h00 : Débat

 

 

Présidence de la 2éme séance : Pr. B. BELKACIMI

 

 

  1. 14h30 BELAID Rabah : الصراع بين مصالي الحاج و المركزيين

 

  1. 14h50 ZINE KAHOUADJI : "MESSALI et la justice répressive française"

 

  1. 15h10 Dr BOUDJELLA Abdelmadjid : مكانة مصالي الحاج في الحركة الوطنية

 

  1. 15h30 Nedjib SIDI MOUSSA : "14 Juillet 1954, Hornu : l'extraordinaire congrès du MTLD"

 

 

11: 15h50 Dr DJAKER Lahcen :التواصلبينمعسكروتلمسانفياطارالحركةالوطنية1930-1954

12. 16h00 Dr MEGNOUNIF Chaib : موقفمصاليالحاجالوطنىمنالفكرةالاندماجية

 

13. 16h20 : Dr NEDJAR Dahmane : «Témoignages sur  le MNA selon la presse algérienne »

16h40 DEBAT





 

Journée du 18 Septembre 2011

 

Présidence de la 2éme séance : Mr Fouad SOUFI

 

 

  1. 09h00 Mme DJANINA MESSALI BENKELFAT : "La genèse de la réinsertion de MESSALI Hadj dans le processus historique ou la réécriture de l’Histoire de l’Algérie"

 

  1. 09h30 Pr Benjamin Stora : “Les retours de mémoires autour de Messali Hadj”

 

  1. 10H00 JEAN PAUL ROUX : Témoignage

 

10h10 Débat

10h40 pause café

 

  1. 11h00 BENMALEK Anouar : « De la culture de l’oubli en Algérie : crimes sans châtiments, victimes sans droit à la compassion »

 

 

  1. 11h30 BENAISSA Slimane : "Un regard dramaturgique sur Messali Hadj"

 

 

  1. 12h00 Pr TOUENGUI Ahmed شخصية مصالي الحاج و بعدها في العام الاسلامي

 

 

  1. 12h20 Dr BELLOUFA A. Djilali : « Le MTLD en Oranie 1950-1954 : états des lieux »

 

  1. 12h40 AMIRI Linda :  «  l'étoile nord-africaine dans l'immigration de 1924 à 1939 »

 

 

13h00 Débat

 

14h00 Recommandations et clôture

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Published by EVP Ecoute Vois Parle - dans Algérie Histoire
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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 18:02

 

IL ÉTAIT CHEF DE LA WILAYA III HISTORIQUE

 

Un combattant légendaire dont le corps n’a jamais été retrouvé
Un combattant légendaire dont le corps n’a jamais été retrouvé

Le rôle des militants de Tazmalt dans l’éveil de la conscience nationale a été évoqué lors d’un séminaire.

Quatre ans après sa première expérience, l´Association des activités des jeunes de la ville de Tazmalt est revenue à la charge pour rendre un hommage appuyé au commandant Abderrahmane Mira, l´un des chefs de la Wilaya III historique. Si lors de la première édition en 2006, l´association avait choisi le thème principal «L´histoire, mémoire des peuples en marche», cette fois-ci, elle a opté pour un thème plus large «Semaine pour la connaissance du Mouvement national».
Et quoi de mieux pour le faire que de revisiter le parcours de Abderahmane Mira. Les conférences programmées à cet effet, ont été conçues de telle sorte que des sujets ayant trait au Mouvement national, en plus de celui concernant Abderrahmane Mira, soient abordés.
M.Oulebsir Madjid, universitaire, lors de la première journée, a passé en revue «Le Mouvement national à Tazmalt et Ayth Mellikèche avant 1954», une occasion pour de nombreuses personnes témoins de l´époque de se remémorer avec émotion le souvenir de Larbi Oulebsir, responsable régional du PPA/Mtld, disparu le mois de juillet 1955 dans le Rif.
Il avait été assassiné et son corps n´a jamais été retrouvé. Précurseur du patriotisme à Tazmalt et dans les Vallées de la Soummam et du Sahel, Oulebsir Larbi fait partie, à son corps défendant, du camp des perdants car resté fidèle à Messali. Il est pourtant mort bien avant les affrontements entre le FLN et le MNA. Serait-il la première victime d´une lutte fratricide qui a coûté la vie à des milliers de militants et de combattants des deux camps? C´était aussi une occasion, pour les jeunes qui ont assisté à cette première conférence, de découvrir avec surprise la complexité du Mouvement national: son cheminement, sa crise, son éclatement, et enfin, la rivalité exercée avec la force des armes par les deux camps. Le rôle majeur de Tazmalt à travers la région dans l´éveil de la conscience nationale a été également évoqué, le tout en présence de Larbi et Boudraâ Arab, deux derniers militants de l´époque, survivants de la section de l´OS de Tazmalt, démantelée au mois d´avril 1950.
C´est d´ailleurs, à cause de cette affaire qu´Abane Ramdane a été arrêté alors qu´il ne faisait pas partie de l´OS. Il venait certes, à Tazmalt mais pour donner des cours de formation aux militants de l´aile légale. Boudraâ Arab a évoqué son séjour en prison à Béjaïa d´abord, avec l´ensemble des prisonniers de «l´affaire de Bougie», dans les maisons carcérales de France où le groupe initial fut fractionné en plusieurs sous-groupes.
Il a relaté avec précision les venues à Tazmalt de leur responsable régional, en l´occurrence Mohamed Boudiaf, alias Vougharvalène (l´homme aux tapis).
Est venue ensuite, la diffusion d´un DVD réalisé par Salim Aggar à propos des prisonniers français de l´ALN. René Rouby, instituteur français de l´époque, enlevé par l´ALN, qui raconte avec franchise et objectivité son incarcération dans l´Akfadou puis sa libération et celle de ses compagnons d´infortune par Abderrahmane Mira. Il restitue avec une grande émotion le discours prononcé par ce dernier avant de les libérer quelques jours après. Le documentaire a rencontré un franc succès.

Un bataillon pas comme les autres

Le secrétaire général de l´ONM de Béjaïa, Smaïl Ali Ouchouche, et le député Tarik Mira sont intervenus respectivement le lendemain à travers deux conférences intitulées: «L´histoire du bataillon de la Wilaya III aux frontières» et «Qu´est le corps d´Abderrahmane Mira devenu?». Ali Ouchouche a raconté dans le détail la formation de ce bataillon préservé comme tel.
L´année 1960, le colonel Boumediene, désigné chef d´état- major, avait fusionné et mélangé tous les bataillons des autres wilayas, à l´exception du 29e issu de la Wilaya III. Membre de ce corps, Ali Ouchouche a expliqué comment, au mois d´août 1959, en pleine opération «Jumelles», Abderrahmane Mira l´avait envoyé comme porteur de deux courriers: l´un, destiné à Mohammedi Saïd, chef d´état-major Est; l´autre à Krim Belkacem, ministre des Forces armées. Grâce à cette mission, il a pu se soigner sur place et intégrer le 29e bataillon.
De son côté, Tarik Mira a retracé le parcours personnel et l´itinéraire militant et combattant de son défunt père. S´étant appuyé sur des archives inédites rapportées du fort de Vincennes (Shat - Service historique de l´armée de terre) où sont entreposés nombre de documents relatifs à la lutte de Libération nationale, il a rapporté, notamment la photocopie de la lettre envoyée par le colonel Amirouche, le 21 mars 1959, au Conseil de la Wilaya III, désignant Abderrahmane Mira intérimaire.
Cette missive a été retrouvée sur le cadavre d´un certain Ramtane, secrétaire de Mira, tué au combat, à Ayth Hamdoun le mois de mai 1959. Une autre trace du même courrier est retrouvée dans le journal de marche d´Amirouche à la même date (21.03.59).

Le corps disparu

La disparition de la dépouille mortelle du chef de la Wilaya III historique, depuis le 07 novembre 1959, le jour de son exposition au public, à Taghalat, le village de Mira Abderrahmane, était l´autre point abordé. Le conférencier a fait état de ses recherches inabouties auprès des militaires qui ont opéré à Akbou: Treguer, officier ayant dirigé l´opération qui a tué Abderrahmane Mira, Lablancherie et Jimenez, respectivement chef et chef adjoint du 2e Bureau. Il a souligné également des soutiens de militaires français à la retraite qui l´ont aidé dans ses recherches. Il a annoncé la poursuite de sa démarche. Cette deuxième édition a été également marquée par des échanges passionnants.
Les trois compagnons d´armes d´Abderrahmane Mira, en l´occurrence le colonel Abdellah Delles, Ali Bounadi et Kaci Imoukrane, ont tous évoqué leur première rencontre avec ce héros. Kaci a même dîné avec le chef de la Wilaya III, la veille de la mort de celui-ci. Il avait entendu, impuissant, au loin, le déchirement du silence par des grenades et des rafales de fusil qui allaient emporter le colonel Mira Abderrahmane dans l´autre monde. C´était le 6 novembre 1959, vers 16h00, au confluent des rivières des Ayth Anane et Ayth M´quedem, près du col de Chellata, où le général Challe avait installé le fameux PC Artois pour diriger l´opération «Jumelles».
Le public a montré beaucoup d´intérêt aux conférences-débats, confirmant la soif des citoyens à mieux connaître leur histoire et à se la réapproprier. Tarik Mira a insisté sur le fait qu´il faut sortir de la légende et des mythes afin de passer les événements et les acteurs au crible de la critique historique afin de faire entrer ceux-ci définitivement dans l´Histoire. L´épopée de la lutte de libération, phare de la décolonisation, suffit à elle-même et n´a pas besoin d´excès ou d´exagération.
Un gala a été animé ensuite par le groupe Ineslyène. Rabah, le leader du groupe a gratifié le public tazmaltais de chansons inédites jamais jouées devant un public, marquant ainsi la clôture de cette deuxième édition.
Une cérémonie de recueillement, ponctuée par un dépôt de gerbe de fleurs a été organisée sur le lieu où est tombé au champ d´honneur Abderrah-mane Mira. Une levée des couleurs suivie d´une présentation d´armes a eu lieu en présence des autorités civiles et militaires, notamment de Saïd Abadou, SG de l´ONM, qui a prononcé un discours de circonstance, et le wali de Béjaïa.
L´occasion a donné lieu à une prise de parole au cours de laquelle a été évoqué le parcours de celui qui, pour sa bravoure et son engagement dans la lutte armée, a été surnommé, «le tigre de la Soummam». Il passe encore pour un mythe dans l´imaginaire populaire en raison de ses hauts faits d´armes. Pour rappel, le commandant Mira est né en 1922 au village Taghalat, d´Ath Mlikèche.
En 1945, il a débuté son activité anticolonialiste en France, où il n´a pas cessé d´informer les gens sur la cause nationale algérienne et sur les idées révolutionnaires de l´époque. C´est au début de la Révolution qu´il retourne en Algérie. En 1956, pendant le Congrès de la Soummam, il assura la protection, avec Amirouche Aït Hamouda (l´un des leaders de la Révolution algérienne), des participants au congrès. En 1957, il part en Tunisie où il occupe le poste d´inspecteur militaire aux frontières. De retour en Algérie au début de l´année 1959, le colonel Mira Abderahmane commandera la Wilaya III historique jusqu´à sa mort.
Décoré à titre posthume de plusieurs médailles par la République algérienne (Médaille pour la traversée des frontières, Médaille du martyr, Nomination colonel pour avoir exercé la fonction de chef de wilaya et enfin, Médaille Al Athir, plusieurs établissements scolaires portent aujourd´hui son nom à l´image de l´université de Béjaïa et d´un lycée à Bouira. Il a été tué par l´armée coloniale française, alors qu´il s´apprêtait à traverser avec quelques compagnons d´armes un lit d´oued, à hauteur d´Aït Hiani. Sa mort, qui a fait les choux gras de la presse coloniale d´alors, a été exploitée pour conclure à la fin de la guerre dans la Soummam. Son corps cependant, n´a jamais été retrouvé. Après avoir été exposé, en guise de propagande dans le village, il a été transporté par hélicoptère vers une destination inconnue.
Initialement, l´ordre, selon son fils Tarik Mira, était de l´évacuer vers Aïn Arnat à Sétif, mais a priori, la dépouille n´y est jamais arrivée. Certains affirment que le corps a été déposé dans une caserne à Bougaâ, d´autres soulignent l´éventualité qu´il ait été déplacé en France, mais aucune certitude sur le sort exact qui lui a été réservé n´est venue le corroborer.
Ses enfants, les députés Smaïl et Tarik n´écartent pas, à ce titre, d´en référer aux plus hautes autorités françaises. Un autre hommage a été rendu au chahid a la Maison de la culture de Tizi Ouzou. C´est là une première qu´il faut saluer.

 

Arezki Slimani

 

"L'Expression", 13 novembre 2010

 

http://www.lexpressiondz.com/actualite/84305-Abderrahmane-Mira-c%C3%A9l%C3%A9br%C3%A9-%C3%A0-Tazmalt.html

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 19:13

LES MARTYRS DE LA REVOLUTION ALGERIENNE : Abderrahmane Mira, le Tigre de la Soummam

Les héros sont souvent des gens simples. Ni mythes ni légendes. Avant tout, des hommes et des femmes. Zighoud Youcef, Larbi Benmhidi, Benboulaid , Benyahia Belkacem,Amirouche,Didouche ,Hassiba Benbouali, et plusieurs d’autres sont des principaux dirigeants de la guerre d'indépendance



LES MARTYRS DE LA REVOLUTION ALGERIENNE : Abderrahmane Mira, le Tigre de la Soummam
Abderrahmane Mira, connu sous le nom de commandant Mira, surnommé le Tigre de la Soummam ou encore l'Homme au chien par l'armée française, né en 1922 en Kabylie, est un combattant de la cause algérienne pendant la période de décolonisation française.Chef de la Wilaya 6 de 1956 à 1957, puis de la Wilaya 3 du début 1959 au 9 novembre 1959 date à laquelle il est tombé au champ d'honneur près du col de Chellata au nord d'Akbou. Son corps ne fut jamais retrouvé.Abderrahmane Mira est né en 1922, à Bounda, alors que ses parents sont originaires de Taghalat (Ait Melikeche). Il est le dernier d’une fratrie de cinq enfants : Amar (mort au champ d’honneur l’année 1957), Megdouda, Aadada et Fatima.Accablé par la misère de l’époque, il émigre pour une courte période à Annaba puis en France juste après la fin de la seconde guerre mondiale.Il s’installe en Lorraine, près de Nancy, comme ouvrier dans la métallurgie et grimpe peu à peu dans l’échelle sociale. Au début des années 1950, il est en banlieue parisienne, d’abord à Pantin (Rue Marguerite) puis à Aubervilliers (Bd Félix Faure) où il s’est installé comme tenancier de bistrot, et ce en association de biens. Son établissement commercial sert aussi de point de ralliement aux militants et aux vendeurs de « L’Algérie libre, organe central du parti indépendantiste : le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).Abderrahmane Mira a en effet embrassé le combat pour la cause nationale dès l’année 1947 en adhérant au M.T.L.D. Militant actif, il fait le va-et-vient entre Aubervilliers et Tazmalt. C’est dans cette dernière, à la veille du déclenchement de l’insurrection nationale du 1ier Novembre 1954 qu’il est victime d’un abus de pouvoir. En effet, manifestant pour la libération des détenus politiques, il se fait retirer sa carte d’identité par le Caïd.Il entre résolument en clandestinité, cheminement similaire à celle de la plupart des acteurs activistes de l’insurrection. A cette époque, cependant, une grande partie des militants est restée légitimiste, c’est-à-dire fidèle au leader historique du nationalisme algérien : Messali Hadj. C’était le cas de Tazmalt et plus encore de la vallée de la Soummam où la figure courageuse et dévouée de Larbi Oulebsir, leader du M.T.L.D pour cette région, brillait à son firmament. Ce dernier avait participé au congrès d’Hornu d’août 1954 et fut consacré membre du nouveau Conseil national du parti indépendantiste.Dès décembre 1954, Abderrahmane Mira, en compagnie de Hamou Ghozali, établit la liaison successivement avec Belkacem Krim et deux autres acteurs de l’insurrection armée : Amar Chikhi et Ali Mellah dit Si Chérif, lesquels tentaient de faire franchir à l’organisation naissante, l’A.L.N/F.L.N, le versant nord du Djurdjura.C’est sous la houlette de Abderrahmane Mira en premier lieu que l’A.L.N/F.L.N se constitua initialement dans les vallées de la Soummam et du Sahel (M’cheddallah, Bouira).Lors des premières années d’implantation de l’A.L.N/F.L.N, Abderrahmane Mira se distingue par une grande combativité sur les deux versants du Djurdjura, affrontant, notamment sous le commandement du futur colonel Slimane Dehiles dit Si Saddek, le parti rival le Mouvement national algérien (M.N.A)*, présidé par Messali Hadj, à Haizer. Il repousse l’armée du M.N.A. vers les Hauts plateaux, aux confins du Sahara. Dans la même région, il obtient le 15 Mars 1956 la médaille de la résistance pour avoir réussi à effectuer, à côté de Boussaada, à la tête de 350 soldats, la première jonction entre les troupes des zones III, IV et V, dénommées Wilaya après le congrès de la Soummam.Pendant ce congrès, qui a vu ses premières assises se tenir, durant 20 jours, au village d’Ifri (Ouzellaguène), à partir du 20 Aout 1956, Abderrahmane Mira a assuré la lourde tâche de la sécurité des congressistes. C’est d’ailleurs sous son commandement qu’une partie des congressistes ont été acheminés à bon port après avoir franchi l’oued du Sahel au niveau de Toghza, au moment où le fameux et néanmoins célèbre mulet avait, après un accrochage avec l’armée française, rejoint la caserne de Tazmalt avec des documents secrets dans son chargement.Capitaine lors de ce congrès, il est élevé au grade de Commandant au début de l’année 1957 et envoyé à la Wilaya VI (Sahara) pour remplacer le colonel Si Cherif, qui venait d’être assassiné ainsi que son adjoint le commandant Abderrahmane Djouadi. Il rejoint cette wilaya avec plus de 300 soldats dont plus de la moitié tombera au champ d’honneur. Les affrontements avec l’armée française sur fond de rivalités pour le leadership entre le F.L.N et le M.N.A et la dureté du climat ont été particulièrement éprouvants.Il est, désormais, le représentant de la Wilaya VI au Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A, parlement de l’Algérie combattante). A Suivre

Réflexions, 10 aout 2011
http://www.reflexiondz.net/LES-MARTYRS-DE-LA-REVOLUTION-ALGERIENNE-Abderrahmane-Mira-le-Tigre-de-la-Soummam_a12869.html
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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 22:58

Lorsque le Parti communiste français (PCF) fut fondé à Tours en 1920, la France était encore une grande puissance coloniale, avec des territoires en Afrique, en Extrême-Orient et ailleurs. Pour adhérer à l’Internationale Communiste, le PCF dut accepter les fameuses 21 conditions, dont la huitième exigeait :

 

« Tout Parti appartenant à la IIIe Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de "ses" impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. »

 

En Algérie et en Tunisie, il existait des sections du Parti socialiste (SFIO), et après la scission de Tours des sections du PCF y furent formées. Les trois fédérations départementales d'Algérie se prononcèrent pour l'adhésion à la Troisième Internationale par 34 mandats sur 41. Mais, selon Jacob Moneta, en Afrique du Nord comme en d’autres pays coloniaux, « le mouvement communiste… n’était rien d’autre qu’un prolongement du PCF dans ces pays. Il était organisé par des Français qui vivaient sur place et le nombre des membres autochtones était peu important. Ils avaient dans l’organisation des fonctions de second ordre. »[1] Selon Charles-Robert Ageron, « les sections d'Algérie comprenaient surtout des petits fonctionnaires (employés de chemins de fer, des P.T.T. et de l'enseignement), mais aussi des ouvriers et employés ainsi que des dockers et des petits colons. »[2]

 

Les conditions votées à Tours ne suffisaient donc pas pour transformer les partis communistes du Maghreb. Le 24 septembre 1922, un rapport fut présenté au 2e Congrès Interfédéral Communiste de l’Afrique du Nord, et adopté à l’unanimité.[3]

 

Le rapport jugeait que le texte de la huitième condition était « trop général » et négligeait les « conditions particulières » des différents pays. En Algérie, il fallait reconnaître que « ce qui caractérise la masse indigène, c’est son ignorance. C’est, avant tout, le principal obstacle à son émancipation ». En particulier, « le fatalisme et le fanatisme religieux » chez le prolétariat musulman s’expliquait par « l’emprise des marabouts et des confréries religieuses sur une masse totalement ignorante et éprise du merveilleux ». D’autre part, les prolétaires musulmans ne reconnaissaient nullement l’égalité de la femme et « la femme arabe elle-même se refuse à comprendre l’humiliation de son état ». De plus, les syndicats indigènes étaient « à peu près inexistants ».

 

Dans cette situation lamentable, « l’émancipation des populations indigènes d’Algérie ne pourra être que la conséquence de la Révolution en France ». Par conséquent, le but des communistes en Algérie n’était pas de soutenir un mouvement révolutionnaire parmi la population indigène : « La propagande communiste directe auprès des indigènes algériens du bled est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que ces indigènes n’ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d’accéder aux conceptions communistes. » La priorité était dès lors l’activité parmi les Européens syndiqués : « Le premier but à atteindre est donc l’éducation des Européens avant d’entreprendre directement l’éducation sociale du prolétariat indigène. »

 

Le rapport provoqua plusieurs réponses. Hadjali Abdelkader, un Algérien habitant à Paris, qui avec Messali Hadj devait fonder l’Étoile Nord-Africaine, répliqua qu’il fallait se rendre compte que « dans toutes les colonies les travailleurs indigènes, grâce à la Révolution russe, se réveillent et commencent à se grouper et chercher leur voie, afin d’arriver à briser leur chaînes ». Le PCF devait donc « faire de la propagande et du recrutement parmi les indigènes et, pour y parvenir, prendre comme plate-forme les revendications immédiates des indigènes ». Et pour conclure, il insista : « Il est temps que le Communisme ne soit plus limité à quelques Européens disséminés dans les colonies, alors qu’on laisse de côté des millions de prolétaires indigènes qui nous tendent la main. »[4]

 

Au quatrième congrès de l’Internationale communiste, Léon Trotsky a condamné avec mépris les positions des communistes algériens : « Nous ne pouvons pas tolérer deux heures ni deux minutes des camarades qui ont une mentalité de possesseurs d'esclaves et qui souhaitent que Poincaré les maintienne dans les bienfaits de la civilisation capitaliste ![5] »

 

Une troisième réponse — reproduite ici — vint de Robert Louzon. Le nom de Louzon n’est guère connu aujourd’hui. Ni stalinien, ni trotskyste, il a eu peu de successeurs pour garder vivant son souvenir. Mais ce fut un révolutionnaire remarquable, qui parlait d’un sujet qui lui importait beaucoup.

 

Né en 1882, Louzon devint ingénieur au gaz.[6] Il adhéra au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire en 1900, mais fut très vite attiré par les idées des syndicats. En 1906, il prêta une somme d’argent à la CGT pour l’achat de son immeuble de la rue de la Grange aux Belles. Par conséquent, il fut révoqué de la Société du Gaz de Paris où il était ingénieur. Il participa dès le début aux réunions du noyau de la Vie ouvrière, aux côtés de Pierre Monatte et d’Alfred Rosmer.

 

En 1913, il partit en Tunisie, où il s’occupait d’une exploitation agricole. Il fit la guerre de 1914-18 comme capitaine de zouaves, puis revint en Tunisie. En 1919, il adhéra à la section de Tunis du Parti socialiste, laquelle vota, après le congrès de Tours, l’adhésion à l’Internationale communiste. Louzon devint secrétaire de la Fédération communiste tunisienne.

 

Vers la fin de 1921, la Fédération tunisienne lança un quotidien en langue arabe, le premier quotidien communiste qui ait jamais paru en langue arabe. Pour Louzon, ce fut un projet qui lui tenait à cœur ; il écrivit à son ami Amédée Dunois : « II existe ici un vaste mouvement indigène de revendications nationales. Ce mouvement embrasse toutes les classes de la population, et il est dans son ensemble extrêmement favorable au Parti communiste qu'il regarde comme le seul parti pleinement sympathique à l'émancipation politique des indigènes. Mais c'est là un mouvement national, confus par conséquent, et qui comprend, à côté d'éléments féodaux caractérisés, des éléments prolétariens également caractérisés, et surtout une grande masse paysanne composée de métayers au cinquième, véritables serfs attachés à la terre et crevant de faim. Il s'agit donc de profiter à la fois de l'état général d'excitation produit dans la population indigène par cette propagande nationale et de la sympathie dont jouit le Parti communiste pour créer, à l'intérieur du mouvement indigène, un mouvement de classe nettement ouvrier et paysan. »[7] Lorsqu’il s’agissait de la propagande communiste auprès des indigènes, Louzon savait de quoi il parlait.

 

Mais si Louzon reconnaissait l’importance d’un quotidien en langue arabe, les autorités françaises le comprenaient très bien, elles aussi. Au bout de huit jours, le journal fut interdit. Pendant une dizaine de jours de nouveaux quotidiens en arabe furent lancés, chaque jour sous un titre différent ; tous furent interdits immédiatement. Puis un décret soumit toute parution d’un journal en arabe à une autorisation préalable.

 

En 1922, après la parution d’une brochure et d’un poème en arabe, Louzon fut poursuivi pour « attaque contre les droits et pouvoirs de la République française en Tunisie ». Il fut condamné à six mois de prison, puis expulsé de Tunisie et il devint rédacteur à L’Humanité. Mais deux ans plus tard, il démissionna du PCF après l’exclusion de ses amis Pierre Monatte et Alfred Rosmer.

 

En août 1936, il se rendit au Maroc afin de contacter les Marocains des comités d’action pour qu’ils tentent d’empêcher Franco de recruter des Arabes dans le Rif. Puis, âgé de presque cinquante ans, il se battit quelques mois au front aux côtés des républicains.

 

Après la deuxième guerre mondiale, il fit partie du noyau de la Révolution prolétarienne. Pendant la guerre froide, il eut des désaccords avec son vieil ami Rosmer. Mais en 1960, animé des mêmes principes révolutionnaires qu’en 1922, il signa, à côté de Rosmer, le Manifeste des 121 : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. » Il mourut en 1976.

 

L’article de Louzon, intitulé « Une honte », fut une réponse cinglante au rapport adopté par le Congrès Interfédéral. Mais si on le relit aujourd’hui, ce qui est surtout frappant est son actualité. Les arguments du rapport ont survécu. On les entendait de la part de Guy Mollet lorsqu’il défendait la présence française en Algérie, et aujourd’hui on les entend toujours chez les partisans de la guerre d’Afghanistan.

 

La distinction faite par Louzon reste essentielle : « Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur. » C’était vrai en Algérie et au Vietnam ; cela reste vrai en Irak et en Afghanistan.

 

Louzon répondit très clairement à ceux qui parlaient de l’« ignorance » de la population indigène d’Algérie. On ne pouvait pas compter sur la « tutelle » française pour s’occuper de l’éducation. Trente ans plus tard, en 1950, selon les statistiques de l’UNESCO, il y avait 90 % d’analphabètes dans la population « musulmane » d’Algérie[8]. Et en même temps, il rappelait que les Français de 1789 n’avaient pas eu besoin de savoir lire pour faire la Révolution.

 

Aujourd’hui encore, on parle beaucoup du « fanatisme » islamique. Mais comme nous le rappelle Louzon, il ne faut pas oublier le fanatisme chrétien, toujours très puissant dans le monde. Par ailleurs, nombre de ceux qui, en général, ne s’intéressent guère à l’oppression des femmes dans la société occidentale, nous assurent que la guerre d’Afghanistan libérera les femmes.

 

Et quand Louzon nous dit que le communiste « ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez », il est impossible de ne pas penser à ceux qui se croient supérieurs à celles qui portent le hijab ou la burqa.

 

Robert Louzon était un représentant d’une tradition internationaliste qui est pour le moins aussi importante aujourd’hui qu’en 1922.

 

 

 

Ian H. Birchall, a longtemps enseigné le français à la Middlesex University. Il est l’auteur, entre autres de The Spectre of Babeuf (1997). À paraître aux éditions La Fabrique : Sartre et l’extrême gauche française (septembre 2011).

 

 

*****

 

 

Une honte

 

 

Le Bulletin Communiste a publié dans un de ses récents numéros un rapport sur la question coloniale présenté dans un Congrès interfédéral de l'Afrique du Nord, et approuvé, paraît-il par l'unanimité des délégués à ce Congrès.

 

Ce rapport est une honte pour le prétendu communiste qui l’a rédigé, et pour ceux qui, sans l'avoir attentivement lu, je l'espère, l'ont voté.

 

Si le Parti Communiste n'élevait contre ce rapport une vigoureuse protestation, il se rangerait, selon l'exacte expression du Congrès de l'Internationale, parmi les esclavagistes.

 

Le point capital du rapport, c'est la volonté affirmée de maintenir les peuples colonisés sous le joug des nations colonisatrices.

 

Dès les premières lignes on énonce : « II y a des peuples opprimés qui sont dès maintenant accessibles à la souveraineté, et d'autres qui ne le sont pas », « il y a des peuples en tutelle qui sont dès maintenant capables de se gouverner, et d’autres qui ne le sont pas encore ». Et comme la suite du rapport montre, à l’évidence, que pour son auteur, les indigènes d’Algérie rentrent dans la seconde catégorie, celles des peuples qui ne sont pas « accessibles à la souveraineté », qui doivent être maintenus « en tutelle », la conclusion pratique en est que la bourgeoisie capitaliste française doit continuer à régner sur les masses indigènes de l’Afrique du Nord, et à leur imposer sa « tutelle » — au besoin par les mitrailleuses — si elles tentaient de se révolter.

 

C’est la légitimation la plus éhontée de l’état de fait actuellement existant, c’est la condamnation la plus caractérisée des efforts faits par les indigènes de tous les pays colonisés, en Algérie aussi bien qu’ailleurs, pour s’émanciper du joug que le capitalisme occidental fait peser sur eux, c’est la proclamation du droit, pour la bourgeoisie des nations industrielles, de réaliser de « l’accumulation primitive » par expropriation des peuples agricoles non encore soumis au régime capitaliste.

 

Tout ceci d’ailleurs caché sous la même phraséologie hypocrite que celle dont la bourgeoisie couvre toujours les intérêts matériels qui la guident. C’est « pour servir aux peuples colonisés de précepteurs humains et désintéressés » qu’on s’impose à eux. Cela se lit dans tous les discours officiels… et dans ce rapport d’un Congrès communiste !

 

Le droit à la domination posé, il faut tenter de le justifier. Le rapporteur d’Alger s’y emploie en transcrivant les lamentables lieux communs qui constituent la thèse habituelle des conversations de café entre les éléments les plus arriérés de la bourgeoisie européenne d’Algérie. Il le fait sans s’apercevoir que ce qu’il dit de l’indigène s’applique tout autant au Français.

 

La masse indigène, dit-il, est ignorante. Pour certaines régions, la Kabylie, par exemple, cela est faux. Dans d’autres, c’est exact.

 

Mais la masse française est-elle savante ? Combien de Français savaient lire lorsque fut institué le suffrage universel ? En 89 ou même en 48, il n’y avait guère plus de Français qui savaient lire qu’il n’y a aujourd’hui d’Arabes qui le savent ; l’auteur du rapport estime-t-il, en conséquence, que le peuple français n’était point mûr alors pour la « souveraineté » et qu’il aurait dû rester soumis à « la tutelle » d’un monarque ou d’un peuple étranger ?

 

Aujourd’hui même, d’après un sénateur, M. Roustan, « sur 437 000 conscrits français, 150 000 n’ont-ils pas compris, dès lors, [qu’ils ont reçu] une instruction totalement insuffisante ». L’auteur du rapport va-t-il conseiller la mise en « tutelle » du peuple français par le peuple allemand, dont l’instruction est de beaucoup supérieure ?

 

Le rapport signale ensuite « l’emprise des marabouts et des confréries religieuses » sur l’esprit des indigènes. Ignorerait-on en Algérie l’emprise des prêtres et des moines sur l’esprit de la plupart des Français ? Ignorerait-on que c’est par centaines de mille que se comptent chaque année les pèlerins à Lourdes et autres lieux ? Ne se serait-on point aperçu que durant la guerre, les soldats français qui ne portaient point sur eux quelques gris-gris et refusaient, blessés, les exercices d’exorcismes des aumôniers, étaient fort rares ?

 

L’égalité de l’homme et de la femme n’existe pas chez l’indigène. C’est exact. Mais existe-t-elle en France ? Pas plus pour les droits civils que pour les droits politiques, il n’y a égalité entre le Français et la Française.

 

Enfin ! argument suprême ! d’après le rapporteur, la meilleure preuve que les indigènes algériens ont besoin d’une « tutelle », c’est que les ouvriers agricoles indigènes ne sont pas syndiqués ! Mais, connaissez-vous beaucoup de syndiqués parmi les ouvriers agricoles européens en Algérie, monsieur le rapporteur, et même en France, croyez-vous que la Fédération des ouvriers de la terre compte de bien nombreux effectifs ?

 

Mais surtout, comment les congressistes d’Alger ne se sont-ils pas souvenus qu’il y a près d’un siècle que la France est en Algérie ? Et comment n’ont-ils pas compris dès lors que si après un siècle de « tutelle » les indigènes sont encore dans l’état arriéré où ils les dépeignent, c’est que la « tutelle » est un moyen de domination, mais n’est pas un instrument de progrès. Une prolongation de tutelle ne fera que prolonger l’état d’ignorance et de fanatisme que l’on décrit. Pour se développer, un peuple a besoin de ne pas être sujet. La condition non suffisante mais nécessaire pour qu’un peuple progresse, c’est l’indépendance. Tenir les indigènes dans la servitude est le moyen certain de leur conserver une âme d’esclave.

 

Quant à l’accusation de nationalisme que porte le rapport contre ceux des indigènes qui luttent pour l’émancipation politique de leur race, elle repose sur un sophisme éhonté. C’est un sophisme que de mettre sur le même pied tous les nationalismes. Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme d’un peuple oppresseur dont le nationalisme consiste à opprimer un autre peuple, et le nationalisme d’un peuple opprimé dont le nationalisme ne tend qu’à se débarrasser du peuple oppresseur. Il n’y a pas d’équivalence entre le nationalisme de l’Anglais qui veut continuer à gouverner l’Irlande, et le nationalisme de l’Irlandais qui veut se gouverner lui-même. Dans le premier cas, nationalisme signifie impérialisme, dans le second il signifie indépendance.

 

Celui qui, pour légitimer l’impérialisme de son peuple, dénonce comme nationaliste la volonté d’indépendance du peuple qu’il opprime, commet une hypocrisie répugnante.

 

Parlons net !

 

Un communiste doit avoir une mentalité communiste, non une « mentalité algérienne ». Il ne doit pas se croire supérieur à l’indigène parce qu’il porte un chapeau au lieu d’un fez, ou qu’il invoque le nom de Jésus au lieu d’Allah, il doit se rendre compte que vis-à-vis de l’indigène il est un « privilégié » dont le privilège ne repose en dernière analyse que sur la force des baïonnettes, que sa situation de citoyen français le met par rapport à l’indigène dans la même position « d’exploiteur » que celle où se trouve son patron par rapport à lui, et cela doit l’inciter à beaucoup de modestie. Cela devrait surtout l’empêcher d’employer pour combattre les efforts d’émancipation politique des indigènes les mêmes arguments « d’ignorance », « d’incapacité… » que ceux qui sont journellement employés par la bourgeoisie pour combattre ses propres efforts d’émancipation sociale.

 

Le communisme, c’est la lutte pour l’émancipation des travailleurs, de tous les travailleurs, non pour la mise en « tutelle » d’une partie d’entre eux sous la domination d’un prolétariat ou d’un capitalisme étranger. N’aurait rien de commun avec le communisme la politique qui ne tendrait qu’à obtenir des augmentations de traitements et de privilèges pour des fonctionnaires français de l’Afrique du Nord, tout fiers de porter faux col et d’avoir été à l’école.

 

 

Robert Louzon

 

 

Bulletin communiste : organe du Comité de la Troisième Internationale, Paris, 1920-1933, Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4 LC2 6655.




[1] Jacob Moneta, Le PCF et la question coloniale, François Maspero, 1971, p. 17. [Ce recueil de documents est très utile pour une compréhension de l’histoire du PCF.]

[2] Charles-Robert Ageron, « Les communistes français devant la question algérienne de 1921 à 1924 », Le Mouvement social, n° 78, janvier-mars, 1972, p. 32. [Cet article est fondamental pour comprendre le contexte du débat.]

[3] Texte publié dans le Bulletin communiste du 7 et 14 décembre 1922. Une note dans le numéro du 4 janvier 1923 précise que « l’article […] a paru pendant la courte période où le BC était aux mains des centristes ». Mais, comme le montre l’article d’Ageron cité ci-dessus, il est clair que l’article reflétait l’opinion de la grande majorité des communistes algériens.

[4] Bulletin communiste, 14 décembre 1922.

[5] http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201.htm [Raymond Poincaré était le Président du Conseil français.]

[6] Les informations biographiques sur Louzon sont prises de J. Maitron et C. Pennetier, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, tome XIII, Éditions ouvrières, 1975.

[7] Amédée Dunois, “Le communisme en Tunisie”, L’Humanité, 24 mars 1922.

[8] Francis Jeanson, La Révolution algérienne, Feltrinelli, 1962, p. 29.

 

date:
30/07/2011 - 00:23

Ian Birchall

http://www.contretemps.eu/lectures/gauche-fran%C3%A7aise-colonialisme-%C2%AB-honte-%C2%BB-robert-louzon

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 22:37

Pendant l’été 1935, lit-on dans les Mémoires de Messali Hadj 1898-1938, l’Italie de Mussolini manifestant ses intentions expansionnistes en Éthiopie, l’Étoile nord-africaine prit fait et cause pour le peuple éthiopien.
En France, le Front populaire a vite fait de changer d’attitude politique vis-à-vis des colonies. Et cette attitude apparaissait dès lors, de l’avis même de Mohammed Guenanèche, très en retrait par rapport aux positions antérieurement connues qui avaient pourtant suscité beaucoup d’espoir chez les peuples spoliés : “Il faut reconnaître, cependant, que la victoire du FP aux élections législatives entraîna une mesure d’amnistie générale en faveur des condamnés politiques. Messali put regagner Paris, venant de Genève.” En mars-avril 1936, soutenait Messali Hadj, un puissant mouvement de protestation se développa en Tunisie, au Maroc et en Algérie. Il avait été déclenché par solidarité avec la Syrie, engagée dans un grand combat pour faire face à la répression et poser le problème de son indépendance. Le père du nationalisme révolutionnaire algérien était en contact permanent avec l’Émir Chekib Arslan, un Druze du Liban, converti au sunnisme sous l’influence du cheikh Mohammed Abdou et de Jamal Al-Din Al-Afghani. L’arrivée à Paris le 18 juillet 1936 de la délégation du Congrès musulman algérien, avec à sa tête le Dr Bendjelloul, va accentuer les divergences entre les militants nationalistes. Composée des cheikhs Abdelhamid Ben Badis, Al-Okbi, Al-Ibrahimi, de Lamine Lamoudi, Amara, Ferhat Abbas, du Dr Saâdane, Lakhdari et Tahrat, cette délégation présentera, peu après et malgré les supplications des représentants de l’Étoile nord-africaine, des revendications qui comprenaient, notamment, le rattachement de l’Algérie à la France, assorti d’une représentation au sein du Parlement. Sensible aux dangers et risques incalculables que comportaient pour l’Algérie de pareilles revendications, souligne Mohammed Guenanèche, Cheikh Abdelhamid Ben Badis fera preuve, tout d’abord, de beaucoup de compréhension, tant l’argumentaire de l’ENA força son approbation, en tenant à préciser qu’il n’était venu à Paris qu’au sujet seulement des revendications religieuses et d’ordre linguistique. Mais c’était compter sans l’hégémonie du courant majoritaire… et du revirement du porte-parole du Congrès musulman, à la fois mal à l’aise et très gêné, qui objecta que les propos de Messali Hadj étaient tenus en France, terre de liberté, et qu’il voyait mal qu’ils puissent l’être en Algérie… La réponse du père du nationalisme révolutionnaire algérien ne se fit pas attendre.
Il répondit à cheikh Abdelhamid Ben Badis qu’il serait à ses côtés, à Alger, pour y tenir les mêmes propos liés à la revendication de l’indépendance nationale et à l’abolition de l’indigénat. Le 2 août 1936, il prit même la parole au stade municipal d’Alger, non sans avoir essuyé au passage une fin de non-recevoir vite dépassée après une dizaine de minutes de palabres.
Le discours que prononça, contre vents et marées, Messali Hadj au stade municipal d’Alger, est assez révélateur de l’option prise par les nationalistes révolutionnaires pour l’indépendance nationale et de la frilosité de la classe politique tant réformiste que religieuse de l’époque. Surtout lorsque l’invité surprise, joignant le geste à la parole, prit une poignée de terre dans sa main et, la brandissant bien haut, proclama que la terre algérienne n’était pas à vendre. Au réquisitoire prononcé contre l’ENA, juste après ce discours, par cheikh Taïeb Al-Okbi qui poussa l’outrecuidance jusqu’à dire, avec colère, “un pigeon sans ailes pourrait-il voler vers les cieux ?” la foule s’empara de Messali Hadj et lui fit faire plusieurs tours du stade, en criant et en chantant : “Vive l’Algérie, Vive Messali ! Vive l’indépendance ! Vive l’Islam ! Vive Allah.” Messali Hadj en gardera un souvenir impérissable : “Ce fut une des journées les plus belles de ma vie mais aussi des plus marquantes politiquement parlant. Ce meeting du 2 août 1936, qui devait sanctifier la politique de francisation et le rattachement de l’Algérie à la France, avait été détourné.”

Liberté, 30 juillet 2011

http://www.liberte-algerie.com/edit_archive.php?id=160073

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 22:33

Le Centre Arts et culture et l’Association 8 Mai-1945 ont organisé, hier, au palais des Rais, dans le cadre des rencontres hebdomadaires, «Les mardis de l’histoire», une conférence sur le thème, le Congrès musulman du 2 Août et l’Appel à la libération de l’Algérie. La conférence a été animée par MM. Arezki Basta, Ali Agouni, Tahar Ben Aicha.
M. Kheiredine Boukherissa, président de l’Association 8 Mai-1945, agissant en qualité de modérateur, a d’abord donné la parole à M. Ali Agouni en sa qualité d’ancien moudjahed et responsable du PPA. Ce dernier a indiqué que le 2 Août 1936, est un événement important dans l’histoire de l’Algérie. Le Congrès musulman a, en effet, décidé d’organiser un grand meeting au stade municipal d’Alger, auquel a participé Messali Hadj, qui a, en cette occasion, pris la parole brièvement devant des milliers d’Algériens. Il a déclaré qu’il apportait le salut fraternel de nos compatriotes et travailleurs de France qui luttent au sein de l’ENA pour l’indépendance de l’Algérie. Ces paroles ont enthousiasmé le nombreux auditoire. Poursuivant son discours, Messali Hadj, selon l’orateur, s’est dit être en accord avec certaines revendications qui figurent dans la charte du Congrès, cependant il repousse l’idée du rattachement de l’Algérie à la France. Messali ramassa une poignée de terre et dira «Cette terre n’est pas à vendre, ses héritiers sont là, elle n’est ni à offrir, ni à hypothéquer et l’Etoile Nord Africaine y veillera. Les assistants portèrent en triomphe Messali Hadj en signe d’adhésion totale à son discours.
M. Ali Agouni considère que le PPA, qui a été créé par Messali Hadj, le 11 mars 1937, est victime d’une injustice perpétrée par le pouvoir FLN qui lui refuse toujours son agrément. Ce parti est interdit dans l’Algérie indépendante. Le colonialisme a aussi banni l’ENA, le PPA, le MTLD, fera-t-il remarquer.
Il a rendu grâce au défunt Mohamed Boudiaf qui, en 1992, en réponse à une question d’une journaliste, a rétorqué «Nous n’avons ni copié la révolution bolchévique de 1917, ni la révolution française de 1789. La Révolution de Novembre 1954 est née le 2 Août 1936, au stade municipal d’Alger autour de Messali Hadj».
La gauche française de l’époque du Front populaire a agi de manière à affaiblir le mouvement national. «Diviser pour régner», telle était sa stratégie qui a cassé l’ENA. C’était aussi l’occasion pour M. Agouni Ali, de retracer le parcours politique de Messali Hadj, en mettant en exergue ses qualités de fédérateur et son combat pour l’indépendance de l’Algérie et de tout le Maghreb.
Pour sa part, M. Arezki Basta, ancien moudjahed, l’histoire doit être écrite avec objectivité et la vérité doit être dite pour éclairer les générations montantes. Il déclare avoir rédigé un ouvrage où il relate des faits historiques qui ne sont pas encore consignés dans nos livres d’histoire. Il rappelle que Messali Hadj voulait déclencher la révolution en 1952 et qu’il a essuyé un refus émanant de son Comité central. Arezki Basta, en guise de preuve pour étayer ses dires, cite le regretté Hocine Lahouel, ancien militant de la cause nationale, qui confirme cette volonté de Messali Hadj.
Il lâche une affirmation en déclarant que ce sont les militants du MNA du groupe d’Alger, d’obédience messaliste, qui ont, du 6 novembre 1954 jusqu’à septembre 1955, perpétré les attentats du Grand Alger.
En bref, la conférence d’hier a été une sorte de plaidoyer destiné à réhabiliter la figure de Messali Hadj et tous les militants qui se réclament de sa mouvance.
M. B.

El Moudjahid, 1er aout 2011

http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/14989

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Published by El Moudjahid - dans Algérie Histoire
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